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Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Une confrontation avec le passé dans "le testament français" (A.Makine)

 

Dans le testament français d’Andreï Makine, Aliocha apprend par sa grand-mère le viol qu’elle a subi. Loin d’être brisée par cette confidence, Charlotte lui paraît au contraire lumineuse, Est-ce de la résilience ?

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(Litteratus)

 

Repères : résilience : résilience littéraire

 

Dans l’article précédent, nous avons rappelé la notion de résilience littéraire et posé la problématique de notre étude : le fait d’écrire, un facteur de résilience ? Après Primo Levi et Jorge Semprun, nous tenterons d’y répondre en nous fondant sur le testament français d’Andreï Makine, œuvre à visée autobiographique. Le narrateur russe évoque son identité française qu’il finit par rejeter. C’est l’heure de la confrontation avec le passé comme nous le verrons aujourd’hui.

 

Résilience

Dès l’arrivée d’Aliocha, Charlotte perçoit sa violence. Elle la désamorce en se livrant non sur la légende française dont on a vu que la greffe ne prenait plus, mais sur sa part russe.

 

C’est la première fois que sa grand-mère évoque son passé et sa qualité d’étrangère en terre soviétique. Le petits-fils a connaissance de fragments de cette vie brisée et craint de se trouver confronté à un pathos. L’adolescent n’est guère dans l’empathie. Mais la confession qu’il entend le saisit.

 

Il assiste à une mise en mots d’une tragédie, du traumatisme d'un viol et d’une quasi-mort. Et pourtant cette expérience est comprise et assumée par sa victime.

 

Aliocha découvre sa grand-mère sous un autre jour, solitaire et vulnérable et pourtant lumineuse.

 

On entre dans un schéma de résilience.

 

Charlotte a été sauvée par l’amour de son mari. Cet amour-là lui a permis d’aimer la vie et l’immensité russe en dépit de la violence dont elle a continué à faire l'objet. Sa vie s’est, en effet, heurtée à la guerre, à la discrimination et à la séparation avec son époux avant sa disparition.

 

Cependant dans cette explication se fait jour une autre réconciliation.

 

Entre-deux-langues

Aliocha découvre que sa propre place dans le monde le situe entre deux mondes, français et russe. C’est un emplacement qui cesse d’être inconfortable pour le jeune adolescent : il se trouve réconcilié avec lui-même.

 

Il comprend que sa révolte lui rend l’accès au français, mais cette langue est devenue curieusement moins fluide ; il commet ainsi des lapsus et il découvre intuitivement une langue intermédiaire. Désormais, il parle le français comme on parle une langue étrangère.

 

Ce qui l’intéresse désormais, c’est l’entre-deux-langues et son caractère universel :

« Et c’est ce jour-là que, pour la première fois, cette pensée exaltante me traversa l’esprit : Et si l’on pouvait exprimer cette langue par écrit. » (page 279)

 

Aliocha entre dans un rapport à l’écrit ; c’est devenu sa nécessité. Avec cette idée particulière, il tente sa chance, quitte l’Union soviétique. Il s’exile à Paris et obtient le statut de réfugié politique. Il laisse au pays sa grand-mère dont il n’a pas fini de se souvenir.

 

Dans un prochain article, nous verrons l’art d’écrire, l’art du récit.

 

Repère à suivre : l’art d’écrire, l’art de la retranscription orale.

 

 

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