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- Présentation de la Gazette littéraire
Créée en 2009, la Gazette littéraire a pour vocation de redonner le goût de lire avec ses analyses abordables, ses conseils et ses séminaires de lecture. Elle s'adresse à un large public que ce soit des lycéens ou des étudiants en prépas scientifiques soucieux d'approfondir leurs connaissances ou toute personne désireuse de reprendre la lecture ainsi évidemment qu'à tous les passionnés de littérature. Présentation de la Gazette littéraire en trois points... Lecture La Gazette propose de rendre accessible la littérature grâce à de larges thématiques facilitant la tâche de tous ceux qui veulent reprendre des lectures abandonnées, faute de temps. Son originalité réside dans son catalogue de plus de 60 thèmes, facilement consultables. Il s'agit de sujets extrêmement variés relatifs à la nature, à la société, mais aussi liés à l'économie, à la famille, au rapport de soi au monde, et enfin à la création au sens large. De quoi, s'ouvrir à une culture générale accessible à tous... Il vous est aussi possible découvrir ses carnets de voyages littéraires effectués en France, en Angleterre ou en Méditerranée. La présence de la Gazette littéraire sur les réseaux sociaux lui permet, en outre, de donner des informations sur l'actualité culturelle et d'élargir le centre de ses intérêts. Elle offre une présence visible exclusivement sur le net : un paradoxe assumé ! Tant qu'à être connectés sur nos écrans, autant que ce soit pour nous instruire ensemble ! Cette Gazette est enfin tenue par une personne bien de son temps, désireuse de transmettre autrement la littérature. Lycéens et étudiants Au fil du temps, la Gazette s'est mise à l'école de ses amis lycéens, avec lesquels elle passe chaque année (!) le bac de français. Outre ses fiches de révision, elle analyse les œuvres proposées à l'oral du bac et propose à l'écrit deux méthodes : la méthode éprouvée des 6 GR OS SES C LE FS © suivie du plan type (acronyme CIIGARE) qui permet de gagner du temps et des points à l'épreuve écrite du commentaire composé. La Gazette offre une méthode simple pour composer une bonne dissertation. Pour maîtriser les deux techniques, retrouvez les exercices d'application proposés durant l'année. La méthodologie est également expliquée pas à pas avec une to-do list qui cadre chacune des deux épreuves. La Gazette accompagne également les étudiants de prépas scientifiques avec ses podcasts comprenant des épisodes de lecture et d'analyse comparée dans leur épreuve de français-philosophie sur spotify. Podcasts La Gazette propose une série de podcasts pour découvrir autrement les œuvres littéraires. Retrouvez les épisodes sur Spotify. promouvoir la lecture et l'étude d'œuvres littéraires pour les rendre accessibles à tous.
- Les transgressions dans "Manon Lescaut"
Dans l'article précédent, nous avons examiné la composition de l'œuvre, découvrons aujourd'hui l'étendue des transgressions commises par le chevalier des Grieux et Manon Lescaut. La transgression sociale transgressions dans "Manon Lescaut" : nous vous invitons à vous pencher sur le contexte historique du livre pour comprendre la nature des manquements aux lois commis par les deux héros. Échelle sociale Nous avons déjà indiqué que ce livre nous invite à une réflexion sur la décadence sociale. Voyons ensemble la position initiale des héros avant d’examiner la décadence dans laquelle ils ont sombré. Les choix que font les deux amants ont une incidence sur leur positionnement social. Pour Manon, c’est d’abord l’ascension avant la chute brutale ; pour Des Grieux, c’est une descente progressive de l'échelle sociale. Situation initiale Des Grieux est le fils cadet d’un aristocrate, veuf, de province. C’est un jeune homme candide, brillant, doué pour les études. Il dispose ainsi d’une culture savante fondée sur des auteurs sérieux. Son père le destine à une carrière ecclésiastique ( soit dans l'Église) pour laquelle il présente des prédispositions. Il porte déjà le titre prestigieux de chevalier de Malte. De Grieux est soumis en tout point à son père auquel il est très attaché. Il respecte par ailleurs les lois de sa caste : la vertu et l’honneur bornent sa conduite jusque-là irréprochable. La rencontre avec Manon Lescaut rompt cette belle destinée toute tracée. Vertige social de Manon Cette dernière occupe une situation diamétralement opposée à la sienne : elle est une jeune fille d’un milieu modeste, très peu dotée, ce qui l'empêche de se marier. C’est d’abord pour une raison financière que ses parents la placent au couvent. Gageons qu’elle se situerait certainement à un faible rang dans l’organisation monastique. Mais Manon avec son caractère extravagant et sa beauté incroyable a tout d’une aventurière. Sa famille qui la connait s’est méfiée de son net penchant pour ses frasques : ils ont choisi pour elle un lieu clos à l’abri des tentations du monde pour cette deuxième raison. Mal leur en a pris, car après sa fuite, elle se lance à corps perdu dans les relations galantes qui lui ouvrent la voie vers les plaisirs et les divertissements. Manon est prête à vendre ses charmes pour vivre ou survivre. À Paris, la vie qu’elle mène est brillante : de beaux vêtements, des bijoux de valeur, l’usage de carrosses, des domestiques, des spectacles, des hommes à ses pieds… Elle connait dans le monde du libertinage parisien une ascension à laquelle elle n’était pas destinée. Mais c'est sans compter sur sa chute brutale et sa déportation avec des prostituées vers la Louisiane, c'est à-dire le bannissement avec les personnes qui occupent le plus bas niveau de l’échelle sociale. Une fois là-bas, c’est sans compter aussi sur le mariage forcé qu’on cherche à lui imposer outre-Atlantique : elle est placée sous la sujétion entière du gouverneur comme n’importe quelle fille de joie. La situation de Des Grieux n’est guère plus avantageuse. Progression À Paris, Des Grieux a mené grand train pour satisfaire les folies de Manon. Pour ce faire, il lui a fallu de l’argent : il a dû fréquenter un tout autre monde que celui auquel il a été habitué. Il découvre ainsi les cercles de jeux et la pègre. Pour autant, il ne s’est pas complètement coupé de sa caste d’origine : il cherche des appuis des siens pour obtenir davantage d’argent. Il conserve encore quelques liens avec son milieu aristocratique comme M. de T.. qui le considère avec bienveillance en l’aidant même dans ses manœuvres pour sa perte. Le lieutenant de police, tout comme son père et le vieux G. M regardent finalement ses écarts comme une simple passade : il reviendra bien à la raison par la force s’il le faut. Pour cela, il est décidé de déporter Manon en Louisiane, ce qui permettra au jeune homme de rentrer dans le rang. On cherche donc à le sortir du déshonneur avec ce soutien de caste qui le fait encore appartenir à ce monde. Mais Des Grieux ne se soumet pas à la loi de son rang : il déchoit socialement. La fin du livre En quittant la France, Des Grieux a perdu tout son prestige puisqu’il a clairement rompu avec son milieu social. Il ne peut plus se faire appeler chevalier. Au lieu d’être ecclésiastique, il a occupé un emploi de vulgaire employé de garnison, c’est-à-dire le plus bas niveau de l’échelle militaire. Les dernières pages du livre nous montrent un Des Grieux qui a ainsi tout perdu, son amour et son rang social. Il n’a plus d’appui dans le monde hormis Tiberge et le soutien financier de son frère. À son retour en France, Des Grieux est appelé à mener une vie de reclus : l’offense à la société qu’il a commise lui ferme désormais toutes les portes. Il s’est condamné à la solitude : c’est la décadence. Décadence Le roman de Prévost est donc fondé sur cette transgression sociale qui, une fois consommée, est définitive. Il n’existe pas de prescription pour l’oubli des lois de sa caste. Dans le paragraphe suivant, nous verrons la rupture familiale commise par Des Grieux. source : Jean Sgard, labyrinthes de la mémoire, PUF La transgression familiale Nous nous intéresserons à la mésalliance et à la rupture entre le père et le fils : étude linéaire du passage allant “Il m’interrompit encore…adieu, père barbare et dénaturé ! /" (2e partie) Mésalliance On a compris que les deux amants ne sont pas amenés à se marier dans le contexte de l’époque. Manon le conçoit très bien en le rappelant à Des Grieux : elle a parfaitement intégré les codes sociaux et donc le fait que cette union ne sera jamais autorisée. Elle leur est même impossible. Ne s’offre qu'à eux le concubinage qui charrie son lot de scandales pour un fils de bonne famille. Cette vie commune non bénie par l’Église apparaît comme un désordre inacceptable aux yeux du père de Des Grieux. Ce dernier fait enlever son fils et le garde sous surveillance avec lui : il cherche à la lui faire oublier. Il s’emploie à dénigrer Manon qui continue sa vie de femme entretenue au frais d’un libertin. Mais lors de la seconde arrestation, le père ne voit pas d’autre solution que d’éloigner Manon qui est la tentatrice de son fils : il espère la fin de l’épisode et le retour de son fils dans son giron. Mais ce n’est pas ainsi que les choses vont finir. Cette mésalliance aurait pu disparaître en Amérique, dans ce lieu où l’on découvre une nouvelle sociabilité ; il n’existe plus d’empêchement social au mariage des amants. Mais le gouverneur entend disposer de Manon pour le bénéfice de son neveu. Le bonheur sur terre n’est donc pas possible. Voyons aussi la terrible rupture entre Des Grieux et son père. Rupture Nous allons analyser de manière linéaire la scène de rupture entre le père et le fils qui constitue un morceau d’anthologie au même titre que celle de Stendhal dans le Rouge et le Noir. Nous utilisons la méthode des 6 GR OS SES C LE FS ©. Il s’agit de prendre le texte sous six angles à l'aide du moyen mnémotechnique suivant : 6 GR OS SES C LE FS Gr : grammaire C : Conjugaison OS : oppositions le : champ lexical SE : les 5 sens FS : figures de style Dans ce passage, la problématique qui se pose est celle de la stratégie argumentative de Des Grieux pour persuader son père. Il se fonde sur les sentiments, sur la vaste gamme des émotions. On peut noter 3 parties : le chantage à la mort du fils, l’invocation de la mère, l’échec : la rupture définitive. “/ Il m ’i nterrompit encore , voyant que je parlais avec une ardeur qui ne m’aurait pas permis de finir sitôt . Il voulut savoir à quoi j’ avais dessein d’en venir par un discours si passionné . À vous demander la vie, répondis-je, que je ne puis conserver un moment si Manon part une fois pour l’Amérique. Non, non, me dit-il d’un ton sévère ; j’aime mieux te voir sans vie que sans sagesse et sans honneur. N’allons donc pas plus loin ! m’écriai-je en l’arrêtant par le bras ; ôtez- la -moi , cette vie odieuse et insupportable , car, dans le désespoir où vous me jetez, la mort sera une faveur pour moi. C’est un présent digne de la main d’un père. Je ne te donnerais que ce que tu mérites , répliqua-t-il. Je connais bien des pères qui n ’ auraient pas attendu si longtemps pour être eux-mêmes tes bourreaux , mais c’est ma bonté excessiv e qui t’a perdu. / /Je me jetai à ses genoux . Ah ! s’il vous en reste encore, lui dis-je en les embrassant, ne vous endurcissez donc pas contre mes pleurs. Songez que je suis votre fil s … Hélas ! souvenez-vous de ma mère. Vous l ’aimiez si tendrement ! Auriez -vous souffert qu ’on l’eût arrachée de vos bras ? Vous l’ auriez défendue jusqu’à la mort. Les autres n’ont-ils pas un cœur comme vous ? Peut -on être barbare après avoir une fois éprouvé ce que c’est que la tendresse et la douleur ? Ne me parle pas davantage de ta mère, reprit-il d’une voix irritée ; ce souvenir échauffe mon indignation . Tes désordres la feraient mourir de douleur, si elle eût assez vécu pour les voir. Finissons cet entretien, ajouta-t-il ; il m’importune et ne me fera point changer de résolution. Je retourne au logis, je t ’ordonne de me suivre. Le ton dur et sec avec lequel il m ’intima cet ordre me fit trop comprendre que son cœur était inflexible./ Je m ’éloignai de quelques pas, dans la crainte qu’il ne lu i prît envie de m’arrêter de ses propres mains. N’augmentez pas mon désespoir, l ui dis-je, en me forçant de vous désobéir. Il est impossible que je vous suive. Il ne l’est pas moins que je vive, après la dureté avec laquelle vous me traitez . Ainsi je vous dis un éternel adieu. Ma mort, que vous apprendrez bientôt, ajoutai-je tristement, vous fera peut-être reprendre pour moi des sentiments de père. Comme je me tournais pour le quitter : Tu refuses donc de me suivre ? s’écria-t-il avec une vive colère : va, cours à ta perte. Adieu, fils ingrat et rebelle ! Adieu, lui dis-je dans mon transport ; adieu, père barbare et dénaturé ! /» https://fr.wikisource.org/wiki/Manon_Lescaut/Seconde_partie Le chantage du fils Des Grieux exerce sur son père un chantage à la mort pour sauver Manon. Dans la narration, il passe du discours indirect au discours direct, ce qui a pour effet de libérer la parole encore contrainte par le poids de la tradition. Il s’agit d’un moment où le fils adopte une nouvelle stratégie argumentative : persuader en demandant clairement la grâce de Manon. C’est aussi le moment où le père envisage sa propre responsabilité dans la faute de son fils. Le style indirect Ce style rapporté rend compte d’une conversation voilée entre le père et le fils. Mais on mesure la tension entre eux. C’est pourtant l’instant de vérité pour les deux protagonistes. Pour le père, il faut que la raison aboutisse rapidement. On note le point de vue interne choisi par le narrateur : “voyant queje parlais avec une ardeur qui ne m’aurait pas permis de finir sitôt.” Le fils lit donc dans les pensées de son père aussi clairement que dans les siennes. La notion du temps est exprimée “interrompit” “sitôt” “d’en venir” “si longtemps”. Le fils comprend qu’il va devoir changer de stratégie argumentative : cette dernière est mal définie avec le pronom relatif “ à quoi” et la formule “ j’avais dessein d’en venir”. Des Grieux se rend compte de l’échec de cette première tentative qui a eu le tort d’exaspérer son père comme on le voit avec l’expression péjorative dans la bouche du père : “un discours si passionné”. Il est temps pour Des Grieux d’abattre ses cartes. Il le fait maintenant au style direct. un échange direct On note que Prévost a décidé d’insérer le style direct au présent, sans recourir aux guillemets ou aux tirets. Il veut donner une unité au roman, constitué par le discours rapporté de Des Grieux. Ce choix narratif rend compte de l’intensité et de la rapidité de l’échange avec les incises qui vont crescendo “répondis-je “/” me dit-il”/ “m’écria-je”. Par ailleurs, la scène est extrêmement vivante, car le sens de la vue,”voyant“ va de pair avec l’ouïe “ton sévère”. Mais pour emporter la conviction, Des Grieux utilise le toucher “en l’arrêtant par le bras “ Cela donne du rythme au récit qui est plein de vivacité tout au long de ce passage. Jouant le tout pour le tout, Des Grieux réclame en peu de mots la clémence pour Manon : il recourt au lyrisme “vous demander la vie”. À ce registre, le père répond par un autre, le tragique avec l’opposition mort/vie, et la répétition de la préposition “sans “ sans vie que sans sagesse et sans honneur donnant un rythme ternaire. On assiste à une rupture dans la conversation avec l’emploi de l'impératif dans la bouche du fils : “ N’allons donc pas plus loin” : cela souligne la soudaineté de la réponse et l’adoption du registre tragique de son père qu’il met ainsi au défi : “ôtez-la-moi,cette vie odieuse et insupportable”. On est dans l’antithèse “la mort sera une faveur” et la périphrase “un présent digne”. Il endosse le rôle dans le code aristocratique du héros vaillant. Notons que le corps est important dans la rhétorique “main” “le bras” plus loin le “cœur”. Le fils joint le corps à la parole, comme gage de sa sincérité. la responsabilité paternelle Mais cette adoption de point de vue ne convainc pas son père. Ce dernier ramène son fils à la raison avec le conditionnel : “Jene te donnerais que ce que tu mérites,”: la tournure restrictive “ne…que”montre que la mort n’est pas dans la logique des choses puisqu’il veut au contraire le sauver de cette passion. C’est aussi le moment pour lui de souligner ses propres mérites et ainsi sa patience “pas attendu si longtemps” et donc de décentrer la scène du fils vers lui-même. Il oppose son attitude à celle d’autres pères définis de manière hyperbolique “bourreaux”. On est toujours dans le registre tragique. Mais cette complaisance avec lui-même le mène paradoxalement à sa propre responsabilité : il dédouane son fils qu’il rabaisse à son statut d’enfant. Pour lui, sa faute réside dans sa “bonté” jugée “excessive “. Il fait un lien de causalité entre cette indulgence et la passion de Des Grieux, qualifiée plus loin de“désordres,” avec la subordonnée relative “qui t’a perdu. “ À ce stade, c'est le père qui a la main. Des Grieux le sent et cherche un autre argument pour persuader son père. L’invocation de la mère À court d’arguments, il ne reste plus à Des Grieux qu’à adopter une posture de soumission :"Je me jetai à ses genoux.” un élan Il espère que cet élan touchera son père. Le rapprochement physique doit entraîner celui de leurs cœurs. Mais on peut y voir également un moment de flottement ; il cherche à gagner du temps pour trouver ce qu’il va dire ensuite comme le suggèrent les points de suspension : “Songez que je suis votre fils…” : l’argument est particulièrement incomplet et donc faible. un pied d'égalité Mais une idée germe rapidement en lui, il fait preuve d’audace en convoquant le champ lexical de la famille “fils”, “père”, “mère” “tendrement” “douleur” “aimiez”. En parlant ainsi, Des Grieux se place sur un pied d’égalité avec son père, abolissant le rapport de subordination du fils à son père : dans son esprit, ce sont donc deux hommes qui ont aimé deux femmes. Il ose un parallèle transgressif entre sa mère, épouse légitime de son père, et Manon, sa maîtresse. “Hélas ! souvenez-vous de ma mère. Vous l’aimiez si tendrement !” : deux phrases exclamatives servent à réveiller la nostalgie. Dans le contexte de l’époque, cette association d'idées est proprement scandaleuse. Mais Des Grieux va plus loin et transgresse davantage : il propose même une inversion des rôles. une inversion des rôles Des Grieux invite son père à se mettre à sa place. ”Auriez-vous souffert qu’on l’eût arrachée de vos bras ?” Question posée au conditionnel passé, celui de la supposition qui est toute rhétorique puisqu’il donne lui-même la réponse : “Vous l’auriez défendue jusqu’à la mort.” Il reprend le registre du tragique.Des Grieux expose sa vision pessimiste de l’amour en reliant la “tendresse” avec la douleur, c’est-à-dire en évoquant un bonheur manifestement impossible sur terre. Le héros ne voit pas le sacrilège, car il généralise son propos avec le groupe nominal “les autres” “on” par la voie interrogative : “ Les autres n’ont-ils pas un cœur comme vous ?”