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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

La géographie de "la Comédie humaine" et l’importance de Paris (Balzac)

La Comédie humaine se situe au cœur d’une opposition entre deux espaces, Paris et la province. Mais Balzac accorde une importance primordiale à la capitale qui demeure la destination ultime vers laquelle tous les personnages convergent. Or, il existe plusieurs "Paris" sous la plume de l'écrivain : chaque quartier est, en effet, associé à une position sociale déterminée.

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Repères : la Comédie humaine : analyse

Dans l’article précédent, nous avons évoqué dans le détail les larges périodes historiques au regard de la problématique au cœur de ce hors-série : en quoi, la Comédie humaine, basée sur un système conçu et exécuté par Balzac, constitue-t-elle une œuvre annonciatrice du mouvement réaliste ?

Aujourd’hui, nous verrons l’importance de la géographie et notamment de Paris dans la somme romanesque.

Balzac a habité dans la capitale pendant 35 ans et a dû déménager 10 fois souvent pour fuir ses créanciers. Ce qui nous intéresse, c’est le rôle que la capitale joue dans l’œuvre : la géographie est un des piliers du système mis en place.

Comme l’histoire, l’espace entre dans la composition réaliste d’une œuvre. On pense notamment aux longues descriptions de villes ou de paysages qui est la marque de fabrique de l’auteur, connaisseur direct ou indirect des lieux qu’il décrit.

Province/Capitale

La Comédie humaine se situe au cœur d’une dichotomie entre deux espaces : Paris et la province.

On peut le constater dans les Études de mœurs au centre desquelles se trouvent les scènes de la vie de province (cf. Les illusions perdues) qui répondent aux scènes de la vie parisienne.

Mais cette opposition dépasse l’intitulé des deux scènes susvisées. Ainsi les scènes de la vie militaire reprennent le distingo avec le roman les Chouans, dans lequel a lieu une lutte armée entre les Bretons/Normands d’une part, et, d’autre part, les armées du gouvernement révolutionnaire.  

Cette séparation entre Paris et la province constitue donc une ligne de fracture manifeste. Il reste que l'on peut se demander les raisons d'un tel clivage.

Dans la Comédie humaine, la référence à Paris est porteuse de prestige. C'est le lieu par excellence où règnent le bon goût, les bonnes manières, la culture, les affaires. C'est l'endroit où il faut vivre pour ...être. On quitte la province pour réussir dans la vie. Telle est la destinée de deux fameux provinciaux que sont Rastignac et Lucien de Rubempré.

Cette ligne de séparation Paris/Province figure en arrière-fond de très nombreux romans/nouvelles. Elle se révèle le plus souvent au travers des usages provinciaux qui tentent de suivre -sans grand succès- les codes parisiens qui paraissent la norme.

On doit aussi indiquer que la capitale, elle-même, est sujette à divisions par quartier.

Paris

Le système balzacien est fondé sur une savante découpe de la capitale. Sur quel critère principal s’opère la distinction dans la Comédie humaine ?

Il faut d’abord considérer la Rive gauche de la Rive droite avec la Seine comme ligne de fracture. Cette démarcation doit être comprise si l’on veut pénétrer dans l’œuvre. La situer, c'est comprendre d'où vient le personnage et quelle est son ambition.

Par ailleurs, chaque quartier au sein de chaque rive est lui-même associé à une position sociale déterminée.

Notons enfin que la Seine ne joue aucun rôle poétique ; au contraire, ce fleuve ne présage rien de bon puisqu’il illustre la tentation du désespoir et du suicide (Valentin dans la Peau de Chagrin).

Rive gauche

Dans cette configuration, trois quartiers sont à considérer :

  • Le quartier Saint-Germain,
  • Le Quartier latin,
  • Le quartier du Faubourg St Marceau (entre le 5e et le 13e arrondissement actuels)

Le quartier Saint-Germain

On y trouve le lieu d’élection de l’aristocratie traditionnelle, celle attachée à l’Ancien régime. C’est une caste qui vit figée et repliée dans ses us et coutumes, fermant la porte à la noblesse plus récente et à des unions avec des membres de la nouvelle société. Elle reste donc dans l’entre-soi.

La fortune de ces proscrits durant la Révolution s’est trouvée amoindrie et incapable de relever le défi lancé par les enjeux économiques de la Restauration et de la Monarchie de Juillet.

Cette noblesse ne possède plus que son arrogance et son orgueil pour briller : la duchesse de Langeais en est la digne représentante.

Le quartier latin

C’est le siège de la jeunesse étudiante et des personnes qui se lancent dans la vie (journalistes, écrivains en herbe, etc…). La pension Vauquer abritant le père Goriot en pleine déchéance sociale se situe à la jonction du Quartier latin et du faubourg St Marceau.

Le quartier du Faubourg St Marceau

C’est le quartier le plus miséreux de cette rive et de Paris.

 

Venons-en à la Rive droite pour voir le large éventail de quartiers qui la composent.

Rive droite

Il s’agit du Paris du début du XIXe siècle avant les transformations opérées par le préfet Haussmann. C’est la rive la plus peuplée et la plus prospère. Elle comprend ainsi les restaurants, les théâtres, les magasins de luxe, les lieux de plaisir (jeux et prostitution).

  • Le marais : quartier sombre et calme, un peu retiré avec ses anciens hôtels particuliers appartenant à l’aristocratie désargentée. C’est aussi le lieu des demi-fortunes. (Cf. Cousin Pons)
  • Le Faubourg St Honoré : quartier logeant une aristocratie ancienne, mais d’une noblesse de robe et non d’épée comme celle du faubourg Saint-Germain. De nombreux salons y sont ouverts et font bon accueil aux idées nouvelles libérales, aux banquiers et aux artistes.
  • La Chaussée d’Antin : quartier des banquiers, des comédiennes, des nouveaux riches. Il s’y passe beaucoup d’intrigues et d’interactions. C’est l’endroit à la mode en 1830. Et c’est la raison pour laquelle c’est le lieu de prédilection de la Comédie humaine.
  • Le Second Paris : le quartier de la Nouvelle Athènes, Notre-Dame de Lorette, St Georges : lieu des femmes de petites vies (lorettes) : femmes entretenues, artistes, danseuses. Balzac brosse le portrait flatteur de ces femmes libres qui contrastent avec la froideur des femmes de la Haute société.
  • Parc Monceau : c’est le lieu de retraite sur la Rive droite pour ceux qui ont connu des revers de fortunes après 1830.
  • Les Champs-Élysées : la partie basse de la célèbre avenue permet des promenades en voitures où il faut se montrer, être vus par le Tout-Paris. Le haut des Champs-Élysées est en cours de construction avec ses futurs hôtels particuliers.

Dans l’article suivant, nous verrons les thèmes récurrents dans la Comédie humaine.

Source : Éric Hazan, Balzac, Paris, La Fabrique Éditions, 2018

repère à suivre : les thèmes récurrents dans la Comédie humaine

 

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