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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

« La guerre est une continuation de la politique par d'autres moyens » (Clausewitz)

Que signifie exactement l'affirmation de Clausewitz, selon laquelle « la guerre est une continuation de la politique par d'autres moyens » ?

Clausewitz, guerre, sens, explication,

Guerre et diplomatie

Repères : thème de la guerre : présentation

Dans l'article précédent, nous avons vu avec La Bruyère que l'homme n'était pas un animal raisonnable quoiqu'il le dise. Sa nature est querelleuse et sa volonté de domination n'a pas de limites...

Il est communément admis qu'un conflit armé n'est que la conséquence de l'échec dans la résolution de la crise par la voie diplomatique.

Et pourtant, un auteur prussien XIXème siècle, Clausewitz, a affirmé de manière étonnante que « la guerre est une continuation de la politique par d'autres moyens ».

Découvrons aujourd'hui, si vous le voulez bien, qui est cet auteur avant de voir ce qu'il a voulu dire exactement.

Clausewitz

Né en 1780, Clausewitz est un militaire prussien qui a été le témoin de la défaite de son pays devant les troupes napoléoniennes à Iéna. son ressentiment vis à vis de la France l'a conduit à lutter contre elle d'une part et d'autre part à se lancer dans l'écriture d'un traité de guerre qu'il laissera inachevé à sa mort en 1831.

Il faut dire que les armées françaises ont innové en incorporant dans leur troupe les hommes du peuple. C'est en effet la conscription qui a changé la donne et conduit à une nouvelle ère : celle de la mobilisation générale. Comme le dit René Girard, la "guerre en dentelles du XVIIIe siècle" est révolue. La Prusse s'en souviendra...

C'est un traité de stratégie militaire rédigé sur un temps relativement long (1816-1831). Le premier livre est le seul achevé. L'auteur redéfinit le terme de guerre.

Duel

L'auteur dans l'esprit aristocratique utilise une métaphore pour définir la guerre : il recourt au terme "duel", ce qui a l'avantage de mettre en exergue la notion de réciprocité entre les belligérants ;

"La guerre n'est rien d'autre qu'un duel à plus vaste échelle. Si nous voulons saisir en une seule conception les innombrables duels particuliers dont elle se compose, nous ferions bien de penser à deux lutteurs. Chacun essaie, au moyen de sa force physique, de soumettre 1'autre à sa volonté. Son dessein immédiat est d'abattre l'adversaire, afin de le rendre incapable de toute résistance. La guerre est donc un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à exécuter notre volonté. La guerre est donc un acte de violence destiné à contraindre l'adversaire à exécuter nos volontés."

(Livre 1, chapitre 1)

Des conséquences importantes sont à noter. La guerre dite moderne met l'intelligence au service de la force. Et sur l'usage de la force, Clausewitz jette les bases de la guerre d'extermination qui sera initiée au XXe siècle :

"La guerre est un acte de violence où il n'y a pas de limite à la manifestation de la violence. Chacun des adversaires fait la loi de l'autre d'où résulte une action réciproque qui en tant que concept doit aller aux extrêmes. " 

(Livre 1, chapitre 1)

Clausewitz met au centre du jeu le défenseur selon l'adage qu'il est plus facile de conserver que de prendre. 

Politique

Clausewitz ne sépare pas la guerre de la politique. Il estime même que lorsque ces deux dernières ne se rejoignent plus, on assiste alors à des débordements irrationnels...

" Jusqu’ici, pour n’en négliger aucun, nous avons dû rechercher séparément chacun des intérêts sociaux qui, bien que de nature essentiellement contraire à la guerre, entrent néanmoins en contact avec elle dans son application par l’homme. Nous allons maintenant rechercher comment ces éléments contradictoires, après s’être en partie neutralisés les uns par les autres, se joignent, s’amalgament et forment enfin une unité dans la vie pratique. Cette unité prend son principe dans l’idée que, dans son application par l’homme, la guerre n’est qu’une partie du commerce politique et n’est par conséquent pas une grandeur indépendante.

Tout le monde sait que la guerre est l’une des conséquences des relations politiques entre les gouvernements et les peuples, mais généralement on s’imagine que ces relations cessent par le fait même de la guerre et qu’il s’établit aussitôt un état de choses spécial régi par des lois particulières.

Nous affirmons, au contraire, que la guerre n’est que la continuation du commerce politique avec immixtion d’autres moyens. Avec immixtion d’autres moyens, disons-nous, afin d’indiquer par là que, loin de cesser ou de se modifier par la guerre, le commerce politique, quels que soient d’ailleurs les moyens employés, persiste dans son essence même et détermine, d’un bout à l’autre des opérations, les lignes générales suivant lesquelles les événements de la guerre se poursuivent et auxquelles ils se rattachent. Il ne saurait en être autrement, et jamais la cessation des notes diplomatiques n’a entraîné l’interruption des rapports politiques entre les gouvernements et les peuples. La guerre n’a jamais été qu’un moyen plus énergique d’exprimer la pensée politique dans un langage qui, s’il n’a pas sa logique propre, a du moins sa grammaire à lui.

On voit par là que la guerre ne doit jamais être séparée du commerce politique, et que, lorsque le fait vient à se produire, il entraîne en quelque sorte la rupture de tous les rapports, ce qui conduit à un état de choses irrationnel et sans but. "

Théorie de la Grande Guerre, Clausewitz

Traduction par Lieutenant-Colonel De Vatry.
Librairie militaire de L Baudoin et Cie, 1886 (pp. 163-173).

http://fr.wikisource.org/wiki/Th%C3%A9orie_de_la_grande_guerre/Tome_III/Chapitre_29

Sources : "Achever Clausewitz" René Girard, Carnet Nord

René Girard, lecteur de Clausewitz

Repères à suivre : présentation : l'importance de la stratégie

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