/ “Peut-on être barbare après avoir une fois éprouvé ce que c’est que la tendresse et la douleur ?” Il se fonde sur le pronom impersonnel “on” pour qualifier la société : il n’attaque pas directement son père qui est pourtant à l’origine de la déportation de Manon. Il essaye d'émouvoir, mais c’est l’inverse qui se passe : le champ lexical de la colère prédomine avec “irrité””échauffe” “indignation””m’importune." Son père est choqué par ce parallèle et le montre avec l’impératif, “Ne me parle pas/ “Finissons“. Il le fait taire. C'est alors qu’il se fonde sur son autorité en employant le terme “résolution” et en utilisant le présent d'énonciation "je t’ordonne” ; son fils n'a plus qu’à lui obéir : “me suivre”. Il rebascule au style indirect :” Le ton dur et sec avec lequel il m’intima cet ordre me fit tropcomprendre que son cœur était inflexible” : c’est pour mieux souligner le jugement rétrospectif qu’il pose sur la scène. Il nous donne des indications précises en se fondant sur l'ouïe “Le ton’ et la redondance ” dur et sec “. À ce stade de la discussion, le père a gagné la joute oratoire. Il s’impose à son fils : en obéissant, ce dernier rentre dans le rang. Mais ce n’est pas ce qui va se passer… l’échec : la rupture définitive Cette rupture s’effectue par la fin du rapprochement physique, en rejetant la responsabilité sur son père et sur un adieu définitif. La fin du rapprochement physique Comme dans la partie précédente, nous avons une indication précise du jeu. Le jeune homme s’est relevé et s’écarte de son père : “ Je m’éloignai de quelques pas” : le passé simple témoigne d’une action soudaine. Pourquoi le fait-il ? Le fils a conscience de l’emprise physique du père qui peut être coercitive : “m’arrêter” avec la redondance “de ses propres mains.” Le père a en effet les moyens de s’imposer par la force. Mais c’est une appréhension puérile du héros qui éprouve de “ la crainte”. Cela en dit long aussi sur la faiblesse de Des Grieux qui ne peut rivaliser que sur un seul terrain : la parole. La narration rebascule au style direct pour témoigner de la vivacité de l’échange. La responsabilité du père Des Grieux adopte une attitude belliqueuse ; il a abandonné le registre de la supplique. Il utilise l’impératif “N’augmentez pas mon désespoir” pour mieux attaquer son père. La subordonnée participiale “en me forçant de vous désobéir” induit un rôle de cause à effet. Il qualifie les agissements de son père de fautifs avec le groupe nominal “la dureté avec laquelle vous me traitez “ qui fait écho à “reprendre pour moi des sentiments de père”. Il considère que c’est le père qui pousse son fils à rompre avec l’ordre établi ; il inverse donc la charge de la responsabilité dans la rupture qui s’annonce. Un adieu définitif Deux phrases déclaratives illustrent alors ses intentions : “Il est impossible que je vous suive. Il ne l’est pas moins que je vive”, la tournure impersonnelle, signe un détachement filial, allant de pair avec le rythme binaire désobéissance/mort. La conclusion aboutit avec “ Ainsi je vous dis un éternel adieu : l’adverbe “ainsi” exprimant la conséquence. C’est l’annonce d’une rupture définitive “éternel adieu”. Des Grieux va plus loin en culpabilisant son père : “Ma mort, que vous apprendrez bientôt, (…) vous fera peut-être reprendre pour moi des sentiments de père”. Il utilise le futur qui suggère la quasi-certitude “peut-être “ : il joue sur la conscience du père dans un registre pathétique “tristement”. À la différence des deux autres parties, le mouvement suivant précipite la rupture. Et c’est encore Des Grieux qui est à la manœuvre. La forme grammaticale “Comme je me tournais pour le quitter “ omet la proposition principale. Pourquoi ? Parce que le narrateur bascule au style direct pour mieux montrer de la violence des propos “ : Tu refuses donc de me suivre ?” Suit l’anathème à l’impératif “va, cours à ta perte” qui a une valeur de malédiction. Les deux protagonistes sont sous le coup de la même émotion “une vive colère “ “dans mon transport “. La violence donne enfin libre cours : deux phrases non verbales témoignent de leur déchaînement : ““Adieu, fils ingrat et rebelle”/” adieu, père barbare et dénaturé “. On note qu’elles se répondent de manière symétrique. C’est la transgression absolue. La transgression morale Le travestissement Le travestissement consiste à imiter par des vêtements ce qui relève culturellement du genre opposé. Dans ce livre, la question de l’habillement prête souvent à confusion. Ainsi Manon se déguise-t-elle en homme pour s’enfuir sans être vue de la Salpêtrière (1re partie). On rappelle que ce genre d’attitude est transgressive socialement. Mais dans ce roman, certaines attitudes jouent aussi un rôle de travestissement : prenez l’épisode comique du dîner chez M.de G… M…, Des Grieux change aussi d’apparence et se fait passer pour “un écolier, frère de Manon” ; il fait des révérences ; il joue une scène : il fait l’enfant et se paye le luxe de se moquer du vieillard : “Le vieil amant parut prendre plaisir à me voir. Il me donna deux ou trois petits coups sur la joue en me disant que j’étais un joli garçon, mais qu’il fallait être sur mes gardes à Paris, où les jeunes gens se laissent aller facilement à la débauche. Lescaut l’assura que j’étais naturellement si sage, que je ne parlais que de me faire prêtre, et que tout mon plaisir était à faire des petites chapelles. Je lui trouve de l’air de Manon, reprit le vieillard en me haussant le menton avec la main. Je répondis d’un air niais : Monsieur, c’est que nos deux chairs se touchent de bien proche ; aussi j’aime ma sœur comme un autre moi-même. L’entendez-vous ? dit-il à Lescaut ; il a de l’esprit. C’est dommage que cet enfant-là n’ait pas un peu plus de monde. Ho ! monsieur, repris-je, j’en ai vu beaucoup chez nous dans les églises, et je crois bien que j’en trouverai à Paris de plus sots que moi. Voyez, ajouta-t-il, cela est admirable pour un enfant de province. “ On est dans le registre de la comédie avec ce vieillard floué par le trio de filous. https://fr.wikisource.org/wiki/Manon_Lescaut/Première_partie Libertinage À côté de la confusion des genres, le roman évoque le libertinage. Il faut le comprendre comme un dérèglement des mœurs : nous verrons l’aspect sexuel, mais aussi la tromperie. C’est Manon qui initie Des Grieux au libertinage. a) L’infidélité de Manon Dans le roman, l’héroïne de Prévost est double ; elle incarne à la fois l’image de la pureté aux yeux de Des Grieux qui l'idéalise, mais aussi de la libertine. Manon est une femme entretenue et non une “catin” ; elle fait preuve d’un érotisme torride auprès des hommes qu’elle mène par le bout du nez. Elle vend ses charmes seule ou sur l’incitation de son frère. Tous les deux goûtent au plaisir du libertinage. Rien n’est présenté de manière sordide, mais récréative. Les scènes d’amour ne sont jamais montrées, uniquement suggérées. On sait ainsi qu’elle accepte de s’offrir au plus offrant contre une rémunération en nature (bijoux, vêtements…) ou en numéraire (argent). Elle n’a aucun scrupule, tout est matière à réjouissance. Manon est aussi perverse comme le démontre l’épisode de la lettre apportée par une jeune fille, qui se trouve livrée pour satisfaire les besoins de son amant. SI cette initiative choque bien Des Grieux, ce dernier s’enfonce toujours plus dans le libertinage. b) Tromperies Le libertinage de Des Grieux est en effet progressif. Ses réticences initiales relatives à l’infidélité de Manon vont finir par s'estomper. Il accepte la situation et profite en toute connaissance de cause des richesses obtenues par Manon. Il jouit du nouveau train de vie. Pire, il entre dans le schéma de fonctionnement de sa maîtresse. Ainsi il participe activement aux mystifications. La tromperie est un élément du libertinage surtout lorsqu’elle vise à soutirer de l’argent de manière malhonnête et à ridiculiser dans le même temps la victime. On repense au vieux GM et à son fils. Des Grieux accepte de duper le jeune GM en l’enfermant, en mangeant son repas et en dormant dans son lit. Des Grieux est appelé “libertin fieffé” non par vice comme ses contemporains, mais par amour pour Manon et c’est ce qui fait de lui un marginal. Le héros est devenu immoral par accident et il ne l’est pas par nature. Il transgresse donc la morale, mais pas seulement : il vit en marge de la religion. La religion En revoyant Manon, Des Grieux décide soudainement de quitter le séminaire de Saint-Sulpice. En fuyant, il rompt avec une carrière ecclésiastique qui lui aurait procuré la vie douce à laquelle il aspirait. Comme les hommes de son temps, Des Grieux qui a été élevé chez les jésuites croit sans l’ombre d’un doute en Dieu, mais sa pratique religieuse s’avère réduite. Il est, en effet, tout à son inclinaison amoureuse qui lui tient d’idéal. Le héros voit son libre arbitre anéanti par ses passions : il est divisé. Jamais il n’éprouve le moindre remords dans ses actions qu’il sait pourtant mauvaises. Il ment, triche, fait l’hypocrite… Il ne fait preuve d’aucun repentir ou d’humilité face à ce qui lui est arrivé. Il ne sollicite pas le Ciel pour l’aider pendant les évènements ou après. En réalité, il croit en la fatalité d’un bonheur sur terre, destinée impossible qui conduit à un long malheur. Il n’envisage pas la question essentielle dans la foi de la Grâce (celle d’être secouru et racheté). Et pourtant, la mort est omniprésente dans ce roman puisqu’elle est annoncée de manière quasi mystique à plusieurs reprises. Nous verrons dans l’article suivant la transgression pénale commise par les deux amants. La transgression pénale Un récit rétrospectif Nous verrons aujourd’hui la transgression ultime : la remémoration du récit qui a une conséquence sur le plan de la vérité. Remémoration labyrinthique Jean Sgard a renouvelé l’étude critique de cette œuvre. Que suggère principalement cette analyse ? les points suivants : un discours un récit a posteriori un monologue, un style en labyrinthe un plaidoyer. Reprenons ces idées. un discours Des Grieux rencontre de manière fortuite un aristocrate, témoin de son premier malheur ; cette circonstance le pousse à la confession qui dure trois heures à voix haute. Il se livre à un discours spontané devant ces deux étrangers qui lui prêtent une attention bienveillante. un récit a posteriori Ce monologue lui offre la possibilité de se pencher sur son passé : il occupe la place de héros et de narrateur. Il ne peut pas être question de faire une narration factuelle, au demeurant, il n’a jamais cherché à être objectif. Il entend revisiter son histoire et se perdre comme dans un labyrinthe dans ses souvenirs. Il prend le temps de nourrir son récit de détails, de jugements, d’interrogations. un monologue L’originalité de ce monologue consiste à enchâsser six dialogues souvent sur ses malheurs narrés à Tiberge, à Lescaut, au supérieur de Saint-Lazare, à M. de T, au lieutenant de police, à son père, au capitaine du vaisseau et au gouverneur. C’est autant de représentations diverses, de labyrinthes, du même récit modulé en fonction des différents interlocuteurs de Des Grieux. un style en labyrinthe Des Grieux est un habile conteur entraînant le lecteur dans un labyrinthe de procédés stylistiques. Il discourt essentiellement au style indirect, qui est celui qui lui permet d’apporter une floraison de détails, colorant le récit de manière toujours avantageuse. Il bascule soudainement au style direct, celui de la sincérité, pour rendre encore plus vivants les échanges entre lui-même et les autres. Cette mise en valeur permet de mentionner les tons, la gestuelle, etc. Notons que Prévost a décidé d’intégrer le dialogue dans le discours narratif, ce qui explique le choix de retirer les guillemets et les tirets, omettant aussi les retours à la ligne. On relève que c’est Des Grieux qui monopolise la parole dans le récit, en adoptant un point de vue interne ; il laisse quelques bribes de mots à Manon qui parle essentiellement au style indirect. Il voit tout à l’aune de sa propre conscience. On a montré dans l’analyse linéaire que la phrase est elle-même est sinueuse; elle se perd dans les détails : on a affaire à des labyrinthes de propositions. Ces dernières partent en cascade qu’elles soient juxtaposées ou coordonnées. Mais la plume de l’auteur excelle dans la cascade de subordonnées. La principale s'ouvre sur des propositions subordonnées qui débouchent sur d’autres. On a ainsi toute une gamme de propositions subordonnées relatives, conjonctives ou circonstancielles de concession, de conséquence, outre des propositions participiales, infinitives, etc… La richesse de ce style labyrinthe fait ressortir les débats intérieurs du narrateur, ses interrogations, ses artifices, mais également ses doutes et ses larmes… Il recourt à différents registres pathétiques, tragique, mais aussi comique. C’est une narration qui constitue en réalité un plaidoyer. un plaidoyer La passion initiale demeure toujours aussi vive dans le récit que Des Grieux en fait. Il poursuit un objectif qui dépasse la simple narration à des oreilles attentives. Il cherche à comprendre l’origine de ses erreurs qui sont la cause de son malheur. Il soliloque, il forge pour lui-même un plaidoyer pour un amour défunt. Tombeau Des Grieux a tout perdu, sauf cette réécriture de sa propre histoire qu’il envisage comme un écrivain comme nous venons de le dire. Il maîtrise son discours puisque c’est la seule chose qui lui reste. Il a toujours été doué pour le travail de l’esprit : il y goûte à satiété. Ce discours devient le tombeau pour Manon. sources : Jean Sgard, labyrinthes de la mémoire, PUF
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Depuis des années, la Gazette publie sur ce site des nouvelles, avant d'étendre son offre littéraire à des romans et à de la poésie. Parallèlement, elle propose un précis de grammaire à destination de tout public et notamment aux lycéens et aux étudiants pour lesquels des fiches de lecture analytiques conformes à leurs programmes sont à leur disposition. Retrouvons ces ouvrages dans le détail. Les publications numériques Retrouvez les ouvrages disponibles en ebook sur la plateforme bookelis selon leur genre littéraire : Education La grammaire pour le bac : ce qu'il manque aux candidats du bac, c'est la démonstration de leur parfaite maîtrise de la langue française. En dépit de longues années d'enseignement, les élèves commettent beaucoup de fautes liées à l'absence de compréhension des règles grammaticales pourtant vues et revues. À l'écrit comme à l'oral, ils semblent incapables de comprendre concrètement la manière dont un texte est construit révélant ainsi les intentions de son auteur. La réforme du bac conduit l'examinateur à interroger le candidat à l'oral sur la grammaire. Il vous est proposé de reprendre toutes vos bases de manière synthétique pour réussir votre examen ... Discours de la servitude volontaire (La Boetie) : analyse : retrouvez le plan de cette fiche : 1. La tyrannie : comprendre pour résister, 2. Les procédés argumentatifs du discours : 2.1. Une argumentation directe, 2.2. Une stratégie argumentative : 2.2.1. La raison mathématique, 2.2.2. La persuasion, 2.2.3. Les intentions de l'auteur : a) les références à l'Antiquité, b) les références à la Renaissance, 2.3. Les principales figures de style, 2.4. Les registres littéraires, 3. Les ambiguïtés de l'œuvre, 4. La portée philosophique de l'œuvre, Poésie Le livre de l'exil : Le livre de l'exil retrace le parcours de celui qui fuit son pays pour un ailleurs meilleur au péril de sa vie. L'exilé arrive alors dans un lieu inconnu souvent hostile, sans jamais oublier d'où il vient. Il demeure sur cette nouvelle terre en pensant à ceux qu'il a laissés, espérant toujours revenir. L'exil comprend ainsi trois temps : partir, séjourner et revenir...
- "On ne badine pas avec l'amour" Musset
Bac : il vous est proposé d’examiner "les jeux du cœur et du langage" faisant référence aux discours amoureux dans On ne badine pas avec l'amour de Musset. On note deux conceptions de l'amour, le libertinage et le romantisme. Au travers de ces deux prismes, nous verrons leur vision opposée sur l’amour, le temps, le corps. C'est autour de cette confrontation entre ces deux pôles de séduction, choisis tour à tour par Perdican et Camille au détriment de Rosette, que la Gazette articulera son analyse. Reprenons le fil de la pièce et arrêtons-nous aux scènes où il est question d’amour à l'aide d'un tableau récapitulatif. "On ne badine pas avec l'amour" Musset La Gazette littéraire vous propose un dossier consacré au parcours jeux du cœur et de la parole s'appuyant sur la pièce de théâtre de Musset intitulée On ne badine pas avec l'amour. Nous allons dans un premier temps nous demander ce que les programmes officiels nous invitent à analyser : jeux/cœur et parole. Nous verrons ensuite la manière dont deux conceptions opposées de l'amour, le libertinage et le romantisme, sont à l'œuvre dans cette pièce. Reprenons le fil de la pièce et arrêtons-nous enfin aux scènes où il est question d’amour à l'aide d'un tableau récapitulatif. Définitions Commençons par le premier terme. Qu'entend-on par “jeux” ? Il nous est demandé de réfléchir sur les attitudes des personnages sur scène. Vous savez que la scénographie est au cœur du projet théâtral avec le dynamisme à l'œuvre (les entrées, les sorties, le rôle du corps, etc.). Mais avec le mot “parole”, il nous faut dans un deuxième temps analyser les propos tenus qui font l’action. Au fondement de la spécificité du genre théâtral se trouve, en effet, la double énonciation (le discours adressé aux personnages et au public). C’est à l’aune de ce discours que nous sommes invités à percevoir les intentions sous-jacentes des personnages, entre vérité ou mensonge. Enfin il ne s’agit pas d’examiner tous les jeux de cette pièce, mais celui qui concerne l’amour comme le terme “cœur” nous l’indique. Pour résumer, les jeux du cœur et du langage font donc référence aux discours amoureux. Ce discours amoureux convoque trois personnages : Perdican, Camille et Rosette. Il vous est proposé d’examiner ces relations triangulaires dans la perspective de l'épreuve de dissertation. On peut ainsi regrouper différentes problématiques applicables au thème général : Quelle conception de l’amour est à l'œuvre dans On ne badine pas avec l'amour ? Comment les personnages utilisent-ils le langage pour jouer avec les sentiments des autres ? Comment la pièce reflète-t-elle les tensions entre les conventions sociales et les désirs individuels au sujet de l’amour et du mariage ? Musset propose-t-il une éducation sentimentale et morale dans cette pièce ? Comment l’amour dans On ne badine pas avec l'amour fait-il naître une confrontation entre romantisme et libertinage ? La Gazette traitera de la dernière question dans le dossier consacré à Musset. Concrètement, nous vous aiderons à vous repérer dans ce trio amoureux avec un tableau synthétique pour chaque acte. L'analyse mettra donc en balance le poids du romantisme et du libertinage dans le discours amoureux dans "On ne badine pas avec l'amour" de