19 Octobre 2009
Le thème de la correspondance offre aussi la possibilité de lire des lettres offrant des conseils avisés comme celui du stoïcien Sénèque au jeune Lucilius.
Repères: thème de la correspondance : présentation
Dans l'article précédent, nous avons parcouru la plus fameuse lettre ouverte, celle de Zola au Président Félix Faure, voyons aujourd'hui une correspondance entre un stoïcien et un jeune homme avide de philosopher avec un maître.
Philosophe stoïcien et conseiller sous le règne de Caligula, il est l'éducateur du jeune Néron. Il entre en disgrâce et s'exile. Il est acculé par Néron au suicide.
Sénèque est un stoïcien. Il s'agit d'un courant de pensée qui distingue les choses qui dépendent de nous et les autres qui ne dépendent pas de nous. C'est une philosophie qui nous invite à rechercher le bonheur et la liberté dans le domaine des actions que nous pouvons mener et à nous résigner dans les autres cas.
La problématique du temps est intéressante puisqu'elle entre dans la catégorie des choses sur lesquelles nous n'avons a priori pas de prise.
Comment gérer son temps et en user de la meilleure des façons ? Lisons ensemble la lettre adressée à Lucilius par Sénèque : ce sont des conseils empreints de sagesse.
« Suis ton plan, cher Lucilius ; reprends possession de toi-même : le temps qui jusqu’ici t’était ravi, ou dérobé, ou que tu laissais perdre, recueille et ménage-le. Persuade-toi que la chose a lieu comme je te l’écris : il est des heures qu’on nous enlève par force, d’autres par surprise, d’autres coulent de nos mains. Or la plus honteuse perte est celle qui vient de négligence ; et, si tu y prends garde, la plus grande part de la vie se passe à mal faire, une grande à ne rien faire, le tout à faire autre chose que ce qu’on devrait. Montre-moi un homme qui mette au temps le moindre prix, qui sache ce que vaut un jour, qui comprenne que chaque jour il meurt en détail ! Car c’est notre erreur de ne voir la mort que devant nous : en grande partie déjà on l’a laissée derrière ; tout l’espace franchi est à elle.
Persiste donc, ami, à faire ce que tu me mandes : sois complètement maître de toutes tes heures. Tu dépendras moins de demain, si tu t’assures bien d’aujourd’hui. Tandis qu’on l’ajourne, la vie passe. Cher Lucilius, tout le reste est d’emprunt, le temps seul est notre bien. C’est la seule chose, fugitive et glissante, dont la nature nous livre la propriété ; et nous en dépossède qui veut. Mais telle est la folie humaine : le don le plus mince et le plus futile, dont la perte au moins se répare, on veut bien se croire obligé pour l’avoir obtenu ; et nul ne se juge redevable du temps qu’on lui donne, de ce seul trésor que la meilleure volonté ne peut rendre. (...) »
Sénèque, Lettres à Lucilius, (Lettre I. Sur l’emploi du temps.) (-2 avt JC- 65 ap.JC)
Repères à suivre: Lettre anonyme (Labiche)
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