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Manche : Jules Renard et la mer désenchantée

  • 29 juil.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : 30 juil.

Découvrez l'avant-dernière étape du Tour de France littéraire à Barfleur, où Jules Renard, dans "L'Écornifleur", transforme la mer en un spectacle ironique et désenchanté, loin des rêves d'aventure de Jules Verne.


Nombreux bateaux de pêche au mouillage dans un port calme, village côtier et ciel bleu clair.
Port de Barfleur

Manche : Jules Renard et la mer désenchantée


Dans la Manche, Jules Renard prend le contre-pied des rêveries marines. Après l’appel du large chez Jules Verne, voici une mer moins héroïque, plus proche, plus grinçante.


Avec L’Écornifleur, roman publié en 1892 et nourri par ses séjours à Barfleur, le rivage devient un observatoire ironique : une halte vive, caustique et délicieusement désabusée.


Le décor est celui d’une villégiature bourgeoise au bord de la Manche. Renard connaît bien Barfleur : il y séjourne en 1887, puis y revient en 1890 pour retrouver l’atmosphère qui imprègne le roman, où la petite station devient “Talléhou”. La mer se réduit ici à un théâtre de vacances, de gêne sociale et de mauvaises humeurs.


Avec Jules Renard, la mer devient un objet d’ironie, de malaise et d’observation impitoyable.


Henri, alias l'écornifleur, c'est-à-dire le parasite est invité chez les Vernet ; il regarde le rivage sans lyrisme et y trouve surtout de quoi exercer son esprit mordant, comme dans un extrait de ce dialogue où ses propos choquent son hôtesse qu'il cherche pourtant à séduire en l'absence du ... mari !


L'Écornifleur


"Henri : Regardez : la mer, c’est une belle femme qui, très soignée dans sa mise extérieure, tiendrait mal ses dessous.

Madame Vernet : Expliquez-vous.

Henri : Je dis qu’elle a de la crasse sous sa chemise. Voyez son lit : un mendiant n’y coucherait pas. Est-ce sale ? Les os de sèche y traînent comme des peignes. Les vers, comme une gale, boursouflent la vase. Que pensez-vous de ces crabes attardés, vermine grouillante ?

Madame Vernet : Assez, je vous en prie.

Henri : Non, la mer s’est moquée de nous tout à l’heure. J’ai le droit de l’insulter, et j’ajouterai qu’elle sent mauvais. Ce petit port m’écœure comme un nez punais. Ne dirait-on pas un fond de mare, dans une ferme mal tenue, que des canards ont dallé de leur fiente ?

Madame Vernet : Voyons, mon ami.

Henri : Non, non, laissez-moi dire. Je n’aime pas qu’on m’en fasse accroire.


Divaguant ainsi, je ramenai Madame Vernet à la maison. J’avais envie de décrier. Une dépêche de Monsieur Vernet nous annonçait son retour. Dans deux jours il serait là, et je n’avais encore tiré aucun parti de la solitude. Je désirais Madame Vernet, je craignais de ne pas réussir, je redoutais son mari, et, tout en estimant qu’il serait plus crâne de l’attendre, je me blâmais sévèrement à cause du temps perdu."


Jules Renard, L'Écornifleur,


Barfleur, sur les traces de Jules Renard. 


La halte se fait simplement à pied : le port, les quais, l’église Saint-Nicolas, les ruelles de granit et la pointe de Barfleur composent le décor maritime qui convient à L’Écornifleur.


Manche : Jules Renard et la mer désenchantée : Barfleur donne à cette étape une mer sans illusion : non plus l’appel héroïque du large, mais un rivage observé de près, avec ses détails prosaïques et ses petites comédies humaines. Cette ironie prépare d’autant mieux la dernière escale : à Cabourg, avec Proust, la mer retrouvera une profondeur sensible. Après la sécheresse mordante de Renard, place à Balbec, à la lumière normande, aux chambres d’hôtel, aux promenades et au temps retrouvé.

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