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Gazette littéraire

À contre-courant (5)

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Résumé : un procès en appel s'ouvre sur une plaidoirie consacrée à une personne absente :  Marion Boyer. Cette dernière est décrite comme une jeune fille difficile qui a longtemps refusé les attributs de sa féminité. A force de travail et de résolutions, elle intègre une école militaire et paradoxe, elle finit par s'accepter. Elle est dans cet état d'esprit lorsqu'elle organise un voyage avec des amis dans le Grand Sud Saharien. Le voyage tourne court avec des forces rebelles qui empêchent leur progression. Ils aperçoivent une femme dans le convoi, Marion, et réclame sa présence auprès d'eux. Un chantage odieux s'opère. La jeune fille cède. Traumatisée, elle revient en France et demeure prostrée. Sa thérapie la conduit à exprimer un besoin qui étonne son entourage. Elle veut changer de sexe. L'opération a lieu à l'étranger mais le jeune opéré décède d'une septicémie.

Le procès touche à sa fin.

***

Sortant de son mutisme, le représentant du Parquet s'opposa en quelques mots brefs à cette demande, considérant que la décision de première instance devait être confirmée, au motif que les parents devaient être déclarés irrecevables à agir, sachant que les actions en changement d'état civil sont personnelles et incessibles. Selon son argumentation, seule Marion aurait pu intenter cette action et nullement ses parents même pour son compte. Il martela que l'action s'était éteinte en même temps que... leur fille. Le représentant de l'État se rassit lourdement. Monsieur et Madame Boyer avaient les larmes aux yeux.

 

D'un ton neutre, la Présidente de la Chambre prit alors la parole et mit l'affaire en délibéré.

 

 

La pression dans la salle retomba aussitôt. L'intensité émotionnelle avait été à son comble. Même les magistrats pourtant habitués à entendre des affaires sensibles avaient été émus du parcours de Marion Boyer et du cheminement de ses parents.


Rentrant dans la petite salle contiguë, Madame Baryton interpella la Présidente un instant. Une question la tiraillait depuis le début.

- Pourquoi avoir donné de l'importance à la plaidoirie de cet avocat ? Vous savez bien que nous ne pourrons donner raison à ces parents éplorés. Il était inutile d'évoquer l'affaire au fond ! C'est leur donner un espoir inutile ! L'action ne pouvait être engagée que par leur fille ! Nous sommes tous d'accord sur ce point.

- Vous avez tout à fait raison, répliqua la Présidente. Mais nous aussi, nous pouvons être à contre-courant des choses établies. Nous devons laisser à ces parents le sentiment d'avoir été écoutés, à défaut d'avoir été entendus. La justice est faite pour ça aussi, on l'oublie trop souvent. La Cour fera preuve de pédagogie dans son arrêt. C'est ce qu'on appelle l'art de rendre la justice, conclut-t-elle. Terrible affaire dans tous les cas ! 




Sources :

  • Boule de Suif, Maupassant,
  • l'article 8 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales,
  • les articles 9 et 57 du Code civil et le principe de l'indisponibilité de l'état des personnes ;

 

 

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lyly 02/06/2011 09:36



Les parents sont allés au bout des choses en tout cas, ce qui est positif !


Quelle triste destinée pour Marion...


Belle journée, bises, Lyly 


 



Litteratus 02/06/2011 14:00



Dépasser ses propres jugements pour accepter le choix de l'autre... leçon de vie !



flora 31/05/2011 17:23



J'ai pris du retard dans la lecture mais j'ai pu lire ainsi cette histoire originale dans sa continuité. La conclusion de la présidente est rassurante: la justice peut aussi être humaine...



Litteratus 31/05/2011 19:04



humaine car elle ne peut jamais l'être trop !



lizagrèce 31/05/2011 13:11



Il y a une suite ?... Aurons-nous le compte-rendu de l'appel ?


J'avoue quêtre écouté au lieu d'être entendu - c'est mieux que rien - mais c'est tout de même cruel


http://maisondeliza.over-blog.fr



Litteratus 31/05/2011 14:53



On était déjà au niveau de l'appel. C'est la dure loi de la justice qui s'est rendue humaine dans cette affaire...