La Gazette Littéraire, le journal à thèmes

Condamné pour haute trahison le 22 décembre 1894 à la déportation et à la dégradation militaire, Alfred Dreyfus part de Paris le 17 janvier 1895 pour rejoindre la citadelle de Saint-Martin-de-Ré, lieu de regroupement des condamnés aux travaux forcés. Il y reste jusqu'au 21 février 1895, date de son embarquement en direction du bagne de l'île du Diable (en Guyane).


L'«Affaire Dreyfus» commence un an plus tard. Elle va secouer l'opinion publique pendant plusieurs décennies et diviser profondément les français entre les tenants de sa culpabilité nécessaire et les partisans de son innocence véritable.

 

Alfred Dreyfus adresse à sa femme, Lucie, une lettre très émouvante.


Intéressons-nous au support qui vous est présenté : la missive est rédigée sur un simple bordereau administratif !


« 31 janvier 1895. — Jeudi



Ma chère Lucie,

Enfin voici de nouveau le jour heureux où je puis t'écrire. Je les compte, hélas, les jours heureux ! En effet, je n'ai plus reçu de lettres de toi depuis celle qui m'a été remise dimanche dernier. Quelle souffrance épouvantable ! Jusqu'à présent, j'avais chaque jour un moment de bonheur en recevant ta lettre. C'était un écho de vous tous, un écho de toutes vos sympathies qui réchauffait mon pauvre cœur glacé. Je relisais ta lettre quatre ou cinq fois, je m'imprégnais de chaque mot,— peu à peu les mots écrits se transformaient en paroles dites… il me semblait bientôt t'entendre me parler tout près de moi. Oh ! musique délicieuse qui allait à mon âme ! Puis, depuis quatre jours, plus rien, la morne tristesse, l'épouvantable solitude.

Je me demande vraiment comment je vis ; nuit et jour mon seul compagnon est mon cerveau, aucune occupation si ce n'est celle de pleurer sur nos mal­heurs.

La nuit dernière, quand j'ai pensé à toute ma vie passée, à tout ce que j'ai peiné, travaillé, pour acqué­rir une situation honorable… (...)»

 

Source : Musée d'art et d'histoire du Judaïsme

 

 

 

 

Prochain article à suivre : lorsque l'affaire Dreyfus prend une tournure décisive : la lettre ouverte de Émile Zola publiée dans l'Aurore .

 

Pour en savoir plus sur l'affaire Dreyfus  (http://www.dreyfus.culture.fr/fr/) : link

gazette-tetiere.jpgSi vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être connaître la suite en lisant une lettre ouverte de Zola au Président de la République

Jeu 15 oct 2009 4 commentaires
Quelle infâmie commise envers ce pauvre Capitaine ...
lizagrèce - le 15/10/2009 à 08h14
Une infamie qui a duré longtemps : la justice est souvent aveugle ! l'opération qui consiste à lui rendre la vue prend du temps ! quels ravages !
Litteratus
Je veins de cliquer sur un de es liens sponsorisés ... Bien utile celui du Minsitère de la Justice- beaucoup d'adresses qui peuvent servir
lizagrèce - le 15/10/2009 à 08h15
Ce site est didactique et plein de ressources et d'émotions... l'état français  lui devait bien ça !
Litteratus

C'est déchirant! Zola pour Dreyfus, Voltaire pour Callas, le soutien de ces grands  hommes a peut-être au moins permis que de telles injustices ne tombent pas dans l'oubli de l'Histoire et  fassent réfléchir une partie des générations qui ont suivi.

La mansardienne - le 15/10/2009 à 10h25
Je suis d'accord, j'en avais même les larmes aux yeux quand je suis tombée sur cette correspondance: le support et le contenu sont insupportables à voir. Heureusement qu'il y a des intellectuels, des justes, pour se dresser contre l'injustice.
Qui a entendu quelqu'un pour Outreau ? est-ce qu'on a pris la mesure du problème ? je ne crois pas et c'est bien triste !
Litteratus
C'est bien de nous rappeler cette affaire terrible et de la replacer dans son contexte à l'aide du lien ! on peut revivre les faits sous un angle moins historique et plus littéraire avec les émotions et les déchirements des protagonistes de cette malehureuse histoire. Un grand merci !
Fred - le 16/10/2009 à 13h23
La confrontation entre l'histoire et la littérature est passionnante ! merci pour votre commentaire !
Litteratus