Musset. Libertinage vs romantisme Débutons, si vous le voulez bien, en nous intéressant à l'intitulé de la problématique. Qu'entend-on par romantisme ? Qu'est-ce que le libertinage ? Il s'agit de deux courants philosophiques et littéraires qu'il convient de replacer dans leur contexte. Libertinage Il s'agit d'un mouvement d’opposition à une pensée religieuse dominante. On le définit comme un mouvement philosophique et littéraire dont le terme "libertin" -éclos au 16e siècle- se comprend au sujet d'une personne qui adopte “toutes les positions religieuses et les conduites morales qui prennent quelques distances à l'égard de la stricte orthodoxie” (Delon, le savoir-vivre libertin, Hachette 2000 page 22). Dès le siècle suivant, le libertin équivaut à un libre penseur, à un rationaliste qui se permet “de juger ce qui devrait être accepté par principe d'autorité” (Delon, le savoir-vivre libertin, Hachette 2000 page 25). En effet, un libertin va rapidement devenir un impie, celui “ qui ne s’assujettit ni aux croyances ni aux pratiques religieuses” (Littré). De ce point de vue, un libertin s'oppose au dévot. C'est après le décès de Louis XIV que le libertinage a pris un nouvel essor en réaction à une fin de règne jugée étouffante du point de vue de la religion et de la morale. On parle alors de libertinage des mœurs et notamment des mœurs sexuelles au 18e siècle. Ce terme donne par la suite une place considérable au corps. (cf. Choderlos de Laclos, les liaisons dangereuses) Mais au 18e siècle, le libertinage ne constitue pas la norme, mais une proposition de vie partagée par la haute noblesse dans les salons parisiens. Comme le dit un auteur :” s'il est vrai que la libre imagination des plaisirs constitue l'un des pôles de cette société, l'équilibre est solidement assuré par le pôle antagoniste : la tyrannie des bienséances, des préjugés, de l'ordre moral. ” ( Robert Mauzi, l'idée du bonheur dans la littérature et la pensée française au 18e siècle Albin Michel 1979, page 29). Le libertinage peut constituer une simple étape dans l'éducation sentimentale et morale ou le choix d’adulte dans une multiplicité d'aventures. Dans les deux cas, le temps du libertinage est toujours limité : “ L'expérience du libertinage n'est qu'une aberration passagère et toujours corrigée, non une chute irrémédiable dans un infernal abîme.” (Robert Mauzi, l'idée du bonheur dans la littérature et la pensée française au 18e siècle Albin Michel 1979, page 31). Plusieurs choses sont notamment à l'œuvre dans le libertinage : une situation mondaine à conserver (une réputation à entretenir), une volonté de puissance (la force) des refus : un refus de la passion (un libertin n’est pas amoureux), un refus de l’immédiateté (temps du discours préalable), un refus de ne pas choisir sa proie, un art de séduire : “ Le libertinage n'est plus dans la conclusion sexuelle, dans le résultat génital, mais dans l'art de séduire” (Delon, le savoir-vivre libertin, Hachette 2000, page 43) La principale cause de cessation du libertinage, c'est la rencontre du sentiment de l'amour. Voyons le contraste proposé par le romantisme. Romantisme On le définit également comme un mouvement philosophique (fin 18e siècle avec Rousseau en France) et littéraire (au début du 19e siècle avec Hugo dont Musset notamment a été un temps très proche) ayant pour but d'exalter le sujet dans une exaltation du “moi” placé dans le cadre de la nature au travers d'un discours souvent solitaire. Il s'agit là encore d'un mouvement d'opposition à la matière et à la raison : le romantique est guidé par ses seuls sentiments ; c’est un être sensible, incompris et nostalgique, soumis à une sorte de fatalité dans son destin. C'est enfin un mouvement qui donne une place considérable à l’amour comme un idéal et à l'innocence du corps. Confrontation On voit donc que le discours amoureux repose sur deux conceptions de l'amour qui ont, entre elles, certains points communs : un mouvement en réaction contre l’ordre social et de la religion officielle, une place pour le corps, une place pour le temps, une place pour le discours. Mais elles ont aussi de nombreux points de divergence dont notamment : un carcan moral et religieux (libertin), un carcan matérialiste (romantique) l’absence de sentiment amoureux (libertin) et l’exaltation de l’amour (romantique), le temps du futur (libertin) par opposition au passé nostalgique et à un futur impossible (romantique) un discours de séduction mensongère (libertin), une quête de vérité (romantique) C'est cette confrontation entre ces deux pôles de séduction choisie tour à tour par Perdican et Camille au détriment de la pauvre Rosette que la Gazette articulera son analyse. Dans le prochain article, nous étudierons l'acte 1. sources : Robert Mauzi, l'idée du bonheur dans la littérature et la pensée française au 18e siècle Albin Michel 1979, Delon, le savoir-vivre libertin, Hachette 2000, Valentine Ponzetto, Musset ou la tentation libertine, Droz, 2007 Dans la perspective de la dissertation, il sera question de circonscrire les scènes qui nous intéressent dans la perspective Romantisme/libertinage. Pour ce faire, reprenons le fil de la pièce et arrêtons-nous aux scènes où il est question d’amour. Il vous est proposé un tableau récapitulatif. Duos/Trio Ce discours amoureux convoque trois personnages : Perdican, Camille et Rosette. On distingue les scènes suivantes mettant aux prises les duos ou le trio d’amour : pour la compréhension, voici le code couleur : duos Perdican/Camille duos Perdican/Rosette trios Perdican/Camille/Rosette Actes/scènes Perdican Camille Rosette acte 1, scène 2 acte 1, scène 3 Acte 1, scène 4 X X X X X X acte 2, scène 1 acte 2, scène 3 acte 2, scène 5 X X X X X X acte 3, scène 2 acte 3, scène 3 acte 3, scène 6 acte 3, scène 7 acte 3, scène 8 X X X X X X X X X X X X X Analyse Comptons les scènes, si vous le voulez bien : il ressort de la lecture de ce tableau que nous sommes en présence de 5 duos Perdican/Camille, ce qui souligne l’importance de cette relation aux yeux mêmes des deux protagonistes. Ils se cherchent de toute évidence. Musset intercale ce duo avec les 3 duos Perdican/Rosette : il cherche à montrer, à l’inverse, le caractère résiduel de cette amourette. Enfin, dès la scène 3 de l’acte 3, on passe à une intensité plus grave puisque les duos s’éclipsent (deux scènes (2/6) seulement sur les 8) pour laisser la place aux 3 trios Perdican/Camille/Rosette. On a donc un changement de rythme évident qui précipite l’action. Avec la substitution du trio au duo, le discours amoureux passe de la comédie au drame : avec la mort de Rosette, le triangle amoureux va se trouver liquidé : on note donc une progression tragique de l’action formalisée par les duos/trios d’amour aboutissant à une crise du langage comme nous le verrons. Repère à suivre : Acte I
- "On ne badine pas avec l'amour" : acte I
Bac : l’acte I permet la confrontation de deux types de discours : le discours romantique et le discours libertin : nous avons affaire à un discours amoureux de type essentiellement romantique non dénué cependant de germes de libertinage comme vous pourrez le constater avec le tableau récapitulatif (citations et références) pour vous aider dans votre dissertation. On ne badine pas avec l'amour : acte I Nous avons affaire à un discours amoureux de type romantique non dénué de germes de libertinage. Romantique Notons, en effet, que les personnages sont tous jeunes, ce qui correspond à la caractéristique du héros romantique dans Les deux personnages moteurs de l’action sont, en outre, éduqués (Perdican et Camille) : ce qui correspond là encore au critère. Les trois personnages ont en commun une véritable sensibilité. Ils sont à fleur de peau. Dès l’acte I, on la trouve bien brossée chez Perdican : la nostalgie et le goût pour la nature répondent aux codes romantiques. Chez Camille, on note la pudeur qui correspond aux normes des héroïnes romantiques : “ L’amitié ni l’amour ne doivent recevoir que ce qu’ils peuvent rendre” (scène 2) Rosette, qui est une simple paysanne, partage enfin la sensibilité romantique liée à sa simplicité du cœur allant de pair avec le corps. Là où Camille refuse les attouchements de Perdican, Rosette accepte, elle, de lui donner la “main” (scène 5) : elle est parfaitement innocente. Cependant cet acte comprend en germe des éléments du libertinage. Libertinage "On ne badine pas avec l'amour" : acte I : Perdican adopte le registre de la séduction à l’égard des deux jeunes filles : l'apparence physique l’intéresse en premier lieu, plus que la personnalité morale. Il voudrait joindre le geste à la parole, en leur serrant la main ou en obtenant un baiser qui entrerait dans le champ du libertinage. S’agissant du libertinage, on note un facteur social qui est un marqueur du libertinage, c’est celui de l’inégalité des conditions. Un libertin abuse plus facilement des paysannes que des femmes de sa condition. On a un rapport de domination dans le libertinage qui fait défaut au romantisme. Vous trouverez ci-après les citations et les références scéniques pour vous permettre de les comprendre avant de les choisir pour la dissertation. Tableau Acte I confrontation entre deux discours Romantisme : salon (scène 2) libertinage : une place (scène 4) une salle (scène 5) Perdican jeunesse : “ Mon fils a eu hier matin, à midi huit minutes, vingt et un ans comptés” (scène 2) éducation : “ il est docteur à quatre boules blanches”. (scène 2) sensibilité : -timidité : “ les voilà qui se tournent le dos.” (scène 2) - nostalgie de l’enfance : “pas un battement de cœur pour notre enfance, pour tout ce pauvre temps passé, si bon, si doux, si plein de niaiseries délicieuses ?” (scène 3) “le monde mystérieux des rêves de mon enfance” (scène 4) - goût pour la nature : “ Je trouve qu’elle sent bon, voilà tout.” (tournesol) (scène 2)/dans un cadre bucolique “la prairie” “la ferme” (scène 3) communion avec la nature : “ces arbres et ces prairies enseignent à haute voix la plus belle de toutes, l’oubli de ce qu’on sait.” (scène 5) -égalité entre les êtres : “Va-t’en vite mettre ta robe neuve, et viens souper au château.” (scène 5) apparence de Camille : à la beauté du corps “ Comme te voilà métamorphosée en femme ! Je suis donc un homme, moi ?” (scène 2) - : “ Comme te voilà grande, Camille ! ( scène 1) corps de Rosette : “ main” et les joues” (scène 5) i négalité sociale : évocation inconsciente des rapports issus de la féodalité Perican/Rosette “monseigneur”/”petite( scène 5) Bridaine : “Il tient sous le bras une jeune paysanne.” (scène 5) Le baron : “ mon fils séduit toutes les filles du village en faisant des ricochets.” (scène 5) Camille jeunesse : “ Ma nièce est depuis hier, à sept heures de nuit, parvenue à l’âge de dix-huit ans “ (scène 2) éducation : “ elle sort du meilleur couvent de France.” (scène 2) sensibilité exacerbée : -pudeur : “ L’amitié ni l’amour ne doivent recevoir que ce qu’ils peuvent rendre” (scène 2) - froideur du corps : “ les voilà qui se tournent le dos.” (scène 2) “je dis que les souvenirs d’enfance ne sont pas de mon goût” (scène 3) Rosette jeunesse : “la soeur de lait” (scène 5) sensibilité : exaltation des origines simples : ici paysanne : fille de nourrice (scène 5) simplicité du cœur allant avec le langage du corps : elle accepte de donner la “main”à Perdican (scène 5) repère suivant : Acte II
- "On ne badine pas avec l'amour" : acte 2
Bac : dans cet acte II, on retrouve les éléments du romantisme vus précédemment. Ce qui surprend, c’est l’importance du discours libertin utilisé par Perdican, mais aussi par Camille dans une surenchère : on est dans un jeu de séduction. "On ne badine pas avec l'amour" : acte 2 Examinons ensemble l’acte II en cherchant la confrontation des discours amoureux, romantisme vs libertinage. Lieux Il est intéressant de croiser les lieux avec la catégorie de langage. Il s’avère que le romantisme a pour cadre des scènes extérieures, ce qui est conforme à la représentation de ce courant valorisant la nature. Par opposition, le libertinage a pour localisation l’intérieur d’un lieu. Nous voyons ici que Musset brouille les cartes puisque le même cadre voit passer les deux types de discours comme on peut le voir à la scène 3 située “au champ” et la scène 5 sise à la fontaine dans un bois. Entrons dans le détail de l’acte. Romantisme Nous avions souligné trois marqueurs romantiques dans l’article précédent (jeunesse/éducation/sensibilité). Dans "On ne badine pas avec l'amour" : acte 2, nous allons conserver la sensibilité à laquelle nous ajouterons d’autres comme la sincérité, l’exaltation de l’amour. a) sensibilité : l’acte II se situe dans la quasi totalité dans la nature (jardin, champ, bois) et c’est un lieu propice à l’envolée lyrique pour Perdican “j’ aurais voulu m’asseoir avec toi sous les marronniers du petit bois” (scène 2). À la scène 4, cet être ultra sensible pleure comme le relève Rosette. Chez Camille, la sensibilité du romantisme prend la forme d’un refus marquant une désunion intérieure. Elle refuse tout contact corporel : ”je n’aime pas les attouchements “ (scène 1). Ce rejet du corps va de pair avec la variation des dispositions d’esprit. “Je suis d’humeur changeante “ (scène 5). Sa sensibilité l’empêche de dire les choses. Elle reste dans le secret : “Je suis obligée de partir.”/“C’est mon secret.”(scène 1). Les scènes défilent et à la dernière de l’acte, elle se livre enfin. Sa confidence à Perdican la dépeint non comme une héroïne froide et distante, mais comme un être de feu. L'examen attentif de ses paroles montre sa compassion, littéralement cum-passere en latin ( soit avec-souffrir ) : elle est réceptive à des émotions. Ces dernières ne sont pas positives, car elles ne sont pas liées à une joie communicative, mais au contraire à des passions tristes : ici le chagrin d’autrui. Cependant, il ne s’agit pas pour elle d’éprouver un amour du genre humain, on a vu le mépris qu’elle entretient à l’endroit de Rosette notamment lorsqu’elle ne court pas la revoir à l’acte I et lorsqu’elle la qualifie de “fille de rien” à l’acte 3. Non, elle n’a vraiment de la compassion que pour une seule personne : sa voisine de chambre, Louise. Musset insiste longuement sur cette empathie : “ses malheurs ; ils sont presque devenus les miens ;” / “c’était moi que je voyais agir tandis qu’elle parlait. Quand elle disait : Là, j’ai été heureuse, mon cœur bondissait ; et quand elle ajoutait : Là, j’ai pleuré, mes larmes coulaient.” (scène 5). On assiste à une confusion entre les sentiments vécus par l’une et ressentis par l’imagination par l’autre. Camille ressent les émotions par procuration. Elle est dotée d’une sensibilité exacerbée, poussée à l’excès en ce qui concerne le corps, l’esprit et son rapport à autrui. Qu’est-ce qui la conduit à ressentir les choses si vivement ? La peur. Camille a développé une sensibilité à fleur de peau, car elle craint le monde, son chaos qu’elle perçoit non de sa propre perception, mais du seul discours de Louise. L’amour humain l’angoisse avec son lot de trahisons et d'abandons : sa vision de l’amour est déformée par une fatalité comme chez tous les romantiques. Chez Rosette, on trouve cette sensibilité pure et innocente. Elle est ajustée au réel à la différence de Camille. Son empathie à l’égard de Perdican est juste : “ Comme vous paraissez triste ce matin !” (scène 3). Cette sensibilité va de pair avec la sincérité des mots. b) sincérité : cette sincérité apparaît à l’acte II. C’est un critère du romantisme. Le héros se veut authentique, rejetant l’insincérité du monde avec ses compromissions. Son discours se veut vrai, il ne l’est pas forcément. C’est un idéal. Chez Perdican, cette sincérité le rend vulnérable et le fait passer pour un incompris : “Les paysans de ton village se souviennent de m’avoir aimé ; les chiens de la basse-cour et les arbres du bois s’en souviennent aussi ; mais Camille ne s’en souvient pas” (scène 3). Dans le même temps, il croit à ses propres mensonges : “ne sommes-nous pas le frère et la sœur ?” (scène 1). Enfin, Perdican est un être lucide : avec sincérité, il détecte les changements de discours de Camille : “ Il y a de la franchise dans ta démarche” (scène 1). Sa lucidité sert également de fondement à sa critique de l’attitude de sa cousine (acte 5) : il perçoit toutes les illusions qu’elle livre dans sa relation avec Louise. Chez Camille, la sincérité transparaît de deux manières à l’égard de son cousin et à son égard. Il lui faut percer l’armure en Perdican pour pouvoir se livrer en confiance : Elle le juge positivement : “vous n'êtes point un libertin” /“vous ne vous seriez pas livré à un caprice” (scène 5). En outre, elle dit : “je crois que votre coeur a de la probité” (scène 5). C’est dans ces conditions que sa sincérité lui permettra de lui révéler sa confidence au sujet de Louise comme on l’a vu. Elle fait de son point de vue excès de sincérité : “J’ai eu tort de parler ; j’ai ma vie entière sur les lèvres. “ (scène 5). Cet aveu de sincérité est aussitôt regretté en raison de la crainte que le monde et autrui lui inspirent. c) l’exaltation de l’amour C’est un marqueur important du romantisme cette quête de l’amour. Perdican ne se considère pas comme un libertin avec cet aveu négatif : “ma foi je ne m’en souviens pas” (scène 5). La fidélité demeure un idéal pour lui : “je crois qu’il y a des hommes capables de n’aimer qu’une fois” (scène 5). Personnellement, il se situe non sur le terrain de la fidélité, mais sous l’empire de l’amour avec son célèbre hymne : “mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.” (scène 5) Le héros romantique revendique le fait d’aimer, de vivre une passion brûlante. Chez Camille, on trouve deux sortes d’amour et une conséquence de cette exaltation. Sa vision du monde est fondée sur le récit de Louise. Elle vit par procuration : “une vie imaginaire ; cela a duré quatre ans “ (scène 5). Perdican a bien compris l’illusion dans laquelle est plongée sa cousine : “Elles ont vécu, n’est-ce pas ? et elles t’ont montré avec horreur la route de leur vie “ (Perdican, scène 5). Cela disqualifie l’amour physique qu’elle rejette avec passion comme on le voit avec l’opposition : “ vierges et pleines d’espérances” /”vieilles et désolées ”(scène 5). Elle avoue même les motifs de son aversion sans détour : “Je veux aimer, mais je ne veux pas souffrir. Je veux aimer d’un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas” (scène 5). C’est la souffrance causée par l’amour que la jeune fille fuit en réalité. Et plus particulièrement l’abandon qui la pousse dans les bras de la religion : “je vais prendre le voile.” (scène 5). Mais cette manière de parler de sa foi la discrédite. “ Voilà mon amant. Elle montre son crucifix.” (scène 5). Camille emploie, en effet, des mots d’amour, “amant”, ce qui paradoxalement humanise Dieu, tout en montrant un objet divin, un crucifix. Cela suggère qu’elle n’éprouve pas de vocation authentique ; celle-ci n’est qu’un simple refuge, une manière étanche de vivre bien loin des hommes. On assiste à une exaltation du sentiment amoureux humain/divin loin de toute forme de raison. Voyons maintenant les aspects du libertinage dans cet acte. Libertinage Ils sont plus nombreux que les éléments propres au romantisme. Par ailleurs, ils ne sont plus en germe comme dans l’acte I et plus seulement à l’initiative de Perdican : on est dans le jeu de séduction. a) Perdican On retrouve le rôle de l’apparence physique importante pour le libertin qui se flatte d’aimer sans être amoureux. Avec Rosette, il reprend son attitude de maître en adoptant la posture de flatteur : “quel mal y trouves-tu ?”