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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Lettre de reproches de George Sand à Musset

Le thème de la correspondance dans la littérature offre un vaste panel d'émotions comme les reproches. Musset a écrit à George Sand un courrier plein de colère.

 

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Repères: thème de la correspondance : Lettre d'amour (3) 

Dans l'article précédent, nous avons vu la déclaration d'amour de Musset pour George Sand, mais cette idylle va tourner court. 

Mansarde bleue

Les moments de félicité se transforment en reproches...

La relation à la Mansarde entre George Sand et Musset est révélée sur la place publique. elle a tôt fait de devenir scandaleuse.

Les intéressés trouvent d'ailleurs leur vie commune un peu monotone...

Venise

Un seul remède, le départ...

Les deux amants partent pour l'Italie, le 12 décembre 1833. Ils s'installent à Venise.

Malheureusement, le séjour ne sera pas heureux ainsi que nous en instruit George Sand lorsqu'elle relate cette période à Musset...

« De quel droit m'interroges-tu sur Venise ? Étais-je à toi à Venise ? Dès le premier jour quand tu m'as vue malade, n'as-tu pas pris de l'humeur en disant que c'était bien triste et bien ennuyeux une femme malade ? Et n'est-ce pas du premier jour que date notre rupture ? Mon enfant, moi, je ne veux pas récriminer, mais il faut bien que tu t'en souviennes, toi qui oublie si aisément les faits. Je ne veux pas te dire tes torts, jamais je ne t'ai dit seulement ce mot-là, jamais je ne me suis plainte d'avoir été enlevée à mes enfants, à mes amis, à mon travail, à mes affections et à mon travail pour être conduite à trois cent lieues et abandonnée avec des paroles si offensantes si navrantes sans aucun autre motif qu'une fièvre tierce, des yeux abattus et la tristesse profonde où me jetait ton indifférence. Je ne me suis jamais plainte, je t'ai caché mes larmes, et ce mot affreux a été prononcé, un certain soir que je n'oublierai jamais, dans le casino Danieli : « George, je m'étais trompé, je t'en demande pardon, mais je ne t'aime pas » Si je n'eusse été malade, si on n'eût dû me saigner le lendemain, je serais partie; mais tu n'avais pas d'argent, je ne savais pas si tu voudrais en accepter de moi, et je ne voulais pas, je ne pouvais pas te laisser seul, en pays étranger, sans entendre la langue et sans un sou. La porte de nos chambres fut fermée entre nous, et nous avons essayé là de reprendre notre vie de bons camarades comme autrefois ici, mais cela n'était plus possible. Tu t'ennuyais, je ne sais ce que tu devenais le soir, et un jour tu me dis que tu craignais... Nous étions tristes. Je te disais : « Partons, je te reconduirai jusqu'à Marseille », et tu répondais : « Oui, c'est le mieux, mais je voudrais travailler un peu ici puisque nous y sommes. » Pierre venait me voir et me soignait, tu ne pensais guère à être jaloux, et certes je ne pensais guère à l'aimer. Mais quand je l'aurais aimé dès ce moment-là, quand j'aurais été à lui dès lors, veux-tu me dire quels comptes j'avais à te rendre, à toi, qui m'appelais l'ennui personnifié, la rêveuse, la bête, la religieuse, que sais-je ? Tu m'avais blessée et offensée, et je te l'avais dit aussi : «Nous ne nous aimons plus, nous ne nous sommes pas aimés . »

Lettre publiée dans la revue de Paris 1er novembre 1896 concernant la période du mois de février 1834, extrait d'Une histoire d'amour, George Sand et Alfred de Musset, de Paul Marieton, (1897) (source Gallica)

repères à suivre: Le temps de la rupture (Madame Bovary)

 

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Mongrain de Selpartout 28/10/2009 14:56


J'aime bien toutes ces lettres, mais il manque quelque chose... pas de sel, ni de poil : c'est  juste dommage de ne pas avoir les lettres en réponse, comme cela on serait des parfaits
curieux...
un grand merci pour tout ce travail de recherche !


LITTERATUS 28/10/2009 15:11


J'ai déjà pris beaucoup de temps pour trouver les lettres...  trouver les réponses m'aurait pris des années ... En fait, on n'a pas besoin d'être des parfaits curieux, non ?


La mansardienne 13/10/2009 10:18


Quand les récriminations et les reproches prennent le pas sur l'amour...Heureusement un certain docteur "Pagello" je crois, consola pour un temps notre chère George. Comme je suis
curieuse et que ce thème que tu proposes me passionne, je suis allée lire quelques unes de ces lettres sur Gallica...


LITTERATUS 13/10/2009 19:20


Gallica, c'est une mine d'informations. Ce docteur avait "consolé" ce pauvre George toute abandonnée à sa tristesse !


Cath 11/10/2009 19:37


quelle merveille cette lettre de la part d'une femme humiliée et abandonnée... les reproches formulés dans ces conditions méritent une place de choix... merci litteratus !


LITTERATUS 13/10/2009 19:18


C'est effectivement remarquablement écrit !


lizagrèce 11/10/2009 14:55


Même le bel  Alfred est comme beaucoup d'hommes.. Il sait  trouver "le bon moment" pour engager la rupture ...


LITTERATUS 13/10/2009 19:17


De préférence dans des épisodes de maladie... quel courage !!


Val 11/10/2009 12:57


Quelle belle lettre, même si c'est une lettre de reproches... Musset se présente sous un jour assez peu reluisant !


LITTERATUS 13/10/2009 19:17


Ce grand auteur n'en est pas moins homme !