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Gazette littéraire

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Le bréviaire du Capital (Lafargue)

Le bréviaire du Capital (Lafargue)

Repères : thème de la finance : présentation

Critique acerbe du capitaliste

Il est bientôt temps de clore cette présentation, mais la Gazette Littéraire souhaite dans cet avant-dernier article partager avec vous un bréviaire tout particulier en son genre. Il émane d'un socialiste français engagé dans le théâtre de l'action et des révolutions qui ont émaillé tout le XIXème siècle. Il est de surcroît le gendre de Marx. Il s'agit de Paul Lafargue

Le bréviaire qui suit in extenso décrit la morgue du capitaliste. Le ton est violent et les mots sont durs.

Retour sur une critique sans concession d'un régime économique de la part d'un marxiste. Il vous est aujourd'hui proposé de le relire avec des yeux neufs ce texte dans le contexte de notre époque...

***


"1. - Beaucoup sont appelés, et peu sont élus ; tous les jours, je réduis le nombre de mes élus.


2. - Je me donne aux capitalistes et je me partage entre eux ; chaque élu reçoit en dépôt une parcelle du Capital unique ; et il n’en conserve la jouis­sance que s’il l’accroît, que s’il lui fait faire des petits. Le Capital se retire des mains de celui qui ne remplit pas sa loi.


3. - J’ai choisi le capitaliste pour extraire de la plus-value; accumuler les profits est sa mission.


4. - Afin d’être libre et à l’aise dans la chasse aux bénéfices, le capitaliste brise les liens de l’amitié et de l’amour; il ne connaît ni ami, ni frère, ni mère, ni femme, ni enfants, là où il y a un gain à réaliser.


5. - Il s’élève au-dessus des vaines démarcations qui parquent les mortels dans une patrie et dans un parti; avant d’être Russe ou Polonais, Français ou Prussien, Anglais ou Irlandais, blanc ou noir, l’élu est exploiteur ; il n’est monarchiste ou républicain, conservateur ou radical, catholique ou libre-penseur, que par-dessus le marché. L’or a une couleur; mais devant lui, les opinions des capitalistes n’ont point de couleur.


6. - Le capitaliste embourse avec la même différence l’argent mouillé de larmes, l’argent taché de sang, l’argent souillé de boue.


7. - Il ne sacrifie pas aux préjugés vulgaires. Il ne fabrique pas pour livrer des marchandises de bonne qualité, mais pour produire des marchandises rap­portant de gros bénéfices. Il ne fonde pas des sociétés financières pour distinguer des dividendes, mais pour s’emparer des capitaux des actionnaires ; car les petits capitaux appartiennent aux grands, et, au-dessus d’eux, il y a des capitaux plus grands encore qui les surveillent pour les dévorer dans le temps,. Telle est la loi du Capital.


8. - En élevant l’homme à la dignité de capitaliste, je lui transmets une par­tie de ma toute-puissance sur les hommes et les choses.


9. - Le capitaliste doit dire : la société, c’est moi, la morale, c’est mes goûts et mes passions, la loi, c’est mon intérêt.


10. - Si un seul capitaliste est lésé dans ses intérêts, la société tout entière est en souffrance ; car l’impossibilité d’accroître le Capital est le mal des maux ; le mal contre lequel il n’existe pas de remède.


11. - Le capitaliste fait produire et ne produit pas ; fait travailler et ne travaille pas ; toute occupation manuelle ou intellectuelle lui est interdite, elle le détournerait de sa mission sacrée : l’accumulation des profits.


12. - Le capitaliste ne se métamorphose pas en écureuil idéologique, tour­nant une roue qui ne meut que du vent.


13. - Il se soucie fort peu que les cieux racontent la gloire de Dieu ; il ne recherche pas si la cigale chante avec son derrière ou avec ses ailes et si la fourmi est une capitaliste .


14. - Il ne s’inquiète ni du commencement ni de la fin des choses, il ne s’occupe que de leur faire rapporter des bénéfices.


15. - Il laisse les théologiens de l’économie officielle pérorer sur le monométallisme et le bimétallisme; mais il empoche, sans distinction, les piè­ces d’or et d’argent à sa portée.


16, - Il abandonne aux savants qui ne sont bons qu’à cela, l’étude des phé­nomènes de la nature et aux inventeurs l’application industrielle des forces naturelles, mais il s’empresse d’accaparer leurs découvertes dès qu’elles de­viennent exploitables.


17. - Il ne se fatigue pas le cerveau pour savoir si le Beau et le Bon sont une seule même chose ; mais il se régale des truffes si bonnes à manger et plus laides à voir que les excréments du cochon.


18. - Il applaudit aux discours sur les vérités éternelles, mais il gagne de l’argent avec les falsifications du jour.


19. - Il ne spécule pas sur l’essence de la vertu, de la conscience et de l’amour mais il spécule sur leur vente et leur achat.


20. - Il ne recherche pas si la Liberté est bonne en soi ; il prend toutes les libertés pour n’en laisser que le nom aux salariés.


21. - Il ne discute pas si le Droit prime la Force, car il sait qu’il a tous les droits, puisqu’il possède le Capital.


22. - Il n’est ni pour ni contre le suffrage universel, ni pour ni contre le suffrage restreint, il se sert des deux : il achète les électeurs du suffrage res­treint et dupe ceux du suffrage universel. S’il doit opter il se prononce pour ce dernier, comme étant le plus économique : car s’il est obligé d’acheter les électeurs et les élus du suffrage restreint, il lui suffit d’acheter les élus du suffrage universel.


23. - Il ne se mêle pas aux parlotages sur le libre-échange et sur la pro­tection : il est tour à tour libre-échangiste et protectionniste suivant les conve­nances de son commerce et de son industrie.

24- Il n’a aucun principe : pas même le principe de n’avoir pas de prin­cipes.

La religion du capital, Paul Lafargue


http://fr.wikisource.org/wiki/La_Religion_du_Capital/4C

 

Repères à suivre : présentation : que restera-t-il dans la cage ?

 

 

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