/“Ne suis-je pas ton frère comme le sien ?” (scène 3)/ “Que tu es jolie, mon enfant !” (scène 3). Avec Camille, il choisit le vocabulaire libertin : “y-a t-il une intrigue ?” (scène 5). Il adopte une attitude pleine de force, voire menaçante : “prends garde à toi.” (scène 5). Il recourt, en outre, dans son expression à des provocations. Il lui dispense d’abord des conseils immoraux liés à l’amour : “de prendre un amant (scène 5)/ “Tu en prendras un autre.” (scène 5). Il la provoque par ailleurs sur le terrain de la religion si décriée par les libertins : “En voilà un ; je ne crois pas à la vie immortelle.” (scène 5). Il se déclare athée alors qu’à l’acte III, il s’élancera dans une prière. Il s’emploie à dénigrer la vocation des religieuses : “Elles qui te représentent l’amour des hommes comme un mensonge, savent-elles qu’il y a pis encore, le mensonge de l’amour divin ?” /“le ciel n’est pas pour elles.” (scène 5). C’est alors qu’il se livre à une déclaration du libertin qui constitue la première partie de l'hymne romantique à l’amour : “Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ;” (scène 5). La surprise du libertinage vient de Camille. b) Camille La jeune fille change en effet d’attitude, elle passe de la froideur à l’affection. Elle adopte un plan. Pourquoi ? Parce qu’ elle est jalouse depuis qu’elle a surpris le duo Perdican/Rosette : “ Ce matin, en me promenant avec Rosette, j’ai entendu remuer dans les broussailles, il m’a semblé que c’était un pas de biche.” (Perdican, scène 5). Elle va à son tour adopter un langage libertin. On peut noter des marqueurs du libertinage. Elle recourt tout d’abord à l’envoi d’une lettre , procédé très courant dans cet univers : «Trouvez-vous à midi à la petite fontaine. » (scène 5). Elle a conscience du caractère libertin du message puisqu’elle se défend auprès de sa gouvernante : "Ne dois-je pas être sa femme ? je puis bien écrire à mon fiancé.” (scène 1). Furieuse que son ordre ne soit pas exécuté, la douce Camille se met en colère : "Allez-y ! Trouvez-le ! Faites ce qu’on vous dit ! Vous êtes une sotte ! Je le veux ! Et elle frappait avec son éventail sur le coude de dame Pluche, qui faisait un soubresaut dans la luzerne à chaque exclamation.” (scène 4). Pour l’exécution de son plan, elle est prête à tout et notamment à engager son corps : “Je vous ai refusé un baiser, le voilà. “ (scène 5)/”une froide statue”. Sur la forme, elle flatte Perdican en recueillant ses conseils : “Je suis bien aise de vous consulter.” (scène 5) Sur le fond, elle discourt faussement sur l’amour libre au conditionnel : “Croyez-vous que ces femmes-là auraient mieux fait de prendre un amant et de me conseiller d’en faire autant ? (scène 5)/“Que me conseilleriez-vous de faire le jour où je verrais que vous ne m’aimez plus ?” (scène 5) avant de lui demander de trancher cette question terriblement personnelle : “savoir si j’ai tort ou raison de me faire religieuse.” (scène 5). Ce qui frappe le plus dans cet entretien très long, c’est la connaissance précise par Camille du monde libertin. Elle connaît ce qui s’y passe et comment le discours libertin est utilisé. Elle en adopte tous les codes : aborde l’éducation des hommes aux plaisirs : “Vous faites votre métier de jeune homme,” (scène 5)/”vos maîtresses,” (Scène 5). Elle a conscience des moments de jouissance : “Il me semble que vous devez cordialement mépriser les femmes qui vous prennent tel que vous êtes, et qui chassent leur dernier amant pour vous attirer dans leurs bras avec les baisers d’un autre sur les lèvres. “ (scène 5). Elle reprend sans rougir la conception de l’amour par les libertins, la femme-objet. On note également la métaphore libertine entre la femme et les voyages, soit une relation libre sans attaches , et la femme représentée comme de l’argent qui circule. On voit donc la hardiesse des propos dans la bouche d’une jeune fille tout juste sortie du couvent : “ Est-ce donc une monnaie que votre amour, pour qu’il puisse passer ainsi de mains en mains jusqu’à la mort ? “ (scène 5). Elle utilise une autre métaphore alliant les cheveux et les bijoux : “mais ils (cheveux) ne se changeront pas en bagues et en chaînes pour courir les boudoirs” (scène 5). Cela cache sa fausse vocation : “ la froide nonne qui coupera mes cheveux, pâlira peut-être de sa mutilation “/“je ne veux qu’un coup de ciseau, et quand le prêtre qui me bénira me mettra au doigt l’anneau d’or de mon époux céleste, la mèche de cheveux que je lui donnerai, pourra lui servir de manteau.” (scène 5) On a ainsi les éléments prouvant qu’il ne s’agit pas d’un entretien franc, mais d'une pure mise à l’épreuve toute libertine. Les questions n’ont pas d’autres objets que de susciter, par jeu, chez Perdican un aveu d’amour. Pour l’obtenir, elle provoque l’aveu en elle : “en vérité, je vous ai aimé, Perdican” (scène 5). On note l’emploi du passé composé, temps du passé. Elle attend en retour une déclaration conforme. c) Rosette On notera chez elle la finesse de son jugement critiquant l’attitude libertine de Perdican qui la compromet : “ Croyez-vous que cela me fasse du bien, tous ces baisers que vous me donnez ? (scène 3) Vous trouverez ci-après le tableau récapitulatif. Acte II confrontation entre deux discours/lieux Romantisme conversations : au jardin (scène 1) au champ (scène 3) à la fontaine dans un bois (scène 5) libertinage: au champ (scène 3) à la fontaine dans un bois (scène 5) Perdican sensibilité : - à la nature : “j’aurais voulu m’asseoir avec toi sous les marronniers du petit bois et causer de bonne amitié une heure ou deux.” (scène 2) Perdican pleure (scène 4) sincérité : Perdican “ Il y a de la franchise dans ta démarche” (scène 1) a)amitié, fraternité : à Camille : “ne sommes-nous pas le frère et la sœur ?”(scène 1) b) être incompris : “Les paysans de ton village se souviennent de m’avoir aimé ; les chiens de la basse-cour et les arbres du bois s’en souviennent aussi ; mais Camille ne s’en souvient pas.” (scène 3) exaltation de l’amour : -sincérité sur le non libertinage : “ ma foi je ne m’en souviens pas” (scène 5) “je crois qu’il y a des hommes capables de n’aimer qu’une fois” (scène 5) - déclaration à l’amour : “mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c’est l’union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux ; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière, et on se dit : J’ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j’ai aimé. C’est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui.” (scène 5) apparence : rôle de la beauté ”tu es jolie comme un coeur” (scène 1) - au corps : “ touche là et soyons bons amis.”/ “Donne-moi ta main, Camille, je t’en prie.”/ “voilà ta main et voilà la mienne”(scène 1) Séduction de Rosette: jeux :vanité masculine ” Quel mal y trouves-tu ?”/“Ne suis-je pas ton frère comme le sien ?” (scène 3)/“Que tu es jolie, mon enfant !” (scène 3) - langage libertin de Perdican : a) interrogation à lui-même “y-a t-il une intrigue ?” (scène 5) b) menace envers Camille : “Tu es une orgueilleuse ; prends garde à toi.” (scène 5) c) provocations sur -son impiété : “En voilà un ; je ne crois pas à la vie immortelle.” (scène 5) -en dénigrant la religion : (fausse vocation) : “Elles qui te représentent l’amour des hommes comme un mensonge, savent-elles qu’il y a pis encore, le mensonge de l’amour divin ?” /“le ciel n’est pas pour elles.”(scène 5) d)conseils immoraux : à Camille : “de prendre un amant (scène 5)/ “Tu en prendras un autre.” (scène 5) e) déclaration du libertin : “Tous les hommes sont menteurs, inconstants, faux, bavards, hypocrites, orgueilleux ou lâches, méprisables et sensuels ; toutes les femmes sont perfides, artificieuses, vaniteuses, curieuses et dépravées ; le monde n’est qu’un égout sans fond où les phoques les plus informes rampent et se tordent sur des montagnes de fange ;” (scène 5) Camille sensibilité exacerbée : peur -refus du corps : ”je n’aime pas les attouchements “(scène 1) -instabilité de l’esprit : “Je suis d’humeur changeante “ (scène 5) -compassion fusionnelle avec Louise : “ses malheurs ; ils sont presque devenus les miens ;” (scène 5) “c’était moi que je voyais agir tandis qu’elle parlait. Quand elle disait : Là, j’ai été heureuse, mon cœur bondissait ; et quand elle ajoutait : Là, j’ai pleuré, mes larmes coulaient.” (scène 5) - motivation confuse : secrète :“Je suis obligée de partir.”/ “C’est mon secret.” (scène 1) sincérité : -jugement positif sur Perdican : “vous n'êtes point un libertin” /“vous ne vous seriez pas livré à un caprice” (scène 5) “je crois que votre coeur a de la probité” (scène 5) - Confidence, récit intime de Louise : trio amoureux malheureux : “Son mari l’a trompée ; elle a aimé un autre homme, et elle se meurt de désespoir.’ (scène 5) -sur elle-même : “J’ai eu tort de parler ; j’ai ma vie entière sur les lèvres. “ (scène 5) exaltation de l’amour amour charnel impossible : peur - statut des jeunes filles “ vierges et pleines d’espérances” /”vieilles et désolées.”(scène 5) -“Je veux aimer, mais je ne veux pas souffrir. je veux aimer d’un amour éternel, et faire des serments qui ne se violent pas” (scène 5) - vous ne croyez pas qu’on puisse mourir d’amour”(scène 5) amour de Dieu (religion) : “Voilà mon amant. Elle montre son crucifix.” (scène 5) fuite de la réalité de l’amour : peur a) refus du monde : “Vous ne savez pas la raison pour laquelle je pars, et je viens vous la dire : je vais prendre le voile.” (scène 5) b)vision par procuration : “une vie imaginaire ; cela a duré quatre ans “ (scène 5) “Qu’est-ce donc que le monde ?” (scène 5) “Elles ont vécu, n’est-ce pas ? et elles t’ont montré avec horreur la route de leur vie “ (Perdican, scène 5) plan B : orgueil a) cause : Camille jalouse depuis qu’elle a surpris Perdican/Rosette “ Ce matin, en me promenant avec Rosette, j’ai entendu remuer dans les broussailles, il m’a semblé que c’était un pas de biche.” (scène 5) b)langage libertin de Camille (scène 5) 1)l ettre secrete à Perdican : faux aveu à Dame Pluche: “ Ne dois-je pas être sa femme ? je puis bien écrire à mon fiancé.” (scène 1)/ contenu de la lettre à Perdican : «Trouvez-vous à midi à la petite fontaine. » (scène 5) 2)colère de Camille : (Blazius) : “mais elle s’écriait avec force : Allez-y ! Trouvez-le ! Faites ce qu’on vous dit ! Vous êtes une sotte ! Je le veux ! Et elle frappait avec son éventail sur le coude de dame Pluche, qui faisait un soubresaut dans la luzerne à chaque exclamation.” (scène 4) 3)faux engagement du corps : baiser de Camille : “Je vous ai refusé un baiser, le voilà. “ (scène 5)/”une froide statue” “Que me “conseilleriez-vous de faire le jour où je verrais que vous ne m’aimez plus ?” (scène 5) 4)recherche d’aveu d’amour : -forme : “Je suis bien aise de vous consulter./ “Veux-tu te faire mon confesseur ?” ( Perdican, scène 5) -mise à l'épreuve : savoir si j’ai tort ou raison de me faire religieuse.” scène 5) / “Croyez-vous que ces femmes-là auraient mieux fait de prendre un amant et de me conseiller d’en faire autant ? (scène 5) exaltation de l’amour : provocation - aveu d’amour au passé : “en vérité, je vous ai aimé, Perdican” (scène 5) 5) connaissance du monde libertin : a)-critique de l’éducation aux plaisirs : “Vous faites votre métier de jeune homme,”(scène 5)/”vos maîtresses,” (Scène 5) b)jouissance : “Il me semble que vous devez cordialement mépriser les femmes qui vous prennent tel que vous êtes, et qui chassent leur dernier amant pour vous attirer dans leurs bras avec les baisers d’un autre sur les lèvres. “ (scène 5)/ c)femme - objet “voyage” et “ Est-ce donc une monnaie que votre amour, pour qu’il puisse passer ainsi de mains en mains jusqu’à la mort ? “ (scène 5) “mais ils (cheveux) ne se changeront pas en bagues et en chaînes pour courir les boudoirs” (scène 5) 6) impiété : -blasphèmes : “Si le curé de votre paroisse soufflait sur un verre d’eau, et vous disait que c’est un verre de vin, le boiriez-vous comme tel ?” / “Si le curé de votre paroisse soufflait sur vous, et me disait que vous m’aimerez toute votre vie, aurais-je raison de le croire ?”(scène 5) - fausse vocation : “ la froide nonne qui coupera mes cheveux, pâlira peut-être de sa mutilation “/“je ne veux qu’un coup de ciseau, et quand le prêtre qui me bénira me mettra au doigt l’anneau d’or de mon époux céleste, la mèche de cheveux que je lui donnerai, pourra lui servir de manteau.” (scène 5) Rosette sensibilité : empathie à l’égard de Perdican: “ Comme vous paraissez triste ce matin !” (scène 3) critique de l’attitude compromettante de Perdican : “ Croyez-vous que cela me fasse du bien, tous ces baisers que vous me donnez ? (scène 3) article à suivre : Acte III
- "On ne badine pas avec l'amour" : acte 3
Bac : dans cet acte III, nous assistons au dénouement de la pièce offrant une contraction de l’action libertine qui domine avant que le drame n’impose son aspect parfaitement romantique. "On ne badine pas avec l'amour" : acte 3 Dans "On ne badine pas avec l'amour" : acte 3, nous verrons l’issue de la confrontation du discours entre romantisme et libertinage. Nous allons examiner l’importance de la contraction de l’action libertine qui domine avant de constater la conclusion du drame sous son aspect romantique. Libertinage L’effet de surprise réside dans la révélation du caractère libertin de Camille comme on peut le comprendre avec la deuxième lettre qui entre comme la première dans une stratégie libertine. Il s’agit de la missive adressée à Louise pour la tenir informée du plan initial en cours de conclusion (plan A) : “tout est arrivé comme je l’avais prévu. Ce pauvre jeune homme a le poignard dans le cœur ; il ne se consolera pas de m’avoir perdue.” (scène 2). L’interception de cette lettre par Perdican entraîne ce dernier dans une vengeance prenant la forme d’un jeu cruel de séduction. Il cherche à susciter la jalousie de sa cousine en choisissant Rosette comme victime. Il se met à emprunter les codes libertins et écrit à son tour : “Oui, tu sauras que j’en aime une autre avant de partir d’ici.” (scène 2) : il s’agit de la 3e lettre de la pièce : “qu’on envoie un valet porter à Mlle. Camille le billet que voici. (Il écrit.) (scène 2). Le plan est simple pour Perdican (plan C) qui use de sa position de maître : “Je veux faire la cour à Rosette devant Camille elle-même.” (scène 2). Il use de son autorité, il la presse pour que la mise en scène soit parfaite : elle repose sur une didascalie : à haute voix, de manière que Camille l’entende. (scène 3). Le jeu va loin puisqu’il aboutit à une offre de mariage non négociable avec l’impératif et le futur ayant valeur de projet ferme : “lève-toi, tu seras ma femme” (scène 3). Que cherche au fond Perdican ? La même chose que Camille à son égard : l’aveu d’amour : “qu’avez-vous à me dire ? Vous m’avez fait rappeler pour me parler ?” (scène 7) De part et d’autre, on trouve l’utilisation du mensonge, le caractère libertin allant de pair avec l’art de la tromperie : “je ne mens jamais.” (scène 5), “oui je l’épouserai” (scène 5). Chez Camille, le mensonge est tout azimut : à Rosette : “Non, je ne t’ai pas vue. “ et à Perdican : “je suis fâchée de n’avoir pu me rendre au rendez-vous que vous m’avez demandé “/ (scène 5). Son plus grand mensonge consiste à dire : “Je ne vous aime pas, moi ; “ (scène 5) La vengeance de l’un entraîne celle de l’autre : on est dans la surenchère, mais celle de Camille est la plus cruelle avec Rosette dont elle abuse là encore de son autorité comme l’indique l’usage de l’impératif ayant une valeur d’ordre : “rentre derrière ce rideau,”. Elle a un bref scrupule qu’elle balaie : ” Moi qui croyais faire un acte de vengeance, ferais-je un acte d’humanité ?” (scène 5). La vengeance est menée de main de maître par la jeune fille : “Vous dites que vous m’aimez, et vous ne mentez jamais ?” (scène 6). “Si vous ne mentez jamais, d’où vient donc qu’elle s’est évanouie en vous entendant me dire que vous m’aimez ? (scène 6). Camille frappe fort : “Tu as voulu te venger de moi, n’est-ce pas, et me punir d’une lettre écrite à mon couvent ? tu as voulu me lancer à tout prix quelque trait qui pût m’atteindre, et tu comptais pour rien que ta flèche empoisonnée traversât cette enfant, pourvu qu’elle me frappât derrière elle. “(scène 6) On notera que ces jeux de séduction reposent sur une caractéristique libertine, l’insensibilité à l’amour. Le discours n’est pas vraiment ressenti, il n’est qu’intellectuel. Il repose sur l’art du langage libertin, celui de parler avec ambiguïté. C’est le sens de : “J’aime la discussion ; je ne suis pas bien sûre de ne pas avoir eu envie de me quereller encore avec vous.” (scène 6). Notons la double négation ayant valeur de litote. Le langage occupe une part essentielle dans la séduction libertine : elle occupe toute la place avec des formules complexes. : “savez-vous si elles changent réellement de pensée en changeant quelquefois de langage ? “/ “vous voyez que je suis franche “/ “ êtes-vous sûr que tout mente dans une femme, lorsque sa langue ment ?/(scène 6). Le langage joue aussi la fonction de caprice : “Je voudrais qu’on me fît la cour” et de défi : “vous n’avez plus au doigt la bague que je vous ai donnée.” (scène 6) / “apprends-le de moi, tu m’aimes, entends-tu ; mais tu épouseras cette fille, ou tu n’es qu’un lâche !” (scène 6) La dernière fonction du langage libertin est celle de révéler l ’ironie : “Je suis curieuse de danser à vos noces !/”persiflage “ / “Allez-vous chez votre épousée ?”