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Analyse-Livres & Auteurs-Culture

L’acte d’écrire chez Jorge Semprun

 

L’expérience de Buchenwald s’impose à Semprun qui tient enfin son sujet, ce qui donnera lieu à la publication de l’écriture ou la vie. L’écrivain peut se réconcilier avec lui-même.

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(Litteratus)

 

Repères : résilience : résilience littéraire

 

Dans l’article précédent, nous avons rappelé la notion de résilience littéraire et posé la problématique de notre étude : le fait d’écrire, un facteur de résilience ? Après Primo Levi, nous tenterons d’y répondre en nous fondant sur l’acte d’écrire chez Jorge Semprun au travers de son livre, l’écriture ou la vie* (1994).

 

On a vu que Jorge Semprun a fait le choix de vivre qui passe par la défaite apparente de l’écriture. Nous verrons aujourd’hui l’art d’écrire comme processus de résilience.

 

Oubli

Semprun a ainsi vécu pendant 15 ans dans un oubli manifeste lui donnant le goût pour l’action  politique et pour la vie en général. En 1961, il publie un livre intitulé, le grand voyage, récit autobiographique du convoi de déportation qui l’a mené à Buchenwald. C’est un succès de librairie. Une nouvelle séquence de sa vie, moins heureuse, s’ouvre alors devant lui :

« Je payais cette réussite qui allait changer ma vie, par le retour en force des anciennes angoisses. » (page 293)

L’écriture avec son lot de tourments ne le quitte plus.

 

Intrusion

Le jour du suicide de Primo Levi, le 11 avril 1987, qui est aussi la date de la libération du camp, s’ouvre une séquence déterminante. C’est le jour de l’intrusion du sujet trop longtemps repoussé.

Lequel ? L’expérience de Buchenwald s’impose malgré lui.

Semprun tient son sujet et son titre, « l’écriture ou la mort » (page 299). Le livre vient de naître enfin. Semprun peut se réconcilier avec lui-même. L’écrivain est prêt.

Il changera le titre par l’écriture ou la vie. La vie prévaut surtout depuis sa visite du camp de Buchenwald dont il a eu besoin pour vérifier des données avant la publication de son livre.

 

Résilience

Cette visite dans le camp le bouleverse, car il fait la découverte d’une circonstance inconnue. En arrivant en 1943 à Buchenwald, Semprun s’est déclaré comme étudiant. Mais c’est en qualité d’ouvrier spécialisé, « Stukkateur » (page 381), qu’il a été inscrit sur sa fiche de déporté.

Cette circonstance lui a sauvé la vie, car un travailleur manuel avait plus de chance de survie qu’un intellectuel.

 

Semprun éprouve est un sentiment de reconnaissant infini pour le communiste allemand qui a eu ce geste d’humanité si lourd de conséquences.

 

Ce bouleversement lui permet d’aller au bout du projet d’écriture qui se clôt par le souvenir de la beauté des lieux au milieu même du Mal :

« Sur la crête de l’Ettersberg, des flammes orangées dépassaient le sommet de la cheminée trapue du crématoire. » (page 396)

 

Dans l’article suivant, il sera question de la résiliation littéraire au travers du récit autofictif d’Andreï Makine, le testament français.

 

Source :

J. Semprun, l’écriture ou la vie, folio

 

Repère à suivre : une résilience rapportée chez Andreï Makine

 

 

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