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L’éducation d’Aurore Dupin avant George Sand

  • il y a 6 jours
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 5 jours

Aurore Dupin, qui n'est pas encore George Sand, a reçu une éducation que l'on réservait aux jeunes filles bien nées. Pour cela, le pensionnat était le lieu de l'apprentissage des choses "utiles" avant le mariage...

 

Jeunes filles en robes blanches et voiles dans une église, procession de communion sous une lumière douce, ambiance solennelle
J. Triquet, Printemps (communiantes), vers 1895 (musée des Beaux-Arts de Rouen).

L’éducation d’Aurore Dupin avant George Sand

 

Dans l’article précédent, nous avons vu la liberté que l’enfant a su goûter dans le Berry. Découvrons aujourd’hui l’étendue de l’éducation que l’on offre au XIXe siècle aussi aux jeunes filles de la "bonne société". 

 

Pensionnat


Aurore est mise en pension chez les sœurs augustines anglaises de Paris. Elle a 14 ans. Pour la première fois, elle se sent hors du champ de la rivalité affectueuse des deux femmes de sa vie.


Le couvent apparaît même comme un lieu neutre de ce point de vue.


Elle se repose des tensions passées. Elle finit par être heureuse de son sort.


Pourtant le régime est strict, enfermement, peu de sorties, humiliations, châtiments corporels. Elle y découvre l’amitié, le rire. Elle se transforme aussi en petit diable avant de connaître une exaltation religieuse.


L’éducation y est rudimentaire, toute tournée vers l’acquisition de savoirs propres aux filles destinées à se marier (musique, couture, catéchisme) ; elle apprend l’anglais qu’elle parle couramment.


Nouveaux savoirs 


Puis à seize ans, Aurore revient à Nohant découvrant sa parfaite ignorance. Elle se met sérieusement à l’étude avec Deschartres, à la fois l’homme des sciences, l’intendant de Nohant et l’ami de la famille qui l’accuse d’être "d’une ignorance crasse".


Elle devient actrice de son savoir, en s’imposant des heures d’instruction qui vont de la philosophie (notamment inspirée par Rousseau), à la littérature (Chateaubriand avec le Génie du christianisme), le dessin, la musique, la science ; elle se lance également dans des relations épistolaires.


Elle adopte un rythme de travail nocturne qu’elle ne quitte plus :


" Depuis trois ou quatre mois, je dormais fort peu. Je n’avais point passé une semaine dans la véritable intimité de ma grand’mère sans m’aviser du peu d’instruction que j’avais acquise au couvent, et sans reconnaître avec le sincère Deschartres que j’étais, selon son expression favorite, d’une ignorance crasse. Le désir de ne pas impatienter la bonne maman, qui me reprochait bien un peu vivement quelquefois de lui avoir fait dépenser trois années de couvent pour ne rien apprendre, me poussa, plus que la curiosité ou l’amour-propre, à vouloir m’instruire un peu. Je souffrais de lui entendre dire que l’éducation religieuse était abrutissante, et j’apprenais un peu en cachette, afin de lui en laisser attribuer l’honneur à mes religieuses.

J’entreprenais là une chose impossible. Quiconque manque de mémoire ne peut jamais être instruit réellement, et j’en étais complètement dépourvue. Je me donnais un mal inouï pour mettre de l’ordre dans mes petites notions d’histoire. Je n’avais pas même la mémoire des mots, et déjà j’oubliais l’anglais, qui naguère m’avait été aussi familier que ma propre langue. Je m’évertuais donc à lire et à écrire, depuis dix heures du soir jusqu’à deux ou trois du matin. Je dormais quatre ou cinq heures. "



 Éducation continue


Il est à noter que George Sand continuera toute sa vie à "s’éduquer", comme en témoigne le contenu de sa bibliothèque, dotée de huit mille ouvrages, ce qui est considérable au XIXe siècle.


L’éducation politique de George Sand s’effectue aussi par le biais de rencontres décisives sur lesquelles nous reviendrons.  


Ainsi se dessine une étape décisive : Aurore Dupin n’a pas seulement reçu l’éducation convenue d’une jeune fille bien née ; elle a surtout appris à compléter elle-même ce que l’institution lui avait refusé. Cette volonté de savoir, déjà libre et personnelle, annonce la future George Sand, travailleuse infatigable, lectrice passionnée et femme capable de faire de l’étude un instrument d’émancipation.


L’éducation d’Aurore Dupin avant George Sand : à la sortie de cette période de formation, la jeune héritière de Nohant semble donc prête à entrer dans le monde. Reste à voir comment cette existence promise à un mariage avantageux va prendre la forme, plus ambiguë, d’une union avec Casimir Dudevant.

 

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