(scène 7) C’est le moment de constater les accents romantiques dans ce même acte. Romantisme Chez Perdican, on retrouve l’ exaltation de la nature : “mais tu sais ce que disent ces bois et ces prairies, ces tièdes rivières, ces beaux champs couverts de moissons, toute cette nature splendide de jeunesse. Tu reconnais tous ces milliers de frères, et moi pour l’un d’entre eux ;” (scène 3). Par ailleurs, la confusion des sentiments revient également : “Je voudrais bien savoir si je suis amoureux." (scène 1). Le jeu se fait cruel pour lui : “Parle, coquette et imprudente fille, pourquoi pars-tu ? pourquoi restes-tu ? Pourquoi, d’une heure à l’autre, changes-tu d’apparence et de couleur, comme la pierre de cette bague à chaque rayon de soleil ?” (scène 5). Camille le trouble : “Je ne sais ce que j’éprouve ; il me semble que mes mains sont couvertes de sang." (scène 8) Chez Camille, on retrouve aussi cette confusion : “Que se passe-t-il donc en moi ?” (scène 7)/“je ne puis plus prier ! (scène 8) La sincérité est encore de mise pour nos deux héros romantiques : Camille formule comme un cri du cœur une critique de la société et du sort des femmes : ”Avez-vous bien réfléchi à la nature de cet être faible et violent, à la rigueur avec laquelle on le juge, aux principes qu’on lui impose ?” (scène 5). Elle dévoile aussi le jeu de Perdican prenant corps dans le projet de mariage avec Rosette : elle s’en offusque auprès de lui : “Combien de temps durera cette plaisanterie ?” (scène 7) avant de signifier la mauvaise plaisanterie jouée à la paysanne : “Tu es une bonne fille, Rosette ; garde ce collier, c’est moi qui te le donne, et mon cousin prendra le mien à la place. Quant à un mari, n’en sois pas embarrassée, je me charge de t’en trouver un.” (scène 7). La dernière scène voit chez nos deux héros une prise de conscience de leur amour réciproque, la sincérité réside entre eux. Lorsque Camille dit : “j’ai cru parler sincèrement “ (à Dieu, scène 8), Perdican lui répond en écho : “Orgueil, le plus fatal des conseillers humains, qu’es-tu venu faire entre cette fille et moi ?” (scène 8). On assiste au moment décisif où Perdican critique le libertinage : “Lequel de nous a voulu tromper l’autre ? “(scène 8). Le champ lexical du jeu est exprimé : “et nous, comme des enfants gâtés que nous sommes, nous en avons fait un jouet. / (scène 8). “ nous avons joué avec la vie et la mort “ (scène 8). C’est le moment de la prise de conscience des artifices de séduction employés par le duo Camille/Perdican : c’est le choix de la vérité de l’instant, de la révélation de l’amour : pour Camille, cet amour pour Perdican est la preuve de sa fausse vocation religieuse : “Ce Dieu qui nous regarde ne s’en offensera pas ; il veut bien que je t’aime ; il y a quinze ans qu’il le sait.” (scène 8). Chez Perdican, même constat : “Il a bien fallu que la vanité, le bavardage et la colère vinssent jeter leurs rochers informes sur cette route céleste, qui nous aurait conduits à toi dans un baiser ! Il a bien fallu que nous nous fissions du mal, car nous sommes des hommes. Ô insensés !” (scène 8). La sincérité romanesque l’emporte sur le mensonge du libertinage. On retrouve enfin comme critère romantique l’exaltation de l’amour ainsi que nous l’avions vu précédemment. Perdican s’interroge : “Quelle honte peut-il y avoir à aimer ?” (scène 2), et aussi sous son aspect idéalisé : “Écoute ! le vent se tait ; la pluie du matin roule en perles sur les feuilles séchées que le soleil ranime. Par la lumière du ciel, par le soleil que voilà, je t’aime !” (à Rosette, scène 2). Il se laisse emporter par ses émotions avec cette métaphore bucolique : “et nous prendrons racine ensemble dans la sève du monde tout-puissant.” (scène 2). Il faut attendre la scène 5 pour que l’aveu d’amour tant attendu émane de Perdican : “ La voilà ; c’est toi qui me la mets au doigt ! “ (scène 5). On sent la sensibilité à fleur de peau : le discours est bref, il est vrai : “Je t’aime Camille, voilà tout ce que je sais.” ( scène 5). On est dans l’union des coeurs et des corps et dans un silence : le duo, sûr de lui, s’est apaisé : “Insensés que nous sommes ! nous nous aimons.” (scène 8) (Il la prend dans ses bras.) (scène 8). La possession de l’autre est envisagée : “Chère créature, tu es à moi ! (Il l’embrasse)” (scène 8). Même écho du côté de Camille : “Oui, nous nous aimons, Perdican ; laisse-moi le sentir sur ton cœur. “ (scène 8) Mais c’est la première fois dans cette pièce que la notion d ’amour impossible est mentionnée : “Hélas ! cette vie est elle-même un si pénible rêve ! Pourquoi encore y mêler les nôtres ? Ô mon Dieu ! le bonheur est une perle si rare dans cet océan d’ici-bas !” (scène 8) Ce désespoir très romantique conduit Perdican à être critique à l’égard de la religion à la scène 3 : “ces pâles statues fabriquées par les nonnes, qui ont la tête à la place du cœur, “ à formuler une prière : “Je vous en supplie, mon Dieu ! ne faites pas de moi un meurtrier !” (scène 8). Seule Camille prend conscience de l’étendue du désastre : “Elle est morte. Adieu, Perdican !” (scène 8). C’est pour elle l’occasion de choisir la retraite hors du monde avec pour corollaire le refus de l’amour humain exprimé à la scène 7 : “Non, non. — Ô Seigneur Dieu !” Camille évolue en ce qui concerne son rapport au corps : elle s’examine lorsqu’elle commerce à admettre son amour pour Perdican : “il me semble que la tête me tourne./Je n’en puis plus, mes pieds refusent de ne soutenir.” (scène 7). “Pourquoi suis-je si faible ?” (scène 8). D’ailleurs ce point est noté par son cousin : “vous voilà pâle” ( scène 7) “La voilà pâle et effrayée,” (Perdican, scène 8) Vous trouverez ci-après le tableau récapitulatif : Acte III confrontation entre deux discours/lieux Romantisme en chemin (scène 2) le petit bois (scène 3) libertinage en chemin (scène 2) le petit bois (scène 3) chambre de Camille (scène 6) un oratoire (scène 8) Perdican - exaltation de la nature : “mais tu sais ce que disent ces bois et ces prairies, ces tièdes rivières, ces beaux champs couverts de moissons, toute cette nature splendide de jeunesse. Tu reconnais tous ces milliers de frères, et moi pour l’un d’entre eux ;” (scène 3) - confusion des sentiments : “ Je voudrais bien savoir si je suis amoureux.(scène 1) “Parle, coquette et imprudente fille, pourquoi pars-tu ? pourquoi restes-tu ? Pourquoi, d’une heure à l’autre, changes-tu d’apparence et de couleur, comme la pierre de cette bague à chaque rayon de soleil ?” (scène 5) “Je ne sais ce que j’éprouve ; il me semble que mes mains sont couvertes de sang.(scène 8) -exaltation de l’amour a) aspect naturel :“Quelle honte peut-il y avoir à aimer ?” (scène 2) b) aspect lyrique: “Écoute ! le vent se tait ; la pluie du matin roule en perles sur les feuilles séchées que le soleil ranime. Par la lumière du ciel, par le soleil que voilà, je t’aime !” (à Rosette, scène 2) “et nous prendrons racine ensemble dans la sève du monde tout-puissant.” (scène 2) c)aveu d’amour : “ La voilà ; c’est toi qui me la mets au doigt ! “ (scène 5) “Je t’aime Camille, voilà tout ce que je sais.” ( scène 5) d)la paix des corps et des âmes, le silence : :“Insensés que nous sommes ! nous nous aimons.” (scène 8) (Il la prend dans ses bras.) (scène 8) “Chère créature, tu es à moi ! (Il l’embrasse ;” (scène 8) e) amour impossible : “Hélas ! cette vie est elle-même un si pénible rêve ! pourquoi encore y mêler les nôtres ? Ô mon Dieu ! le bonheur est une perle si rare dans cet océan d’ici-bas !” (scène 8) f) désespoir : i nvocation de la religion a)critique : “ces pâles statues fabriquées par les nonnes, qui ont la tête à la place du cœur, “ (scène 3) b)prière de Perdican : “Je vous en supplie, mon Dieu ! ne faites pas de moi un meurtrier !” (scène 8) -soupçon : “billet doux” (2e lettre, Blazius, scène 2) “en qualité de fiancé de Camille, je m'arroge le droit de la lire” (scène 2) -vengeance : plan C a) susciter la jalousie “ Oui, tu sauras que j’en aime une autre avant de partir d’ici.” (scène 2) b)rôle de la correspondance : 3e lettre : “qu’on envoie un valet porter à Mlle. Camille le billet que voici. (Il écrit.) (scène 2) c) jeu : “Je veux faire la cour à Rosette devant Camille elle-même.” (scène 2) c) rôle du temps : “dépêche-toi”(à Rosette, scène 2) d) mise en scène : didascalie : à haute voix, de manière que Camille l’entende. (scène 3) e) promesse de mariage: “lève-toi, tu seras ma femme” (scène 3) “lui promettant de l’épouser” (Bridaine, scène 5) f) jeux de séduction mensonges : à Camille : “Voilà, sur ma vie, un petit mensonge assez gros, pour un agneau sans tache ; je l’ai vue derrière un arbre écouter la conversation. “ “ Je l’ai perdue.” (la bague scène 5)/ “je ne mens jamais.” (scène 5) défi “Le plus tôt possible ; j’ai déjà parlé au notaire, au curé, et à tous les paysans.” (scène 7)/ “Soyez-en donc fâchée ; quant à moi, cela m’est bien égal.” (scène 7) “je trouve plaisant qu’on dise que je ne t’aime pas quand je t’épouse. Pardieu ! nous les ferons bien taire. (Il sort avec Rosette.)” (scène 7) plaisirs : “Le plaisir des disputes, c’est de faire la paix.”(scène 5) “Oui, je l’épouserai.” (scène 5) impiété : ironie : “Et ils me donneront en échange le royaume des cieux, car il est à eux.” (scène 7)/ “Bien peu de temps ; Dieu n’a pas fait de l’homme une œuvre de durée : trente ou quarante ans, tout au plus.” (scène 7) recherche de l’aveu : “qu’avez-vous à me dire ? Vous m’avez fait rappeler pour me parler ?” (scène 7) absence de valeur de l’amour : “Je lui trouverai un mari, je réparerai ma faute, elle est jeune, elle sera heureuse “(scène 8) Camille fuite de la réalité : a)choix de la retraite “Hélas ! ma chère, que pouvais-je y faire ? Priez pour moi ; nous nous reverrons demain et pour toujours.”(scène 2) b) refus du monde : refus de l’amour : “Non, non. — Ô Seigneur Dieu !” (scène 7) “Adieu, Perdican !” (scène 8) b)refus du corps : peur du corps “Cependant j’ai fait tout au monde pour le dégoûter de moi.”(scène 2) “il me semble que la tête me tourne./Je n’en puis plus, mes pieds refusent de ne soutenir.” (scène 7) “vous voilà pâle” (Perdican, scène 7) “Pourquoi suis-je si faible ?” (scène 8) “La voilà pâle et effrayée,” (Perdica, scène 8) Critique de la société et du sort des femmes :”Avez-vous bien réfléchi à la nature de cet être faible et violent, à la rigueur avec laquelle on le juge, aux principes qu’on lui impose ?” (scène 5) Sincérité : a) dévoilement du jeu“Combien de temps durera cette plaisanterie ?” (scène 7) b) remise en ordre : “Tu es une bonne fille, Rosette ; garde ce collier, c’est moi qui te le donne, et mon cousin prendra le mien à la place. Quant à un mari, n’en sois pas embarrassée, je me charge de t’en trouver un.” (scène 7) c) prise de conscience :“j’ai cru parler sincèrement “ (à Dieu, scène 8) “hélas ! tout cela est cruel.” (scène 8) d)reconnaissance de la fausse vocation : “Ce Dieu qui nous regarde ne s’en offensera pas ; il veut bien que je t’aime ; il y a quinze ans qu’il le sait.” (scène 8) confusion des sentiments “Que se passe-t-il donc en moi ?”/ (scène 7) “je ne puis plus prier ! (scène 8) aveu d’amour : paix “Oui, nous nous aimons, Perdican ; laisse-moi le sentir sur ton cœur. “ (scène 8) amour impossible : “Elle est morte. Adieu, Perdican !” (scène 8) - rôle de la correspondance : révélation des intentions cachées (2e lettre à Louise) existence d’un plan A : “ tout est arrivé comme je l’avais prévu. “ (scène 2) “ce pauvre jeune homme a le poignard dans le cœur ; il ne se consolera pas de m’avoir perdue./ “Cela était convenu entre les bonnes amies avant de partir du couvent. On a décidé que Camille allait revoir son cousin, qu’on le lui voudrait faire épouser, qu’elle refuserait, et que le cousin serait désolé. (Perdican,scène 2) - j alousie de Camille : ”Il la fait asseoir près de lui ?/”Il a jeté ma bague dans l’eau.” (scène 3) “Perdican ne t’épousera pas, mon enfant.” (scène 5) “Faites-le appeler, et dites-lui nettement que ce mariage vous déplaît. Croyez-moi, c’est une folie, et il ne résistera pas. (scène 7 au baron) - colère et blasphème de Camille “Allez au diable, vous et votre âne ; je ne partirai pas aujourd’hui.” / “Seigneur Jésus ! Camille a juré ! (Pluche)(scène 4) - mensonge de Camille à Rosette : “Non, je ne t’ai pas vue. “/ “je suis fâchée de n’avoir pu me rendre au rendez-vous que vous m’avez demandé “/ (scène 5) “Je ne vous aime pas, moi ; “ (scène 5) vengeance de Camille : “rentre derrière ce rideau,”/” Moi qui croyais faire un acte de vengeance, ferais-je un acte d’humanité ?” (scène 5) “Vous dites que vous m’aimez, et vous ne mentez jamais ?” (scène 6) “Si vous ne mentez jamais, d’où vient donc qu’elle s’est évanouie en vous entendant me dire que vous m’aimez ? (scène 6) “Tu as voulu te venger de moi, n’est-ce pas, et me punir d’une lettre écrite à mon couvent ? tu as voulu me lancer à tout prix quelque trait qui pût m’atteindre, et tu comptais pour rien que ta flèche empoisonnée traversât cette enfant, pourvu qu’elle me frappât derrière elle. “(scène 6) jeux de séduction : insensibilité à l’amour : discours intellectuel, rapporté a)langage“J’aime la discussion ; je ne suis pas bien sûre de ne pas avoir eu envie de me quereller encore avec vous.” / “Je voudrais qu’on me fît la cour”/ “savez-vous si elles changent réellement de pensée en changeant quelquefois de langage ? “/ “vous voyez que je suis franche “/ “ êtes-vous sûr que tout mente dans une femme, lorsque sa langue ment ?/(scène 6) b) défi “vous n’avez plus au doigt la bague que je vous ai donnée.” (scène 6) “apprends-le de moi, tu m’aimes, entends-tu ; mais tu épouseras cette fille, ou tu n’es qu’un lâche !” (scène 6) c) ironie : “Je suis curieuse de danser à vos noces !/”persiflage “ / “Allez-vous chez votre épousée ?”(scène 7) Rosette innocence : “ Hélas ! monsieur le docteur, je vous aimerai comme je pourrai.” (scène 3) “Comment n’y croirais-je pas ? il me tromperait donc ? Pour quoi faire ?” (scène 5) “Permettez-moi de vous rendre le collier que vous m’avez donné, et de vivre en paix chez ma mère.” (scène 7) “ on entend un grand cri derrière l’autel.) (scène 8) - Rosette, instrumentalisée par Perdican: “maintenant à l’autre” (Perdican, scène 2) Rosette, instrumentalisée par Camille : “ il ne t’épousera pas, et la preuve, je vais te la donner ;” (scène (5) -faux aveux : “ Je t’aime, Rosette !” (scène 3 vrai cadeau : “ (Il lui pose sa chaîne sur le cou.)/”Il jette sa bague dans l’eau.) (scène 3) -inégalité de Rosette “Sais-tu ce que c’est que l’amour, Rosette ?” / “tu ne sais rien ;” (scène 3) -victime du libertin : “ Hélas ! la pauvre fille ne sait pas quel danger elle court en écoutant les discours d’un jeune et galant seigneur. (Choeur, scène 3) “Rosette paraît dans le fond, évanouie sur une chaise.). Que répondrez-vous à cette enfant, Perdican, lorsqu’elle vous demandera compte de vos paroles ? “ (scène 6) article à suivre : la crise du langage dans "On ne badine pas avec l'amour"
- "On ne badine pas avec l'amour" : portée
Bac : nous verrons l’enjeu de la pièce ainsi que ses registres. Les duos amoureux mis en scène aboutissent à une crise du langage sous sept différentes formes : perte du réel, volonté de se parler sans cesse, provocations et surenchères, rôle du silence, présence de l'ironie, l'emploi du langage de pauvre, et de la double annonce. C’est la leçon du langage voulue par Musset : le jeu du langage par des “enfants insensés” commence par le registre comique avant de s'achever, par suite d’inconséquences puériles, aux registres dramatique et tragique. "On ne badine pas avec l'amour" : portée Venons-en à la dernière partie de notre dossier. Nous verrons l’enjeu de la pièce "On ne badine pas avec l'amour" : portée et registres. Les duos amoureux qui sont mis en scène aboutissent à une crise du langage. Crise De quelle crise parlons-nous ? Nous verrons sept manifestations différentes dans cette pièce. Reprenons-les, si vous le voulez bien. 1) La première manifestation de cette crise s'articule autour de la perte du réel. La parole dite repose sur une illusion : c'est le cas pour Camille qui est victime du langage. Sa vocation religieuse repose sur une vision tronquée du monde. Le tragique de l'amour est érigé en dogme. Les confidences de Louise sont à l'origine du refus du mariage avec Perdican. Pour cela, Camille recourt à son tour à un langage faussé, elle devient cette fois actrice de la crise du langage. Elle invente une vocation religieuse pour masquer sa peur du monde. Les mots constituent une protection étanche contre l'amour de Perdican. il s'avère qu'un autre langage, plus sincère, prend le relais : le langage du corps. Musset nous montre la montée en puissance du corps avec les différents états physiques ressentis par Camille à l'acte 3 ( faiblesse, pâleur, etc.). 2) La deuxième manifestation de cette crise a trait à cette volonté permanente de se parler en dépit des mouvements de sortie de scène. Plus on se quitte, plus on veut reprendre le fil de la conversation comme s'il fallait faire cesser le malaise ressenti à la suite de l'initiative de l'un ou de l'autre dans ce jeu amoureux. Ainsi l'annonce du mariage avec Rosette pousse Camille à chercher Perdican, à vouloir lui “parler” pour ne pas le perdre. Les deux lettres échangées entre eux ont pour but de se donner des rendez-vous pour ne pas interrompre le fil de la conversation. 3) La troisième crise du langage conduit à la perversion des dialogues poussant aux provocations et à la surenchère. Chacun répond à la provocation de l'autre. Ainsi Perdican joue-t-il le rôle de l'impie : “ je ne crois pas à la vie immortelle” ( acte II, Scène 5). En retour, Camille lui assène une autre provocation : “ je veux aimer d'un amour éternel et faire des serments qui ne se violent pas. Voilà mon amant. Elle montre un crucifix.” ( acte 2, scène 5). 4) La quatrième manifestation de cette crise du discours amoureux résulte paradoxalement de l ’importance des silences. L’essentiel de l’action se situe finalement hors champ, lorsque les deux amants mesurent le risque de se perdre à l'issue des entretiens menés de manière vaine. L’action résulte ainsi non des dialogues où les mots sonnent faux, mais dans les monologues des personnages placés à la suite de ces entretiens. C’est le cas au moment où Perdican comprend qu’il a été joué à la lecture de la lettre de Camille à Louise, ou lorsque Camille à l’issue du premier duo de séduction Rosette/Perdican décide de se venger. 5) La cinquième crise du discours amoureux repose sur le ressort de l’ironie nécessaire pour fustiger l’autre. Chez Perdican, on la trouve lorsqu’il se moque de la religion ; pour Camille, lorsqu’elle se moque de Rosette en mariée. Ils se fustigent l’un et l’autre. 6) L’avant-dernière crise du discours amoureux mène à l’émergence d’un autre langage, celui du pauvre. Tout le long de la pièce, on a eu des échanges de paroles, puis on voit arriver à l’acte III la prière qui se conçoit comme la plus haute des paroles dans le champ du religieux avant le silence de Perdican et de Camille à la suite de l’aveu d’amour et leur embrasement des corps (enlacement et baiser). Le dénouement résulte d’un simple cri, c’est-à-dire de la négation même du langage des deux mondains, Perdican et Camille. C’est le langage de Rosette qui n’a pas les mots, celui de la solitude, de la trahison, de la mort. 7) On trouve enfin la dernière crise du langage amoureux, celui de l a double annonce, celle de la mort de Rosette et du départ de Camille : “Elle est morte. Adieu, Perdican !” (scène 8). On note le lien logique entre les deux phrases. La dernière non verbale a de surcroît un effet performatif, la réalisation de l’action au même moment où le mot est dit. “Adieu” qui signe la retraite au couvent de Camille, loin du monde. Leçon C’est le silence qui gagne à la fin de la pièce. Le discours amoureux a tardé à faire preuve de vérité et a entraîné une victime à sa perte, signant la fin de la relation amoureuse. C’est la leçon du langage voulue par Musset : le jeu du langage par des “enfants insensés” commence par le registre comique avant de s'achever, par suite d’inconséquences puériles, aux registres dramatique et tragique.
