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Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Lecture analytique du chapitre 33 de « Gargantua » de Rabelais

Il vous est proposé de lire avec la méthode des 6 GROSSES  CLEFS le chapitre 14 de Gargantua. Il convient de rappeler le contexte du chapitre dans l’œuvre, les références historiques avec la caricature de Charles Quint sous le traits du roi Picrochole.

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Gustave Doré

 

Repères : rire et savoir (Gargantua) : étude

Dans l’article précédent, nous avons lu de manière analytique le chapitre 14 intitulé : comment Gargantua fut instruit par un sophiste en lettres latines. Aujourd’hui, nous allons découvrir ensemble un nouvel extrait de l’œuvre qui traite d’un autre thème cher à l’Humanisme, la dénonciation de la guerre. Il vous est proposé la lecture du chapitre 33 intitulé : comment certains gouverneurs de Picrochole, par la précipitation qu’ils conseillèrent, le mirent en péril.

Contexte

Les chapitres 31 et 32 ont montré les efforts diplomatiques entrepris par Grandgousier, roi véritablement humaniste, pour empêcher la guerre avec Picrochole. Il a tenté de faire appel à la conscience et à la raison de ce dernier. Enfin, il a entrepris de l’indemniser à la fois en nature et en argent pour empêcher le déclenchement des hostilités, là encore sans résultat. La guerre s’avère donc inéluctable.

Le chapitre 33 se situe intégralement dans le camp du roi Picrochole qui s’entretient avec ses conseillers militaires.

Dans la première partie de ce chapitre, l’ambition du souverain est excitée par ses ministres qui, recourant au temps du futur, lui dessinent les contours imaginaires de son empire. Avec force détails, ils imaginent une armée gigantesque destinée à entreprendre la conquête du monde :  le sud de la France, puis l’Espagne, l’Afrique du Nord, la Narbonnaise, la Provence, puis l’Italie, la Grèce, Chypre, Rhodes et Jérusalem, l’Asie mineure, le Moyen-Orient. Mais Picrochole interrompt ses conseillers pour évoquer son conflit personnel avec Grandgousier. C’est dans ce contexte que se présente l’extrait du texte que nous allons étudier ensemble.

Références historiques

Derrière les guerres picrocholines, il faut avoir en tête la rivalité du roi de France, François 1er, avec le roi espagnol, Charles Quint. Ce dernier est critiqué par Rabelais  dans ce passage pour ses prétentions à vouloir dominer le monde. C’est donc pour l'auteur l’occasion de faire l’éloge de François 1er, d’un prince humaniste à l’éducation soignée et défenseur de la paix. L’opposition Grandgousier/Picrochole symbolise ainsi le contraste entre l’humanisme et l’obscurantisme. Nous verrons que le registre comique est associé au registre didactique pour rendre le propos intelligible et percutant.

Lecture

Il vous est proposé de lire cet extrait de manière analytique avec la méthode des 6 GROSSES  CLEFS en utilisant des codes couleur pour examiner le texte sous 6 angles saillants (grammaire, oppositions, 5 sens, conjugaison, champ lexical et figures de style).  

« (…) - Mais, dit-il, que fait pendant ce temps la moitié de notre armée qui déconfit ce vilain poivrot de Grandgousier ?

- Ils ne chôment pas, dirent-ils, nous allons bientôt les rencontrer. Ils vous ont pris la Bretagne, la Normandie, les Flandres, le Hainaut, le Brabant, l'Artois, la Hollande, la Zélande. Ils ont passé le Rhin sur le ventre des Suisses et des Lansquenets. Une partie d'entre eux a soumis le Luxembourg, la Lorraine, la Champagne et la Savoie jusqu'à Lyon. Là, ils ont retrouvé vos garnisons, de retour des conquêtes navales en Méditerranée et se sont rassemblés en Bohême après avoir mis à sac la Souabe, le Wurtemberg, la Bavière, l'Autriche, la Moravie et la Styrie. Puis ils ont foncé farouchement sur Lübeck, la Norvège, la Suède, le Danemark, la Gothie, le Groenland, les pays hanséatiques, jusqu'à la mer Arctique. Cela fait, ils ont conquis les Orcades et mis sous leur joug l'Ecosse, l'Angleterre et l'Irlande. De là, naviguant sur la Baltique et la mer des Sarmates, ils ont vaincu et dominé la Prusse, la Pologne, la Lituanie, la Russie, la Valachie, la Transylvanie, la Hongrie, la Bulgarie, la Turquie et les voilà à Constantinople.

- Rendons-nous vers eux au plus tôt, dit Picrochole, car je veux être aussi empereur de Trébizonde. Ne tuerons-nous pas tous ces chiens de Turcs et de Mahométans ?

- Que diable ferons-nous donc ? dirent-ils. Vous donnerez leurs biens et leurs terres à ceux qui vous auront loyalement servi.

- La raison le veut, dit-il. C'est justice. Je vous donne la Caramanie, la Syrie et toute la Palestine.

- Ah ! dirent-ils, Sire, vous êtes bien bon ! Grand merci ! Que Dieu vous donne toujours prospérité. »/

/Il y avait un vieux gentilhomme, éprouvé en diverses aventures, un vrai routier de guerre, nommé Échéphron. Il dit en entendant ces propos :

« J'ai bien peur que toute cette entreprise ne soit semblable à la farce du pot au lait dont un cordonnier tirait une fortune en rêve. Ensuite, quand le pot fut cassé, il n'eut pas de quoi manger. Qu'attendez-vous de ces belles conquêtes ? Quelle sera la fin de tant d'embarras et de barrages ?

- Ce sera, dit Picrochole, que nous pourrons nous reposer à notre aise quand nous serons rentrés. »

Alors Échéphron dit :

« Et si par hasard vous n'en reveniez jamais ? Le voyage est long et périlleux : n'est-ce pas mieux de se reposer dès à présent, sans nous exposer à ces dangers ?

- Oh ! dit Spadassin, pardieu, voilà un bel idiot ! Allons nous cacher au coin de la cheminée et passons-y notre temps et notre vie avec les dames, à enfiler des perles ou à filer comme Sardanapale ! Qui ne risque rien n'a cheval ni mule, c'est Salomon qui l'a dit.

- Qui se risque trop, dit Échéphron, perd cheval et mule, c'est ce que répondit Marcoul./

/- Assez ! dit Picrochole, passons outre. Je ne crains que ces diables de légions de Grandgousier. Pendant que nous sommes en Mésopotamie, s'ils nous attaquaient par derrière ? Quel serait le remède ?

- Il est facile, dit Merdaille : un beau petit ordre de mobilisation que vous enverrez aux Moscovites vous mettra sur pied en un moment quatre cent cinquante mille combattants d'élite. Oh ! si vous me faites lieutenant à cette occasion, je tuerai un peigne pour un mercier ! Je mords, je rue, je frappe, j'attrape, je tue, je renie !

- Allons ! Allons ! dit Picrochole, qu'on mette tout en train et qui m'aime me suive ! »/

Plan

On peut considérer 3 mouvements dans ce texte :

  1. Une conquête imaginaire,
  2. La prise de parole par un conseiller pacifiste
  3. Victoire du camp belliciste.

​​​​​​​Dans l’article suivant, nous reprendrons ces trois parties dans le détail.

Repère à suivre : analyse linéaire du chapitre 33 de Gargantua de Rabelais

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