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Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La géographie du roman : un hymne au mouvement (Prévost)

Dans Manon Lescaut, on part de lieux clos (France) dans lesquels on assiste à de nombreuses péripéties, fuites, enlèvements, séquestrations, emprisonnement, évasion etc…pour aboutir à une immensité désolée (Amérique) où le rythme s’est tari. C’est l’occasion pour l’auteur de montrer le dynamisme de la transgression qui a besoin de bornes à franchir pour exister et qui meurt en leur absence.

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illustration de Brunelleschi

 

repères : bac : Manon Lescaut

Plan

La problématique du dossier que nous consacrons à Manon Lescaut est la suivante : un roman de la transgression, un nouveau genre littéraire ?

Pour répondre, il vous sera proposé un dossier contenant les articles suivants :

Nous avons vu précédemment le contexte historique qui situe le roman, nous analyserons sa géographie. 

Si Manon Lescaut n’est pas un roman historique, il n’est pas davantage un roman d'aventures. Et pourtant, on y trouve beaucoup de péripéties, mais cela ne suffit pas à en faire un roman picaresque puisque ce n’est pas le but recherché de l’abbé Prévost. 

Au même titre que la période historique dûment choisie, la géographie du roman ne doit rien au hasard : elle doit mettre en évidence les points suivants :

  • le mouvement,
  • la locomotion,
  • le non-exotisme,
  • la transgression, un dynamisme.

Reprenons ces quatre points, si vous le voulez bien.

Mouvements

Manon Lescaut est un hymne au mouvement. Il vous est vivement conseillé de vous reporter au tableau synthétisant les péripéties du livre.

Ces mouvements partent de l’extérieur pour aboutir jusqu’aux mouvements intérieurs du cœur. C’est particulièrement plaisant pour le lecteur qui ne s’ennuie pas.

S’agissant des premiers, le roman regorge de fuites, d’enlèvements, de séquestrations, d’emprisonnement, d’évasion, etc…

On assiste à de nombreux voyages de la province à Paris, de Paris à Chaillot (à l’époque un village tranquille hors de la capitale), de Paris à Pacy, du Havre à La Nouvelle-Orléans, et du retour en France. Même à Paris, on passe d’un lieu à un autre avec des précisions, théâtre, hôtel particulier de M de T….

Au début de l’histoire d’amour, le rythme est étourdissant et s’explique par le caractère léger de Manon qui n’aime pas demeurer longtemps dans un endroit ; elle s’y ennuie vite. Tout est donc divertissement, dont l’étymologie divertere signifie se détourner. Dans cette passion, le bonheur des amants ne dure jamais, connaît de nombreuses péripéties rocambolesques et finit dans des conditions dramatiques.

Mais on assiste, à mesure de la lecture, à un ralentissement de l’action notamment en Louisiane où le mouvement se fait, par la force des choses, plus rare et paradoxalement plus intérieur. Les amoureux partagent enfin les mêmes élans de cœur. 

Mais ce bonheur ne dure pas à nouveau et deux mouvements à la fois soudains et déterminants, le  duel et la fuite dans le désert, viennent redonner un rythme avant le terme de l’aventure. 

Pour évoquer ces mouvements, l’abbé Prévost a investi le champ lexical de la locomotion.

Locomotion

La locomotion signe le mouvement. Et l’écrivain ne ménage pas sa peine pour narrer les aventures de ses héros empruntant des chevaux, des coches, des  carrosses, ou des chaises à porteurs. À l’époque, cette manière de voyager coûte excessivement cher ; cela constitue même un véritable luxe dans cette France de la  fin du XVIIe siècle. C’est un marqueur social fort pour Manon Lescaut qui ne rêve que de se promener en carrosse. Et c’est pourtant à pied que les deux personnages se trouvent à la fin appelés à se déplacer. C’est alors le signe d’une déchéance sociale pour les héros.

Dans la description de la Nouvelle-Orléans, il faut noter le choix de l’abbé Prévost;

Le non-exotisme

L’auteur a entrepris de présenter cette contrée lointaine sous un jour défavorable. Il n’y a pas un seul élément d’exotisme. Tout y est hostile : la nature, les gens, l’habitat…

C’est un immense terrain vague où le bonheur que connaissent les deux amants est là encore fugitif. La Nouvelle-Orléans est une utopie qui s’effondre et derrière cet échec, il y a la mort.

La question qui peut se poser est celle de savoir le rôle de la géographie. Faisant le parallèle avec le contexte historique qui nourrit l’effroi de la transgression des deux amants, la géographie joue aussi un rôle de révélateur.

La transgression, un dynamisme

Si l’on part de lieux clos (France) pour aboutir à une immensité désolée (Amérique), c’est aussi pour montrer le dynamisme de la transgression qui a besoin de bornes à franchir pour exister.

Mais lorsque l’ailleurs n’a pas de limites, il n’y a plus rien à transgresser : le duel, insolite dans cette terre lointaine, débouche sur le néant avec la mort de Manon.

Dans l’article suivant, nous analyserons la question du narrateur dans ce roman.

source : Jean Sgar, Les labyrinthes de la mémoire, PUF

repères à suivre : La question du “je” dans Manon Lescaut (Prévost)

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