- "Pour un oui ou pour un non" (Sarraute)
bac : la Gazette littéraire vous propose un dossier complet consacré à la pièce de théâtre de Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non dans le cadre du parcours : théâtre et dispute. Vous trouverez tous les éléments et les références nécessaires pour la composition de votre dissertation. "Pour un oui ou pour un non" (Sarraute) Les programmes officiels proposent avec la pièce de théâtre de Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non d’étudier le parcours : théâtre et dispute. Nous commencerons par une présentation de la pièce avant de préciser la problématique de notre étude. Introduction Il convient, avant toute chose, de définir ce dernier terme. Ce mot dispute nous oblige aussi à un bref rappel historique ; enfin, nous aborderons l’origine de la pièce. 1.1 étymologie de dispute L’étymologie provient d’un mot latin disputare qui se décompose ainsi dis/putare : · dis équivaut à une séparation, · putare * signifie, quant à lui, apurer, mettre au net après examen et discussion [putare, puto]) « examiner ; discuter, raisonner ». Si l’on considère la définition actuelle du Larousse ** : on voit que le premier sens « Discussion vive » conduit à un sens bien plus large « querelle, altercation, heurt. » Dans la pure tradition médiévale, cela revient à analyser oralement une question, à débattre de manière contradictoire (deux thèses opposées soutenues par des interlocuteurs) avant d’aboutir à une conclusion. Il s’agit d’un examen d’éloquence où les arguments sont avancés à l'aide de procédés rhétoriques permettant d'exposer une pensée. C’est ainsi que s’effectue au Moyen-Âge la transmission du savoir. La dispute s’apparente à une joute oratoire qui perdurera, au fil des siècles, mais en changeant de support : l'oral laissera la place à l’écrit ( traité, essais, etc.). Voyons son application dans la perspective théâtrale. 1.2 bref rappel historique Déjà au XVIIIe siècle, Marivaux avait écrit une comédie intitulée la Dispute (1744) qui pose la question de savoir qui a trompé l’autre en premier, l’homme ou la femme ? La pièce met en scène des jeunes des deux sexes qui aiment et trahissent tout à la fois, vidant la discussion philosophique laissée dès lors sans réponse… Suivant cet auteur qu’elle admirait, Nathalie Sarraute entre à son tour dans cette même perspective intellectuelle, mais en adoptant un changement radical : cette pièce utilise la sémantique pour faire pivoter la dispute : nous assisterons en effet à une simple recherche d'explication à une lutte ouverte. 1.3 Origine de la pièce Précisons l’originalité de cette pièce écrite pour la radio et diffusée en 1981 sur les ondes. Cette circonstance éclaire bien des points relatifs notamment à l'identité des personnages, au choix de l'épure avec un cadre spatial flou, un jeu de scène réduit à l'extrême. Notons qu’elle a été jouée d’abord en anglais, For no Good Reason , à New York en 1985 puis, enfin, en France en 1986. Sources : * https://www.cnrtl.fr/etymologie/disputer ** https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/dispute/25971 Pour Un oui, pour un non, Sarraute, édition d’Arnaud Rykner, mise en scène p.65 Problématique La Gazette littéraire vous propose un dossier pour vous préparer spécifiquement à la dissertation. Cette pièce est assez complexe et vous devez disposer d’éléments précis. Différentes problématiques sont possibles dans "Pour un oui ou pour un non" (Sarraute) : – Comment le théâtre rend-il compte de l’impuissance de l’homme à communiquer valablement avec autrui ? – la pièce de théâtre Pour un oui ou pour un non peut-elle être considérée comme un dialogue de sourds ? – Nathalie Sarraute disait : « c’est ce qui échappe aux mots que les mots doivent dire ». En quoi la lecture de la pièce de théâtre Pour un oui ou pour un non éclaire-t-elle cette citation ? On voit donc que vous aurez à traiter d’un sujet portant sur le langage et sur l’enjeu de la pièce. Nous avons justement choisi une problématique qui articule ces deux aspects : qu’est-ce que la dispute dans la pièce de Nathalie Sarraute met en scène ? Pour répondre à cette problématique, nous analyserons dans un premier temps le balancement dynamique entre le mot, ce qui est dit, et le sens, ce que cela veut dire. Dans un deuxième temps, on mettra en évidence l’intention de l’auteure visant à dépasser le sens des mots courants pour les questionner et les libérer. Il faut avoir en tête que cette pièce est un texte sur le langage, sur la difficulté intrinsèque des hommes à communiquer. Analyse Cette pièce sera examinée sous l'angle de son dynamisme à travers le balancement entre ce qui est dit et ce qui est sous-jacent. Nous verrons ensuite les intentions de l'écrivaine. 3.1 Un balancement Nous assistons à une double lecture : une lecture concrète, qui se comprend dans le réel et une lecture abstraite faisant appel à un raisonnement intellectuel, spéculatif. Cette pièce nous invite, en effet à découvrir : – Ce qui est réellement dit, – Ce qui est sous-jacent. En premier lieu, examinons le statut des personnages. 3.1.1 Les personnages S’agissant du rôle des personnages, voyons la lecture de base que nous pouvons en faire avant de comprendre les enjeux souterrains. a) une amitié remise en question Nous avons d’un côté, deux personnages masculins (H1 et H2) qui entreprennent de questionner leur propre amitié nouée depuis des années. Ils vivent dans une certaine proximité partageant des souvenirs communs (l’épisode de la mère de H2, une excursion en montagne, une intimité familiale connue de l’un et de l’autre). Au fil des mots, on apprend finalement peu de choses sur les personnages : ainsi le caractère flou enveloppe les protagonistes de l’action. On entraperçoit vaguement une opposition sociale entre les personnages : H1 qui aurait réussi, habitant dans une maison avec femme et enfant et H2, à l’inverse, serait vu comme « un marginal » (p.33) et demeurerait dans un simple appartement. Mais ces données ne sont pas au cœur de cette pièce. D’un autre côté, nous avons deux personnages secondaires (H3 et F), des voisins de H2, appelés à les départager dans le conflit qui les divise. Quel conflit ? L’offense de H1 est-elle avérée ? Justifie-t-elle la rupture des liens ? Découvrons ce qui est suggéré par l’autrice avec ses personnages. b) des archétypes Nathalie Sarraute dépasse cette lecture concrète, nécessaire pour la mise en scène, pour faire advenir en creux une lecture sous-jacente. Nous notons trois singularités. Nous sommes loin des personnages supposés réels représentés habituellement par un nom (Argante), une fonction sociale (valet, etc.), etc. Ici, les personnages sont dénués de toute identité. L’auteur les distingue seulement à l’aide de lettres et de chiffres : nous avons H1 H2 H3 et F. Cette économie de moyens dans la détermination des personnages est une originalité de la pièce. Rappelons que cette pièce a été conçue pour être écoutée à la radio... Par ailleurs, notons l’autre caractéristique : aucun des protagonistes ne s’appelle ou ne se nomme. On dialogue à l’aide de pronoms personnels à la 2 e personne (tu) et (vous) : cette pièce met ainsi en scène ces pronoms pour rendre paradoxalement opaque l’identité des personnages. Dans l’esprit de Nathalie Sarraute, ils constituent certainement des archétypes, mais surtout des prétextes à un enjeu dépassant une action conduite par des protagonistes comme dans le théâtre traditionnel. L’autrice se focalise sur les dialogues, plus précisément sur le pouvoir des mots : seuls ces derniers mènent “l’intrigue”. Il vous est proposé de parcourir le résumé de notre analyse dans ce premier tableau : Théâtre/dispute Concret abstraction rôle des personnages vieux amis : « tu te souviens comme on attendrissant ta mère ? »/Elle t’aimait bien » (p.23-24) Deux voisins H2 : « un marginal » (p.33) « Tournée de conférences… 3 (p.33) archétypes : tu/vous anonymes, identifiables (lettres et chiffres) : H1/H2 et — H3 — F 3.1.2 l'action Cette pièce ne comporte pas d’action éclatante, nous savons que ce sont les mots qui forment l’intrigue : nous sommes dans le domaine de l’intime. Par ailleurs, vous aurez remarqué l’absence de scène d’exposition censée nous expliquer les données du problème. Au contraire, l’action se situe in média res, ce qui permet normalement au spectateur d’entrer de manière plus vivante dans l’histoire. Or, ici, l’intrigue est délibérément floue et se veut un libre discours non préparé, un dialogue spontané. Pour nous repérer précisément, la Gazette décompose les moments comme suit : · L’enquête de H1, · La révélation de H2, · La discussion H1/H 2, · L’intervention des voisins, · La conclusion de la discussion, · Le faux départ et la réconciliation, · La lutte ouverte, · La conclusion de la lutte. Décomposition Ainsi que nous l’avons dit dans l’introduction, l’auteure joue en réalité sur le terme de la dispute dans sa double définition, passant d’une discussion animée à une lutte ouverte. Il convient de reprendre les différentes étapes. a) l’enquête de H1 Ainsi c’est H1 qui est à l’origine de la discussion, c’est lui qui pousse son ami à la confession. Pour cela, il utilise des tournures déclaratives affirmatives ou négatives, des exclamatives et des interrogatives pour susciter par tous les moyens une confidence. Il faut noter la première parole : « Écoute, je voulais te demander… ». L’emploi du verbe écouter n’est pas neutre ; de manière sous-jacente, elle donne déjà un premier aperçu de la difficulté de communication à venir : il s’agit d’une stratégie destinée à capter l’attention de son interlocuteur. On verra toute l’âpreté de l’entreprise. Il faut relever tout d’abord le caractère banal de la demande : « qu’est-ce que tu as contre moi… » (p23) qui est une autre façon d’annoncer plus globalement : « que s’est-il passé ? » (p.32). On est donc bien sur ce balancement entre le concret et l’abstrait. La stratégie est payante puisque H2 livre son secret. b) la révélation de H2 À l’inverse de l’étape précédente, c’est par l’abstraction que la révélation s’effectue. H2 emploie en effet des phrases simples marquant des hésitations, des dénégations pour finir par aboutir à l’aveu d’un problème nommé : « juste des mots » (p 25). Poussé dans ses retranchements, il va même qualifier de manière négative : « des mots qu’on n’a pas eus justement » (page 25). La révélation se fait lente avec la terminologie « une réussite quelconque » (page 26) allant jusqu’à un souvenir à peine ébauché : « quand je me suis vanté de je ne sais plus quoi » (page 26). On est donc sur un niveau d’imprécision qui présente un terreau nécessaire à un discours sous-jacent. Mais la révélation va prendre une tournure plus concrète avec la fameuse expression : « c’est biiien… ça » avec la précision suivante : « Un accent mis sur “bien”… un étirement sur “ça” et un suspens avant que ça arrive… ce n’est pas sans importance » (p.27). On a la justification des griefs en trois points fixant le différend entre les amis. Et c’est ainsi que nous avons les clés pour faire naître la dispute au sens traditionnel du terme, c’est-à-dire la discussion animée sur une divergence de vues entre deux interlocuteurs. c) Discussion H1/H2 À nouveau, la partie abstraite prend le pas, lorsque H2 justifie ainsi son attitude : « un peu d’éloignement » (p. 27). Avec l’adverbe, « un peu », on est sur du flou. Et c’est à H1 que revient l’entreprise de clarification. En effet, il cherche à préciser le sentiment mal exprimé par son ami. Il dit : « Ce que tu as senti dans cet accent mis sur bien… dans ce suspens, c’est qu’ils étaient ce qui se nomme condescendants » (p.30). Le mot « condescendant » prend la place de la terminologie « c’est bien ça ». Mais loin de clarifier la dispute purement intellectuelle, elle enferme les parties. On voit donc que la discussion entre amis ne trouve pas d’issue autre que celle de s’ouvrir à la sagesse de personnes moins impliquées. Il s’agit d’un couple de voisins. d) l’intervention des voisins Ces derniers sont en charge de départager les amis. Mais la mission est mal comprise, on y fait des jeux de mots : « une souricière d’occasion » (p.33). Au bout du compte, les voisins prennent le parti de H1 : “ vous ne trouvez pas ça gentil ? Moi une proposition…” (p33). H2 est prisonnier de ses mots, il recourt à des métaphores comme “la cage” pour s’en sortir (p. 34). On se trouve alors une nouvelle fois dans une impasse avec le départ des voisins. Sur le plan du balancement, on se situe au bout de la logique de la dispute, perdu entre les événements exprimables donc de l’ordre du concret et les éléments inexprimables qui sont du domaine de l’abstraction. Cette dispute intellectuelle aboutit à une conclusion. e) la conclusion de la discussion Les deux amis se retrouvent seuls. La balance penche du côté de H 2. Le malaise est palpable. Et H2 trouve les mots pour les dire ; H2 est vu comme : « cinglé/persécuté « (p.35), il se sent pris au « piège » (p35). Mais la tentation de l’inexprimable revient : « Tu présentes tes étalages. » / « Ça existe, c’est tout. Comme un lac. Comme une montagne « (p 36). Et c’est encore à H1 d’essayer de clarifier la pensée de son ami. Et l’on arrive à un nouveau thème qui est celui du bonheur. Ce concept constitue la 3e entreprise de discussion. Il s’avère que ce terme est parfaitement abstrait, car pour l’un il s’agit d’un « bonheur sans nom » alors que pour l’autre, il s’agit d’un bonheur refusé (page 39). Le débat va prendre de la clarté, mais aussi de l’intensité : loin d’apporter des considérations générales, le mot se focalise concrètement sur la famille de H1. On est donc monté d’un niveau puisqu’à nouveau H1 a fait mouche : il a forcé son ami à avouer le malaise sous-jacent qui n’est autre que de la jalousie à son égard. Pour lui, la discussion a rempli son office et il est prêt à sortir : « Cette fois vraiment je crois qu’il vaut mieux que je parte. » (p.39) f) le faux départ et la réconciliation Mais on assiste à un faux départ. H1 reste comme on peut le voir la lecture de la didascalie page 39. Que signifie la non-exécution de son plan ? Pourquoi ne part-il pas ? Il s’agit du premier silence entre les amis, celui qui nécessite une action négative. Cette communication sous-jacente signifie une volonté de ne pas se séparer. Et justement, les personnages se retrouvent sur la même contemplation du monde. Cette action a un effet sur la dispute puisqu’elle provoque un apaisement. Et l’initiative en revient à H2. On assiste à une réconciliation entre eux. Là où les mots ont entraîné une impasse sur le plan de leur amitié, le faux-départ signe leur attachement. Est-ce pour autant la fin de la dispute ? Il s’avère que H2 se sent tenu de justifier ses propos et cette entreprise le mène à un aveu : « Voilà ce que c’est que de se lancer dans ces explications… on parle à tort et à travers… on se met à dire plus qu’on ne pense. Mais je t’aime bien, tu sais… (p 39-40) » Mais l’homme est incorrigible et ne peut à nouveau s’empêcher de s’exprimer sans clarté : “il y a chez toi parfois, comme un abandon, on dirait que tu te fonds avec ce que tu vois, que tu te perds dedans » (p 40). Ce balancement entre le concret et l’abstrait alimente la dispute entre les amis. Mais, cette fois, la pièce prend un tour dramatique puisque l’on assiste à une mutation de la discussion qui se transforme en lutte ouverte. g) la lutte ouverte Il est intéressant de noter que cette lutte débute par un vers de Verlaine : « la vie est là, simple et tranquille ». Une querelle va s’installer entre eux, d’une part, sur la référence textuelle implicite, et, d’autre part, sur le positionnement des amis sur leur conception de la vie. On est encore sur l’abstrait qui remet à nouveau l’ouvrage sur le métier. Les propos deviennent plus durs : on assiste à un véritable dialogue de sourds. Ils ne sont d’accord sur rien : c’est à ce moment-là que l’on voit l’opposition entre celui qui travaille et celui qui crée, opposition existentielle. Derrière cette question de la vraie vie qui fait référence cette fois à Rimbaud, il s’agit pour chacun des amis de se positionner sur le sujet de la réussite sociale. On mesure que pour l’un c’est important : « Je crois que si tu te révélais comme un vrai poète... il me semble que la chance serait plutôt pour toi » (p. 47) alors que pour l’autre, ça ne l’est pas : « Ou même du plomb n’est-ce pas ? Pourvu qu’on voie ce que c’est, pourvu qu’on puisse le classer, le coter… » (p. 47). Il n’existe pas de solutions à ces différends qui puissent aboutir à une victoire de l’un ou de l’autre ; de même, nul n’éprouve le souhait de recourir à l’intervention d’une tierce partie. Il faut pourtant conclure la lutte. h) conclusion de la querelle : Elle reprend les codes abstraits précédents avec l’introduction d’une locution qui succède aux discussions sémantiques et c’est aussi celle du titre « pour un oui ou pour un non ». Il s’avère que c’est H1 qui est le premier à indiquer : « c’est vrai qu’auprès de toi j’éprouve parfois comme de l’appréhension… » (page 48). On retrouve l’imprécision qui signe l’ambiguïté de leur amitié, entre amour/haine. C’est alors que la scène s’emballe. Chacun est persuadé qu’il faut à ce stade des paroles échangées trouver une solution radicale. Cette solution passe par la rupture. On assiste au balancement entre les deux adverbes d’affirmation ou de négation, qui sont clairement des concepts abstraits tels qu’énoncés : "H1 dit « Pour un oui.. ou pour un non ? » H2 répond « oui ou non ?... » (p.50) On arrive à l’acmé de l’abstrait. Qui veut quoi ? La scène s’achève sur l’imprécision des choix des amis. On sait juste que ce choix est opposé, mais on ne comprend pas ce qu’ils veulent dire en réalité. Le fait même de répondre laisse à penser que cette amitié n’est pas parvenue à son terme. Notons que la dispute, du départ jusqu’à sa fin, demeure dans l’imprécision. Retrouvons en un tableau la synthèse de ce qui vient d’être dit. action : pas de scène d’exposition : intrigue apparemment floue et spontanée concret Abstrait a) enquête de H1 : phrases interrogatives, déclaratives affirmatives et négatives, exclamatives « Qu’est-ce que tu as contre moi « (p.23) b) révélation de H2 : 3 points du différend : “c’est biiien… ça” Un accent mis sur “bien”… un étirement sur “ça” et un suspens avant que ça arrive… ce n’est pas sans importance » (p.27) c) Discussion H1/H2 « Ce que tu as senti dans cet accent mis sur bien… dans ce suspens, c’est qu’ils étaient ceux qui se nomme condescendants » (p.30) d) intervention des voisins : « vous ne trouvez pas ça gentil ? Moi une proposition… « (p.33) (31 à 35) e. conclusion de la discussion : thème du bonheur H2 vu comme : « cinglé/persécuté « (p.35) pris au « piège » (p.35 « jaloux « (p. 37) famille : “image de la paternité comblée” (p.37) annonce du départ de H1 : page 39 : “Cette fois vraiment je crois qu’il vaut mieux que je parte.” F.. Réconciliation : H2 dit “pardonne-moi” “Voilà ce que c’est que de se lancer dans ces explications… on parle à tort et à travers… on se met à dire plus qu’on ne pense. Mais je t’aime bien tu sais… (p 39-40) G. lutte : ‘D’un côté le camp où je suis, celui où les hommes luttent, où il donne toutes leurs forces… ils créent la vie autour d’eux… Pas celle que tu contemples par la fenêtre, mais la ‘vraie’ celle que tous vivent.’p. 45 H2 :” Un raté » (p. 46) sur la qualité de poète : H1 dit : « Je crois que si tu te révélais comme un vrai poète il me semble que la chance serait plutôt pour toi » (p. 47) H. conclusion de la querelle : Réputation : « ils peuvent rompre pour un oui ou pour un non » (p.50) a) enquête de H1 : flou : « écoute « ; « que s’est-il passé ? « (p.23) b) révélation de H2 : phrases simples, gêne « juste des mots » (p.25) « Des mots qu’on n’a pas eus justement » p.25 « une réussite quelconque « (p.26) « Quand je me suis « vanté de je ne sais plus quoi » (p.26) « C’est bien ça » (p.26) c) Discussion H1/H2 « un peu d’éloignement » (p. 27) d) intervention des voisins : « une souricière d’occasion » (p.33) H2 « une cage » (p.34) e. conclusion de la discussion : thème du bonheur H2 dit : « Tu présentes tes étalages. » Ça existe, c’est tout. Comme un lac. Comme une montagne « (p 36) H1 dit « un bonheur sans nom ». /Refus du bonheur de H2 (p.39) F.Réconciliation Faux départ de H1 : : didascalie « se dirige vers la porte s’arrête devant la fenêtre » p. 39 H2 dit : « Il y a chez toi parfois, comme un abandon, on dirait que tu te fonds avec ce que tu vois, que tu te perds dedans » (p 40) G. lutte ouverte : à propos de vers poétique : référence à Verlaine page 40 « la vie est là, simple et tranquille » et référence à Rimbaud : « vraie » vie (p.45) H1 dit : « La vie ne vaut plus la peine d’être vécue (...) c’est exactement ce que je sens quand j’essaie de me mettre à ta place » p. 46 sur la qualité de poète : H1 dit : « Dommage ça aurait pu être de l’or pur. Du diamant » p.47 « Ou même du plomb n’est-ce pas ? pourvu qu’on voie ce que c’est, pourvu qu’on puisse le classer, le coter… » (p. 47) H conclusion de la querelle H1 dit « C’est vrai qu’auprès de toi j’éprouve parfois comme de l’appréhension » (p. 48) métaphore judiciaire (reprise) : autorisation conjointe de se séparer : « On aurait peut-être plus de chance » (p. 49) « déboutés tous les deux « (p.49) « ils seront signalés « (p.49) H1 dit « Pour un oui.. ou pour un non ? » H2 répond « oui ou non ?... » (p.50) Oui à la rupture pour H1 Non pour H2 (p.50) Voyons dans un prochain paragraphe le dynamisme qui est à l’œuvre. 