Nancy, Arthur Young et la Révolution
- 25 juil.
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Dernière mise à jour : 29 juil.
À Nancy, Arthur Young observe la France en 1789 : crise politique, hausse du prix du pain et inquiétudes d’une province face à la Révolution.

Nancy, Arthur Young et la Révolution
À Nancy, le voyage littéraire croise l’histoire en train de se faire. Arthur Young, voyageur anglais attentif aux réalités économiques et sociales, arrive dans une ville encore marquée par l’élégance du XVIIIe siècle, mais déjà traversée par l’inquiétude politique. La capitale des ducs de Lorraine devient ainsi un poste d’observation idéal : entre les façades ordonnées de la place Stanislas et les nouvelles venues de Paris, on sent le vieux monde vaciller.
Il décrit la ville de Nancy, d’où il reçoit des nouvelles alarmantes de la crise politique qui secoue la France : Necker est renvoyé ; il apprend aussi la hausse du prix du pain.
L’écho de la Révolution vu de la province...
Révolution
" Le 15. — J’arrivais à Nancy avec de grandes espérances, car on me l’avait donnée comme la plus jolie ville de France. Je pense qu’après tout elle n’usurpe pas sa réputation en ce qui touche à la construction, à la direction et à la largeur des rues. Bordeaux est plus grandiose, Bayonne et Nantes plus animées ; mais il y a plus d’égalité à Nancy ; presque tout en est bien, et les édifices publics sont nombreux. La place Royale et le quartier qui y touche sont superbes. — Des lettres de Paris ! tout est en désordre ! le ministère est changé, M. Necker a reçu le commandement de quitter le royaume sans bruit. L’effet sur le peuple de Nancy a été considérable. J’étais avec M. Willemet quand ses lettres arrivèrent, les curieux ne désemplissaient pas la maison ; tous s’accordèrent à regarder ces nouvelles comme fatales et devant occasionner de grands troubles. — Quel en sera le résultat pour Nancy ? — La réponse fut la même chez tous ceux à qui je fis cette question : Nous sommes de la province, il nous faut attendre pour voir ce que l’on fait à Paris ; mais il y a tout à craindre du peuple, parce que le pain est cher ; il est à moitié mort de faim, prêt par conséquent à se jeter dans tous les désordres. — Tel est le sentiment général ; ils sont presque autant intéressés que Paris, mais ils n’osent pas bouger ; ils n’osent pas même se faire une opinion jusqu’à ce que Paris se soit prononcé ; de sorte que, s’il n’y avait pas dans les débats une multitude affamée, personne ne penserait à remuer. Ceci confirme ce que j’ai souvent noté : le déficit n’eût pas produit de révolution sans le haut prix du pain. "
Young, Voyages en France
Nancy, Arthur Young et la Révolution : Nancy donne à cette étape une intensité particulière : la beauté ordonnée de la ville y contraste avec les désordres politiques annoncés par Arthur Young. Des places classiques aux inquiétudes venues de Paris, le voyageur voit se fissurer l’ancien monde.
La route peut alors quitter la Lorraine pour gagner les Ardennes : à Charleville-Mézières, avec Rimbaud, ce ne sera plus seulement l’histoire qui tremble, mais la jeunesse elle-même, impatiente de fuir, d’écrire et de brûler les étapes.



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