3.1.3 la dynamique Après avoir examiné l’action, analysons la dynamique à l’œuvre dans cette pièce qui se mesure à l’aune des didascalies et des histoires rapportées. Il vous est proposé de vous reporter au tableau récapitulatif à la fin de l’article. On vient de voir que cette dispute ne règle finalement pas le différend, elle l’aggrave même dans un sens indéterminé. Il est intéressant de noter le paradoxe entre une pièce de théâtre où il ne se passe rien sur le plan de l’action et les nombreux mouvements qui sont à l’œuvre. Les didascalies L’essentiel des didascalies concerne H2 qui est en mouvement. Il vous suffit de vous reporter au tableau pour constater les gestes initiés par H2, celui qui ne veut pas dire. Il est intéressant de comparer les mouvements corporels aux paroles tout en retenue ou abstraites. Les premiers sont visibles, ne prêtent pas la discussion, alors que les secondes posent problème. Cela monte la division de l’individu entre ce qu’il dit et ce qu’il pense vraiment. À l’inverse, H1 ne se voit accorder qu’une seule didascalie : cf. le moment où il a le triomphe modeste après le départ des voisins ayant abondé dans son sens. L’unique mouvement qu’il entreprend, c’est celui de partir et encore c’est un faux départ. Le jeu de scène des protagonistes est intéressant puisqu’il s’agit d’un autre langage, qui est sous-jacent, qui participe à la poursuite de la dispute. Les récits Cette pièce comprend différentes actions racontées. Elles vont toujours dans le sens d’un mouvement allant de pair avec les didascalies. Et l’essentiel du récit est mis dans la bouche de H2. On a cette référence au champ lexical de la justice avec: " la demande, l’autorisation, les jurés, le casier judiciaire, la condamnation aux dépens". /« C’est que ce n’est pas permis. Je n’ai pas eu l’autorisation. »/« J’ai fait quelques démarches… » /« Comme les jurés des cours d’assises, des citoyens dont on peut garantir la responsabilité” (p28). En parlant ainsi, H 2 entre dans le domaine de l’abstrait avec la métaphore filée. Cette autorisation qu’il demande d’un tribunal pour pouvoir rompre son amitié est quelque chose de tout à fait imagé. Cela signifie la difficulté de résoudre un conflit nécessitant la médiation d’un tiers judiciaire ou de voisinage. On retrouvera cette métaphore filée à la fin de la pièce lorsque les amis évoquent une demande conjointe, cette fois, pour obtenir la rupture de leur amitié. On voit donc le mouvement incessant du conflit intérieur entre les deux amis. Dans tous les cas, jamais ce conflit n’est résolu. Par ailleurs, H1 prend la main lui aussi pour se remémorer une action du passé (l’excursion en montagne). On voit à ce moment-là le mouvement encore à l’œuvre dans le récit avec cette volonté symbolique de s’entre-tuer. Enfin, on trouve également une dynamique avec la métaphore de la lutte. Et c’est H 2 qui est encore à la manœuvre. Cette lutte toute symbolique est celle qui empêche le rapprochement des deux corps dans la réalité : les mots ont cette faculté de remplacer un vrai combat. Nous avons également la métaphore des mythes sortant de la bouche de H2 avec le conte de Blanche-Neige : l’intertextualité rend compte de la difficulté de communication entre les amis. Plus on se parle, moins on se comprend. Les mots, les contes, tout bouge, tout sort de son contexte pour habiller un autre univers. La dynamique qui est à l’œuvre est celle du pouvoir des mots. Ces derniers sortent de leur utilisation habituelle pour incarner un autre imaginaire, libéré de toute emprise, ce qui ne facilite pas la communication entre les hommes. dynami-sme concret abstrait H2 en mouvement : « H2 dans un élan » (p.24) « piteusement », (p.25) » soupire » (2 fois p.26) « prenant courage » (p.26) « gémit » (p.33) H1 : didascalies « doucement « (p.35) « Il vaut mieux que je parte » (p. 39) H2 : action racontée champ lexical justice : « C’est que ce n’est pas permis. je n’ai pas eu l’autorisation. » « j’ai fait quelques démarches… » « Comme les jurés des cours d’assises, des citoyens dont on peut garantir la responsabilité » « condamnés aux dépens. et même certains, comme moi poursuivis, « (page 27) j’ai appris que j’avais un casier judiciaire où j’étais désigné comme “celui qui rompt pour un oui ou pour un non” (p.28) H1 : action racontée épisode montagnard (p.43 à 44) : “Nous étions là à attendre”/j’ai eu envie de te tuer » symbolisme : métaphore de la lutte « Et tu m’as soulevé par la peau du cou, tu m’as tenu dans ta main, tu m’as tourné et retourné… et tu m’as laissé retomber » (p.29) « Il a disposé une souricière » (p. 33) métaphore des mythes Blanche-Neige (p.38) : « Il y avait donc là-bas… caché au fond de la forêt, une petite princesse… » « miroir », « reine » 3.2. Les intentions de l'autrice Après avoir vu le balancement dans cette œuvre, il est temps de comprendre les intentions de l’autrice. Nous le ferons aujourd’hui au travers du rôle du temps et de l’espace. 3.2.1 Structure Notons, en tout premier lieu, que cette pièce n’est pas découpée en actes ou en scènes, ce qui habituellement offre un cadre spatial (un ou plusieurs lieux au cours des actes, par exemple) et un axe temporel (une progression de l’action dans une journée au moins). Ici il n’en est rien par la volonté même de l’autrice. Le rôle du temps On peut voir que cette pièce est dénuée de temporalité : on ne sait pas à quelle époque nous nous trouvons, ni le moment où cela se passe et nous n’avons par ailleurs aucune notion de durée : la durée de l’amitié ou même de leur éloignement initial, etc. Nous ne sommes pas en présence de connecteurs de temps, si ce n’est pour évoquer le passé. Là encore l’imprécision est de mise : « l’autre jour » (p.24). C’est, en outre, une pièce qui joue sur l'opposition passé/présent. Relevons que la conjugaison dans cette pièce est essentiellement figée à l’indicatif avec l’imparfait, « je voulais te demander » (p 23), le passé composé, « que s’est-il passé ? » (p 23), ou le présent « non, je sens qu’il y a quelque chose » (p 23). La relation d’amitié est questionnée au présent à l’aune du passé. Nulle référence au futur si ce n’est lors de l’épisode avec les voisins « cela ne vous prendra pas longtemps » (p. 31) puisque l’existence de cette relation est précisément sous caution. Nous avons aussi du conditionnel qui permet d’échafauder des hypothèses : « il m’a dit que peut-être il pourrait demander à quelqu’un… » (p. 33). Enfin nous trouvons également du subjonctif qui est le temps de la pensée, de la résolution : « Cette fois vraiment je crois qu’il vaut mieux que je parte. » Il s’agit d’une volonté claire de Nathalie Sarraute de décontextualiser totalement cette pièce qui vise l’épure. Seule la confrontation des mots compte. Pourquoi adopte-t-elle cette perspective ? L’entreprise littéraire de l’auteure est attachée à une seule chose : la mise en évidence du caractère figé des mots à l’image des personnages figé dans une temporalité bouchée. Et quoi de mieux que de les mettre en valeur en rendant abstrait tout ce qui peut faire écran, comme les références au temps et à la durée. Le rôle de l’espace S’agissant du cadre spatial, on note paradoxalement sa grande importance : là où le temps est escamoté, l’espace, lui, est omniprésent. Nous sommes ainsi à l’intérieur d’un lieu propice à la conversation. Mais c’est aussi un endroit où la tension se fait palpable. Nous sommes dans un huis clos propice à l’émergence d’une dispute théâtralisée. Mais c’est par petites touches que l’auteure expose le cadre : on est encore dans l’entreprise d’imprécision déjà caractérisée : « là-bas » (p.33), « ici » (p.34), etc. Il faut attendre la page 40 pour que le cadre enfin se précise : H2 ne dit-il pas : « tu comprends pourquoi je tiens tant à cet endroit ? » (p.40). Mais ce qui intéresse en réalité Nathalie Sarraute, c’est moins l’espace concret que celui intérieur à l’homme. Elle nous brosse ainsi l’univers mental des deux amis : chacun vit dans son propre monde : « Il n’y a aucune chance que je t’y trouve…/non ni là, ni ailleurs » (p. 39) « Il faut absolument que tu viennes (...) est-ce toujours là quelque part hors de nos frontières ?" (p. 39) Le rôle de l’espace a pour fonction de signifier l’impossibilité pour les hommes de se comprendre dès lors qu’on se confronte aux mots. Battus en brèche, ces derniers conduisent à la solitude. concret abstrait rôle du temps Pas de durée exprimée, brièveté de la pièce conjugaison : opposition passé/présent pas de futur connecteurs de temps flous : “depuis tant d’années” (p.23) “toujours été très chic” (p.24) “l’autre jour” (p.24) rôle du lieu À l’intérieur d’un lieu : huis clos chez H2 : “‘tu comprends pourquoi je tiens tant à cet endroit ?’ (p. 40) didascalie : ‘Regarde dehors’ (p.39) H2 dit rien ne me fera quitter ‘mon trou, j’y suis trop bien’ (p.46) H2 dit : ‘quand je suis chez toi c’est comme la claustrophobie/Du mal à reprendre vie.’ (p. 48) cf. didascalies : — ” sort et revient avec un couple » (p.31) - « se dirige vers la porte. S’arrête à la fenêtre ». connecteurs de lieu flous : « tu étais à l’autre bout du monde » p.24 « là-bas, chez lui… » (p 33) « J’avais moi aussi une place ici chez eux » (p. 34) deux univers intérieurs séparés : « Il n’y a aucune chance que je t’y trouve…/non ni là, ni ailleurs » (p. 39) « Il faut absolument que tu viennes (...) est-ce toujours là quelque part hors de nos frontières ? p. 39 3.2.2 Ultra ponctuation Après l'examen du rôle du temps et de l’espace, il est temps de comprendre les intentions de l’auteure en nous intéressant à l'ultra ponctuation du texte. On rappelle que cette pièce a été d’abord créée pour la radio. Elle a donc été conçue pour être écoutée : on comprend alors l’importance de la ponctuation, qui s'analyse en une véritable partition musicale, pour percevoir les émotions exprimées par les personnages. Les intonations sont donc rendues essentielles à la compréhension du texte. Il faut donc noter que l'ultra ponctuation fonde la cohérence même de la dispute : Nombreux points d’interrogation pour marquer le questionnement des amis, et souvent en série pour montrer la véritable enquête, sans compromissions, mais aussi l’ironie, Nombreux points d’exclamation pour faire apparaître les tensions et l’ironie, Des points pour achever des phrases déclaratives : lorsque le dialogue n’est pas interrompu et que l’idée est close. Les guillemets : pour insister sur une locution, sur un terme, Omniprésence des points de suspension constituant la principale singularité en la matière. Chaque phrase se termine singulièrement ainsi. Le rythme est ainsi haché, toujours interrompu. On voit même que la personne qui parle s’interrompt. Pourquoi ? Il s’agit de montrer le caractère spontané de la réflexion en cours, mais également les hésitations, les non-dits, la gêne, la cruauté autant de sentiments éprouvés par les deux amis. Cela donne une véritable tension à la pièce ; ce malaise participe à la théâtralisation de la dispute. il s’agit donc d’un dialogue qui est à destination de son interlocuteur et du public, mais également à l’intention de celui qui parle. On est donc dans une double énonciation au carré. Type Sens premier Sens second Points d’interrogation Questionnement, enquête « Pourquoi ? dis-moi pourquoi ? » (p.24) Ironie « Quelle forêt ? Quelle princesse ? tu divagues » (p.38) Points d’exclamation Humeur, tension « Je n’étais pas jaloux ! » (p.37) « Non ! » (p.50) Ironie « Peur ? Peur ! » (p.46) Guillemets Locution mise en exergue : mot « condescendant » (p.30) « raté » (p.46) « celui qui rompt pour un oui ou pour non » (p.28) Discours direct : « suis-je la plus belle, dis-moi « (p.38) Ironie : "malgré moi les guillemets arrivent" (p 43) Points de suspension Réflexion en cours, mais hésitations, non-dits, gêne, critique "c’est biiien… ça…"(p27) Ironie : "On en trouve partout… tiens ici tout près… mes voisins… des gens très serviables… des gens très bien… tout à fait de ceux qu’on choisit pour les jurys… intègres." (p31) Point Phrase déclarative "De Verlaine. C’est ça"(p 40) Ironie : "C’est dommage que tu ne m’aies pas consulté, j’aurais pu te conseiller sur la façon de rédiger ta demande." (p 29) Silence C’est également une pièce faite de silences comme l’indiquent les deux dernières didascalies à la fin de la pièce. Le silence reste un langage au-delà des mots : c’est un desserrement des contraintes sémantiques. Il permet ainsi de prendre du recul, de faire baisser la tension : "H2, l’observe un instant. S’approche de lui, lui met la main sur l’épaule : pardonne-moi…" (p. 39) À l’inverse, le silence permet également de passer à l’action : "H2 : oui je vois. Un silence. À quoi bon s’acharner ?" (p.48) Mais cette action mûrie par le silence peut très bien aboutir à l’inaction comme à la fin de la pièce : "Un silence H2 : oui ou non ?... H1 : Ce n’est pourtant pas la même chose… H2 : En effet : Oui. Ou non. H1 : Oui H2 : Non ! (p. 50)" 3.2.3 Argumentation Il s’agit de montrer les constructions langagières des hommes. Au cœur de ces constructions, on trouve l’inauthenticité. Caractère figé L’inauthenticité résulte du caractère figé du terme qui perd tout son sens du fait de la norme sociale. Les préjugés sociaux sont la seule clé de lecture alors que le terme en lui-même est de l’ordre du subjectif et se prête ainsi à différentes interprétations. Tel est le cas si l’on regarde les quatre points d’achoppement de la dispute : – c’est bien ça : il faut exclure toute idée psychanalytique avec le ‘ça’ dont l’auteur avait particulièrement horreur, sauf à considérer que cette enquête sur ce fameux ‘ça’, loin de régler le problème comme cherche à le faire la psychanalyse, l’aggrave. Cette tournure relève de l'appréciation subjective. – la condescendance : le mépris des hommes ; il s'agit d'un critère subjectif. – le bonheur : notion philosophique, là encore notons le critère subjectif, – la vraie vie : notion philosophique, relevons le critère subjectif. Dans tous les cas, il est question de concepts abstraits qui sont travaillés par les personnages dans cette dispute. Sarraute entend redonner vie aux termes, débarrassés de leur tropisme, de leur donner un sens plus authentique. On assiste alors à une sorte d’épurement du langage, au dévoilement de l’homme au travers de ses maladresses langagières. On a vu que H2 commet des abus de langage qui consistent pour lui à faire état de son propre univers. Chacun, en effet, habite un univers intérieur distinct : "Il n’y a aucune chance que je t’y trouve…/non ni là, ni ailleurs" (p. 39). L’auteur insiste finalement sur la solitude existentielle de l’homme. On note avec intérêt que la seule chose qui n'est pas discutée entre les amis : c’est l’expression à l’origine du titre de la pièce : pour un oui ou pour un non. Que signifie donc cette expression ? Désinvolture L'expression pour un oui ou pour un non présente un sens passablement péjoratif. Elle a pour synonyme un caprice, une désinvolture : on peut dire que l’amitié ne serait pas une vertu durable puisqu’elle pourrait être rompue sans motif sérieux. Dans la pièce, cette expression est employée, en outre, comme un préjugé : c’est une critique sociale : "J'ai appris que j’avais un casier judiciaire où j’étais désigné même "celui qui rompt pour un oui ou pour un non" (p 28). On retrouve ce même préjugé à la fin de la pièce où il est indiqué : "chacun saura de quoi ils sont capables, de quoi ils peuvent se rendre coupables : ils peuvent rompre pour un oui ou pour un non" (p. 50). Cette expression aurait pu être discutée entre les amis. Mais elle ne l’est pas. On note, en effet, le fait qu’ils s’accordent parfaitement sur la définition. Pourquoi ? Parce que cette locution est déjà binaire (oui/non) et ne peut logiquement engendrer une tierce notion. Et pour autant, cette expression mériterait d’être discutée pour savoir si cette amitié peut être rompue avec ou sans motif. Cependant, ils ne cherchent qu'une chose parfaitement futile : ils veulent seulement savoir s’ils seront condamnés à être vus comme des personnes rompant pour un oui ou pour un non : ils sont donc soumis à un impératif social. C’est leur point commun, le seul dans toute cette dispute. Ils ne peuvent pas échapper au regard de l'autre et de la société, c’est pour cela qu’ils cherchent paradoxalement à être d’accord pour ne plus se voir. Et justement, ils n’y arrivent pas puisqu’à la fin de la pièce, ils sont incapables de s’entendre : la réponse est diamétralement opposée. On assiste alors à une fragmentation de l’expression, à une libération de l’emprise sociale en quelque sorte. C’est une liberté langagière. Le titre de la pièce rend donc compte de cet éclatement, de cette vie… 3.2.4 Les principales figures de style et les registres Ce sont essentiellement des figures de répétition qui figurent dans le texte. Répétitions On peut voir des répétitions au sens strict du terme : "- H2 : Eh bien ? – H1 : Eh bien… – H2 : Eh bien ?"(p.45) La répétition permet d’inviter l'autre à exprimer sa pensée. Elle sert aussi à se confronter : « – H1 : Peur ? Peur ! - H2 : oui, peur. Ça te fait peur (…)" (p. 46) Cette répétition fait partie de la stratégie théâtrale : elle souligne la tension entre les amis, leur difficulté à se comprendre. Cela forme un écho, une interpellation sur le sens et la portée du mot. On trouve, en outre, des antithèses : la plus importante est celle entre le je et le tu qui parcourent tout le texte et évidemment entre le oui/non. "- H2 : (…) Tu n’auras pas cette chance. - H1 : Moi ? Cette chance ? Je crois que si tu te révélais comme un vrai poète… il me semble que la chance serait plutôt pour toi ."(p.47) On relève également les oppositions entre le dit et le non dit : "(…) juste des mots"/"des mots qu’on n’a pas "eus" justement…"(p. 25) : cette figure de style entre pleinement dans le champ de la dispute reposant sur des interprétations opposées d’un même mot. Par ailleurs, on note des métaphores : "tu doutes toujours, tu crains qu’il n’y ait là-bas, dans une petite cabane dans la forêt…’ (p. 46). "Dommage. Ça aurait pu être de l’or pur. Du diamant." (p 47). Ces figures métaphoriques permettent aux termes de sortir de leur caractère figé et de revêtir un imaginaire, un espace de liberté, un nouvel esthétique, ainsi qu’on l’a vu précédemment. Ce sont des stratégies stylistiques importantes pour la dispute. Registres On note enfin deux registres : Cette pièce comprend un registre comique dans les dialogues faisant appel à des images inattendues : "- H1 : c’est que tout à l’heure, tu m’as parlé pour ne rien dire… tu m’as énormément appris, figure-toi (…) cette fois-ci celui qui a placé le petit bout de lard, c’est toi. - H2 : Quel bout de lard ?" (p. 41) Excluons toute idée d’absurde. En effet, si l’auteure joue sur l’abstraction du langage, son enfermement, elle n’a pas souhaité faire entrer sa pièce dans le champ l’absurde. On a vu que les parties se répondent avec une forme de logique alors que ce n’est pas le cas dans le théâtre de l’absurde. On n’oublie pas que c’est un texte sur la libération des mots trop souvent figés, c’est un marqueur puissant que de les délier par... l’humour. Il reste qu’un autre registre est à l’œuvre. Le registre tragique est également présent dans cette pièce : le thème de la mort est abordé par les protagonistes au sens premier du terme : "- H2 : Ah oui. Je m’en souviens… j’ai eu envie de te tuer. - H1 : et moi aussi. Tous les autres, s’ils avaient pu parler, ils auraient avoué qu’ils avaient envie de te pousser dans une crevasse…" (p. 44) Mais il s’agit surtout de la mort d’une amitié, de cette faculté de rompre les liens. Au-delà de cette amitié, Sarraute peint l’immense solitude de l’être humain, considère tragiquement l’incommunicabilité entre les hommes une fois les mots rendus plus sincères et donc plus libres… Il s'agit d'une pièce présentant un fond pessimiste.
- Parcours bac français 2026 : œuvres analysées
Bac français 2026 : œuvres analysées : découvrez l'intégralité des douze œuvres étudiées par la Gazette pour vous aider à préparer à l'écrit et l'oral de français : théâtre, roman, poésie et littérature d'idées expliqués et analysés. Le roman et le récit du Moyen Âge au XXIe siècle Prévost, Manon Lescaut , personnages en marge et plaisir du romanesque : Le choix du titre du roman Le contexte du roman La géographie du roman La question du "je" L'ambiguïté de "l'auteur" La transgression sociale La transgression familiale La transgression morale La transgression pénale Un récit rétrospectif Colette, Sido et les vrilles de la vigne : 1.Présentation des œuvres dans le parcours " célébration du monde" 2. Analyses linéaires de 4 extraits : le rôle d’initiatrice de la mère : analyse du passage : “« Sido » répugnait à toute hécatombe de fleurs. … je me taisais, jalouse…” ( Sido) le jardin d’Éden : “Dans mon quartier natal, on n’eût pas compté vingt maisons privées de jardin… (Sido) la conscience de soi : analyse du passage le Miroir dans les vrilles de la vigne : “Quoi, vous prétendez n’avoir jamais été petite…la fin. L'enjeu poétique : le rossignol : “Autrefois, le rossignol ne chantait pas la nuit” (Les vrilles de la vigne). Balzac, La Peau de Chagrin Roman de l’énergie : “la Peau de Chagrin” Le rôle "énergivore" du désir Le pacte conclu dans "la Peau de chagrin" Le lendemain de l’orgie dans “la Peau de Chagrin “ Le rôle de la lumière dans la "Peau de chagrin" La mort de Raphaël dans “La Peau de chagrin” Les registres dans "la Peau de chagrin" La poésie du XIXe siècle au XXIe siècle Rimbaud, Cahier de Douai (aussi connu sous les titres Cahiers de Doua i, «Recueil Demeny » ou Recueil de Douai), 22 poèmes : de « Première soirée » à « Ma Bohème (Fantaisie) » parcours : émancipations créatrices : les circonstances de la rédaction des Cahiers, la forme et la composition précise des Cahiers, Pourquoi étudier les Cahiers de Douai ? la situation des Cahiers par rapport à l’ensemble de l’œuvre de Rimbaud. Sensation, expérimentation sensorielle, le Mal, expérimentation du sacrilège, Rêvé pour l’hiver : expérimentation sensuelle. Hélène Dorion, Mes forêts parcours : la poésie, la nature, l'intime : le titre l’organisation du recueil, le style dans le recueil, la singularité du recueil, analyse linéaire de l’écorce, analyse linéaire « Il fait un temps de bourrasques » analyse linéaire « mes forêts sont de longues tiges d’histoire » Ponge, La rage de l'expression parcours : dans l'atelier du poète : le sommaire, le choix du titre, le contenu du recueil, la démarche poétique l'inventaire de l’atelier de Ponge, la portée de son œuvre. analyse de l’extrait de “la Guêpe” (Ponge) La littérature d'idées du XVIe siècle au XVIIIe siècle : Étienne de La Boétie, Discours de la servitude volontaire / parcours : « Défendre » et « entretenir » la liberté. lecture expliquée : Podcast gratuit sur Spotify et sur Apple Podcasts analyse : comprendre la tyrannie l es procédés de l'argumentation, les ambigüités et la portée de l'œuvre Bernard Le Bouyer de Fontenelle, Entretiens sur la pluralité des mondes / parcours : le goût de la science. (à venir) Françoise de Graffigny, Lettres d'une Péruvienne (en incluant les éléments de la seconde édition augmentée de 1752 suivants : l'introduction historique aux Lettres Péruviennes et les Lettres XXVIII, XXIX, XXX et XXXIV) / parcours : « un nouvel univers s’est offert à mes yeux ». (à venir) Le théâtre du XVIIe siècle au XXIe siècle : Pierre Corneille, Le Menteur / parcours : mensonge et comédie : 1 . l'introduction à l'œuvre : contexte, origine et nature de la pièce 2. Le mensonge sous toutes ses formes compréhension de l'acte I compréhension de l'acte II compréhension de l'acte III compréhension de l'acte IV compréhension de l'acte V 3. La portée du " Menteur" : la morale de la pièce, la fonction de la comédie cornélienne, le rôle du mensonge, le héros cornélien, Alfred de Musset, On ne badine pas avec l’amour parcours : les jeux du cœur et de la parole : De l’art du duo au trio Acte I Acte II Acte III Portée de la pièce : la crise du discours Nathalie Sarraute, Pour un oui ou pour un non parcours : théâtre et dispute. Introduction ; Un balancement continu : Les intentions de l’autrice: Le rôle du temps et de l’espace ; La ponctuation ; L’argumentation de N. Sarraute ; Les figures de style et les registres .
- Les figures de style
Une figure de style est un procédé de langue qui permet de produire du sens par une impression. Cette définition, elle-même bien théorique, ne dit rien sur ses différentes catégories dans la langue française. Comment comprendre et retenir les figures de style ? Analyse de 4 grandes catégories pour ne plus se tromper : une synthèse en tableau. Figures de style Une figure de style est un procédé de langue qui permet de produire du sens par une impression. La Gazette vous propose de trouver un moyen mnémotechnique pour vous souvenir des principales figures de style, car c'est vrai qu'il est souvent difficile de les retenir... Catégories Le plus simple consiste alors à considérer 4 catégories différentes : - les figures permettant d'aller d'un sens vers un sens voisin, - les figures permettant d'opposer une idée à une autre, - les figures de répétition du même mot ou de la même idée, - les figures de mise en valeur. Il vous est proposé de les retrouver à l’aide d’un tableau récapitulatif qui comprend ce que nous appelons désormais nos 4 "boites". Tableau boite 1 Les figures allant d'un sens à un autre (parallèles) // - la comparaison : introduit par les conjonctions c omme, tel etc... ex : Pierre rêve comme (tel) un enfant : parallèle entre Pierre et l'enfant; - la personnification : prêter à une chose des caractéristiques humaines. ex : le ciel malade - l'animalisation : prêter à l'homme des caractéristiques animales. ex : c'est le dindon de la farce! - la réification (ou chosification) : prêter à l'homme des caractéristiques d'une chose. ex : l'ouvrier machine. - l'allégorie : une image figurée. ex :"la faucheuse" pour la mort - la métaphore : une analogie entre 2 termes sans recours à comme/tel. ex: un puits de science - la métonymie : rapport contenant/contenu, cause/effet... ex : La France ( les Français) a faim - la synecdoque : rapport entre une partie/tout ou l'inverse. ex : le camion a crevé (son pneu) - la périphrase (Diderot) : dire en plusieurs mots ce que l'on peut dire en un. ex : la langue de Molière (le français) boite 3 les figures de répétition - Une figure de répétition : le(s) même(s) mot(s) répété(s) ex: je peux sortir de la maison avec un bonnet (...), je peux aussi sortir (Tarkos) - la redondance : répétition de la même idée : ex : elle était à la fois jolie et belle - poésie : cf. fiche ( rimes, allitération et assonance) - l'anaphore : répétition en début de phrase : ex: "toujours aimé, toujours souffrir, toujours mourir" - l'accumulation : série de termes de même catégorie ex : il attrapa du pain, des oeufs, du lard et de la bière - la gradation : énumération de mots dans un sens croissant ou décroissant ex : il y eut une goutte, puis une pluie forte et une tempête dévastatrice... boite 2 les figures d 'opposition ou de contraste - la réversion : inverser deux termes répétés pour donner un sens contraire. ex : la forme du plaisir, le plaisir de la forme. - le chiasme : 2 expressions symétriques et opposées. ex : Le soleil noir luit, luit la noire lune (construction en miroir) - l'antithèse : deux expressions opposées. ex : la vie et la mort, l'ombre et la nuit - l'oxymore : deux mots opposés combinés. ex : le soleil noir boite 4 les figures de mise en valeur - l'onomatopée (Balzac) - l’hyperbole : exagération du sens des choses. ex : Il hurla à la mort - la litote : affaiblir sa pensée pour en dire plus qu’on ne le dit vraiment (Larousse) ex : " Va, je ne te hais point! " pour dire qu'elle aime. ( Cid, Corneille)
- Commentaire composé expliqué
Découvrez la vidéo (16:08) où la Gazette vous propose un entraînement complet au commentaire composé avec l a m éthode des 6 GR OS SES C LE FS © et le plan type CIIGARE : pour cela, a été choisi un texte difficile en prose d'un poète contemporain, Christophe Tarkos (1963-2004), extrait de son recueil le Petit bidon et autres textes. Commentaire composé expliqué Si vous avez des difficultés en français, c'est probablement parce que vous ne maîtrisez pas bien la méthode. Il n'est pas trop tard pour remédier à cela... Voyons vos objections : - Est-ce qu'elle fonctionne ? - Bien sûr ! Elle offre trois avantages majeurs : de comprendre ce qui vous est demandé, de vous redonner confiance, et évidemment d'avoir une excellente note au bac. - Comment ? - En vous donnant un cadre simple qu'il ne vous reste plus qu'à suivre. Si vous avez huit minutes devant vous, parcourez l'article qui vous explique la méthode utilisée par la Gazette depuis des années pour aider bien des élèves en difficulté.. . Vous disposez de quinze minutes de liberté ? Eh bien ! Découvrez plus en détail la video expliquant la méthode dans cet article. Vidéo Il est temps de découvrir la méthode des 6 GR OS SES C LE FS © à l'aide de la vidéo de 16: 08 (séquencée) ci-dessous : - 08:50 minutes pour la compréhension du texte : i l s’agit de colorier le texte en le prenant sous six angles, à l'aide du moyen mnémotechnique suivant : 6 GR OS SES C LE FS Gr : grammaire C : Conjugaison OS : oppositions le : champ lexical SE : les 5 sens FS : figures de style - 07: 58 minutes pour l'organisation du plan type : Plan C I I G A R E : Ie partie : IIe partie : A) C adre spatio-temporel A) Genre littéraire B) Intérêt du texte B) Argumentaire de l'auteur C) Impressions suscitées C) Registre littéraire La Gazette vous guide pas à pas, sans jamais vous perdre. Pour l'exercice, un poème difficile a été volontairement choisi pour que vous puissiez vous sentir plus à l'aise sur une texte moins ardu, ce qui sera nécessairement le cas le jour de l'épreuve. Il s'agit d'un texte en prose d'un poète contemporain, Christophe Tarkos (1963-2004) extrait de son recueil le Petit bidon et autres textes. Vous êtes prêts ? C'est parti ! La méthode du commentaire composé expliquée À la fin de l'article, retrouvez en PDF le texte colorié par couleurs et le plan proposé ci-dessous pour vous permettre de reprendre la méthode à votre rythme. Laissez un commentaire en fin d'article. Analyse Voici la synthèse de notre coloriage : Pour le poète Christophe Tarkos (1963-2004), la parole est comme une pâte à mastiquer qu’il figure avec l’expression la Patmo, la pâte-mot, et sa poésie prend la forme d’une régurgitation de l’absurdité du monde. Dans la bouche du poète, les mots pèsent, collent, s’agitent, se bousculent, sont expressifs… C’est une langue triviale et insoumise. C’est une langue au travail. " Je peux sortir de la maison avec un bonnet à pompon sur la tête , un bonnet à trois gros pompons de couleur , je peux aussi sortir tête nue, ou pieds nus , ou torse nu, ou le crâne rasé, lisse, poli, ou avec des moustaches , avec une barbe, ou avec des poils juste sur le milieu du menton , ou juste sous les pattes , devant les oreilles, ou avec une queue de cheval, ou avec des couettes, je peux sortir en couettes, ou avec une raie et une queue de cheval qui part du sommet du crâne ou qui part de la frange ou qui part de côté, du côté des pattes, ou avec une moustache qui n'en est pas une, qui est juste un trait de poils au-dessus de la lèvre supérieure, un fin trait de poils noirs , je peux sortir avec les cheveux noirs, noir de jais, ou avec des cheveux blonds , ou jaunes, ou roses , ou jaune et rose, ou bleus, toute une tignasse bleue, des cheveux longs et bleus, ou des cheveux bleu et blanc et rouge, ou seulement rouges ou seulement blancs , avoir tous les cheveux blancs, ou être rasé en lignes, trois lignes rasées sur la tête, seulement sur trois lignes, ou être rasé en pointillé et d'avoir les sourcils rasés en pointillé aussi et d'avoir la moustache rasée en pointillé aussi, ou de sortir avec une longue barbe bouclée et rousse, avec un long bonnet rouge sur la tête, et un kilt à l'endroit du pantalon, une jupe , une robe, une robe de chambre, et des sandales, ou des sabots, ou des talons hauts, des escarpins à talons hauts, et me maquiller, me maquiller c omme un pierrot, comme un clown, comme un indien, comme une femme, comme une femme accentuée, mettre des faux cils, m' épiler les bras et les sourcils, dessiner du khôl autour des yeux, peindre mes lèvres en rouge à lèvres, retoucher mon rouge à lèvres, m'épiler la barbe et la moustache pour avoir un visage lisse et blanc, mettre de la poudre, me poudrer pour avoir un visage blanc sur le cou aussi, sur tout ce qui se voit depuis devant qui n'est pas recouvert, cela changerait tout si je sortais tout nu, avec un bonnet bleu sur la tête et un foulard bleu et un masque de chirurgien bleu sur le nez pour cacher mon nez , ou tout habillé sauf le bas, tout bien habillé en haut avec une cravate, un chapeau et une écharpe et le bas sans rien, tout nu en bas, et avec un chapeau de cow-boy, un chapeau mexicain, un chapeau marocain, une plume de sioux, avec un sari orange , un kilt dessous et une plume dessus sur la tête, avec des cheveux longs et une longue barbe et un sari orange de bonze, je peux sortir aussi en petit, en nain, au ras du sol, pas plus haut que trois pommes, en rase-mottes , je serais le nain nu. " Tarkos, Christophe, Le Petit Bidon et autres textes, Anachronismes , POL Editeur 2001 Plan possible Plan C I I G A R E : Ie partie : IIe partie : A) C adre spatio-temporel A) G enre littéraire B) I ntérêt du texte B) A rgumentaire de l'auteur C) I mpressions suscitées C) Re gistre littéraire Problématique choisie : quel rôle le poète confère-t-il aux mots ? I. Des mots pour décrire une apparence…. une préoccupation ordinaire (Cadre spatio-temporel ) - il n’y a pas de cadre spatial défini précisément. Et c’est un marqueur important à souligner : on se trouve dans un lieu flou figuré par l’opposition entre dedans/dehors avec “maison/sortir”. C’est un positionnement qui oppose la sphère intime et la sphère sociale avec la problématique de l'apparence. On est donc précipité dans un vaste inconnu où le temps du discours poétique devrait tenir une importance constructive, mais là encore, ce n’est pas le cas. - ce poème repose sur une lente énonciation avec pour seul verbe, pouvoir, conjugué au présent de l’indicatif et suivi de l'infinitif sortir : “Je peux sortir de la maison”. Cette formulation concrète, de la vie de tous les jours, produit un effet poussif et sans harmonie. Le mode indicatif est répété plusieurs fois avant de venir se heurter au conditionnel qui est le mode de l’hypothèse avec "cela changerait tout si je sortais. On retrouve cette alternance indicatif/conditionnel à la fin du texte “je peux sortir/je serais.” L’effet voulu est de rechercher une extension du discours qui s’étend à ce nouveau mode qui achève le discours. On a donc une énonciation au départ indicative qui glisse vers un discours hypothétique donnant un effet bancal au poème. un discours poétique en cours d’élaboration (intérêt du texte) L’originalité réside dans le fait que le sujet ne sait pas exactement ce qu’il va dire ainsi que l’abondante ponctuation le laisse à penser : en effet, on relève des propositions indépendantes toutes juxtaposées et répétées sept fois “je peux sortir de la maison” avec un effet d’insistance notable. Ces dernières sont entrecoupées par de nombreuses virgules insérant une multitude de groupes nominaux : “avec les cheveux noirs, noir de jais, ou avec des cheveux blonds, ou jaunes, ou roses, ou jaune et rose, ou bleus,”cette ponctuation singulière hache manifestement le texte. Celui-ci trouve encore des variantes avec les propositions infinitives “pour cacher” “pour avoir” qui complexifie la lecture ainsi déstructurée. Enfin, l’auteur ajoute également des phrases infinitives : ”mettre de la poudre, me poudrer “ alourdissant le propos rendu totalement confus. Il s’agit d’un poème en vers libres à la première personne du singulier comme l’indiquent l’emploi des deux pronoms personnels “je” et “me”. Il s’agit d’un moi individuel et autocentré sur lui-même. Le poète a cherché, en outre, à mettre en scène le questionnement de l’apparence physique ; l’auteur recourt à des termes définis tels que "poils""barbe""moustache" “rasé”. Mais ce poème, volontiers flou comme on n’a pu le voir précédemment, casse les codes avec l’emploi de termes appartenant au genre féminin “queue de cheval” “couettes” “frange” “épilé”. La lecture de ce poème s’effectue donc dans la plus grande des confusions. Ce discours aux effets lents et laborieux se clôt curieusement par un unique point à la fin du texte : “je serais le nain nu“. Cette fin insolite prend la forme d’une pirouette, loin de la proposition du début : “je peux sortir de la maison avec un bonnet.” Tout ceci donne un aspect spontané et irréfléchi au discours qui présente un sens caché comme nous le verrons. Il s’écrit et se lit donc en temps réel, en opposition avec des textes fondés sur un discours organisé. Ce poème repose en outre sur des impressions contrastées. 3. une poésie sous forme d’inventaire (impressions) L’auteur mélange sans logique le champ lexical du corps, “cou”, ”lèvres”,”poils”, comprenant la tenue vestimentaire “robe”, “pantalon, “sabot” et le maquillage “rouge à lèvres” “khôl”. Mais ce corps dont il est question ne porte aucun possessif “le cou”, “les bras" et les vêtements dont on parle ne sont pas définis “un pantalon", “un kilt.” L'auteur recourt, en outre, à une accumulation de compléments circonstanciels de manière tout le long du texte produisant un un effet catalogue : “tête nue, ou pieds nus, ou torse nu, ou le crâne rasé, lisse, poli, ou avec des moustaches, avec une barbe,” : la conjonction de coordination “ou” se lit comme autant de possibilités offertes, c’est à dire de combinaisons multiples selon un rythme ternaire: “je peux sortir en couettes, ou avec une raie et une queue de cheval”. Cette combinaison se démultiplie ensuite en trois autres possibilités “qui part du sommet du crâne ou qui part de la frange ou qui part de côté”. Cette dernière possibilité se recentre sur une partie : “ du côté des pattes, ou avec une moustache qui n'en est pas une, qui est juste un trait de poils au-dessus de la lèvre supérieure, un fin trait de poils noirs” : on obtient ainsi un discours circulaire puisque l’on revient au début avec la question de la moustache. Cela crée une impression de malaise voulue. II…. à une poésie contestataire u ne poésie dysharmonique (genre) Ce poème offre sur la forme une singularité particulière touchant aux deux principales figures de style employée tout le long du texte, la répétition qui va de pair avec l’énumération. :” je peux sortir avec les cheveux noirs, noir de jais, ou avec des cheveux blonds, ou jaunes, ou roses, ou jaune et rose, ou bleus, toute une tignasse bleue, des cheveux longs et bleus, ou des cheveux bleu et blanc et rouge, ou seulement rouges ou seulement blancs, avoir tous les cheveux blancs…”. Ces procédés précis ont pour objet de refuser toute mise en valeur et toute harmonie ; il existe un véritable refus de recherche d’assonance ou d’allitération harmonieuse; on note un effet d’alourdissement volontaire du discours poétique qui devient lent, haché, sinueux sur la forme. Il traduit un projet poétique qui va de pair avec le fond du discours. Sur le fond, ces répétitions et ces énumérations portent sur la question du travestissement. On note que le sens de la vue est omniprésente dans ce texte avec le jeu des couleurs “jaune” “rouge” et le verbe “qui se voit”; il est associé au toucher “retoucher” “peindre” : ces deux sens permettent à la représentation sociale de soi d’être en évidence. La question de l’apparence physique est ainsi extrêmement large, car elle endosse tous les genres sexués avec les oppositions notamment entre “femme” et homme “clown”, “indiens” “nain”. Mais l’apparence culturelle est évoquée avec la question de la pilosité “épiler”, mais également du vêtement traditionnel tels que le “kilt” pour évoquer la tenue d’un Ecossais ou d’un” sari orange” “bonze” évoquant la tenue d’un moine boudhiste. Ce travestissement concerne les mille et une possibilité de l’individu de paraître au monde. Dans le cadre de ce travestissement, la lecture du poème offre une opposition saillante entre le début avec l’individu habillé “pantalon” et la fin avec le “nain nu”: on assiste à la fois à un changement de taille grand:petit et à un dépouillement corporel habillé/nu. Entre ces deux extrêmes, peut considérer le lent effacement du sujet. Cela se fait en deux temps ; d’abord il s’effectue derrière un rôle de scène avec l’accumulation des comparaisons suivantes : “me maquiller comme un pierrot, comme un clown, comme un indien, comme une femme, comme une femme accentuée “, puis ce sera derrière les énumérations de chapeaux, “et avec un chapeau de cow-boy, un chapeau mexicain, un chapeau marocain, une plume de sioux…”. On assiste ainsi à l’effacement de l'homme détaché de tous codes sociaux, pour faire advenir un exclu dans sa condition de dépouillement. Ce texte porte en effet en lui un engagement du poète. 2 . une poésie de rupture (argumentaire) L'enjeu du texte est celui d’un travail sur les mots qui s’étirent à l’infini à la fois dans le son et dans le sens avec la Patmo, la pâte-mot, qui permet de sortir du schéma traditionnel de la poésie. Ces mots sont répétés à l’envi pour s’entrechoquer et choquer le lecteur : “ ou avec une queue de cheval, ou avec des couettes, je peux sortir en couettes, ou avec une raie et une queue de cheval”; les mots ainsi répétés ne signifient pas la même chose “avec des couettes”/ “en couettes” et l’apposition de “raie” avec” queue de cheval”. Cela produit un effet d’à-coups, caractérisant une forme de violence disséminée dans ce texte. Cette violence surgit d’abord dans cette difficulté à dire qui prend la forme d’un acharnement à dire avec l’adverbe aussi : “ je peux aussi sortir” ou avec l’omission du verbe pouvoir “ou de sortir avec”. Mais c’est également une difficulté avec les choix que la société impose d’effectuer souvent de manière binaire : le poète, lui, cherche à sortir du cadre et propose pour ce faire un rythme ternaire : “le crâne rasé, lisse, poli,” conforme à une plus grande liberté. Or, cette liberté ne connaît plus de limite avec la multiplicité des options : “ je peux sortir avec les cheveux noirs, noir de jais, ou avec des cheveux blonds, ou jaunes, ou roses, ou jaune et rose, ou bleus, toute une tignasse bleue, des cheveux longs et bleus, ou des cheveux bleu et blanc et rouge, ou seulement rouges ou seulement blancs, avoir tous les cheveux blancs…”. C’est également une critique de l'homme pour qui l’apparence physique passe par la possession. Ce texte comporte une tension manifeste entre le verbe être qui sous-tend “Je peux sortir de la maison” et qui ne trouve de réponse que dans l’avoir “avec” qui précède les nombreuses énumérations. Le poète se fait alors plus pressant lorsqu’il entrechoque ces deux notions :”avoir tous les cheveux blancs, ou être rasé en lignes,”. On peut aussi noter ce lent appel au dépouillement avec les nombreuses répétitions sur la nudité “nus”“nu” “nue”. Cette poésie se fait sous certains aspects moraux. L’argumentation repose aussi sur un humour qui sert la violence des mots. d’un registre comique à un registre tragique (registre) Ce texte comporte deux registres, l’humour qui transparaît dans ce texte : “tout bien habillé en haut avec une cravate, un chapeau et une écharpe et le bas sans rien, tout nu en bas”: on voit le mélange des genres qui n’est pas sans rappeler le surréalisme et le dadaïsme. On retrouve l’idée d’une écriture automatique et l’affaiblissement du sens premier du mot pour questionner ce monde. L’humour remet en effet tout en perspective et devient une arme pour s’opposer au monde. Il le fait lorsqu’il confine à l’absurde comme dans ce texte avec notamment les redondances “un masque de chirurgien bleu sur le nez pour cacher mon nez,”. Le comique de ce texte n’est là que pour souligner la vacuité de nos vies tournées vers l’apparence et non la profondeur des choses. Le poète le dit à sa manière avec cette étrange expression placée au milieu du texte : “cela changerait tout si je sortais tout nu”. C’est une sorte de prise de conscience qui surgit de manière furtive pour exprimer un registre plus pathétique, comme un cri du cœur qu’exprime ici le conditionnel. Mais il faut s’interroger sur la dernière affirmation : “je serais le nain nu” avec la seule allitération harmonieuse en n qui marque la douceur. C’est la seule fois dans le texte que le je se définit et il le fait avec un attribut du sujet, le “nain nu” : c’est une qualification qui n’est pas sans rappeler notre condition humaine, celle du nain rappelant l’enfance et la nudité de notre naissance et celle de notre mort.















