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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le droit de vie ou de mort du père (Mérimée)

Nous verrons la figure du père justicier. Il exerce un véritable droit de vie ou de mort sur son fils comme nous allons le découvrir dans l'extrait saisissant de la nouvelle de Mérimée, Matéo Falcone.

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Repères : thème du père : présentation

 

Nous poursuivons notre présentation du père dans la littérature. C'est l'occasion de mettre en relief différentes figures du père, selon une gradation passant du "bon" père au père tyrannique selon l'ordre suivant :

Nous avons lu un extrait du Cid de Corneille nous verrons aujourd'hui la dernière figure, si vous le voulez bien, celle du père qui exerce son droit de vie ou de mort sur son fils. Nous allons découvrir l'extrait saisissant de la nouvelle de Mérimée, Matéo Falcone.

 

Matéo Falcone

Il vous est proposé de lire un extrait d'un récit effroyable d'une justice rendue par le père à l'encontre de son fils.

En Corse, Matéo Falcone et sa femme ont laissé leur fils Fortunato, « l'espoir de la famille, l'honneur du nom », âgé de dix ans garder leur maison.

Durant leur absence, l'enfant voit arriver un hors-la-loi réclamant un abri. Indécis, l'enfant finit par accepter de le cacher en contrepartie d'une pièce de cinq francs. Cependant les forces de l'ordre poursuivant le fugitif obtiennent du jeune garçon de révéler la cachette de l'homme en échange d'une montre.

La "justice" d'un père

De retour, les parents apprennent avec consternation la trahison de leur fils. Le père applique le code de l'honneur sans faiblir.

La scène qui suit réunit le père, la mère et l'enfant.

                                                                                    ****

"Femme, dit-il, cet enfant est-il de moi ? ” Les joues brunes de Giuseppa devinrent d'un rouge de brique.

“ Que dis-tu, Mateo ? et sais-tu bien à qui tu parles ?

- Eh bien, cet enfant est le premier de sa race qui ait une trahison. ”

Les sanglots et les hoquets de Fortunato redoublèrent, et Falcone tenait ses yeux de lynx toujours attachés sur lui. Enfin il frappa la terre de la crosse de son fusil, puis le jeta sur son épaule et reprit le chemin du maquis en criant à Fortunato de le suivre. L'enfant obéit.

Giuseppa courut après Mateo et lui saisit le bras.

“ c'est ton fils, lui dit-elle d'une voix tremblante en attachant ses yeux noirs sur ceux de son mari, comme pour lire ce qui se passait dans son âme.

- Laisse-moi, répondit Mateo : je suis son père. ” Giuseppa embrassa son fils et entra en pleurant dans sa cabane. Elle se jeta à genoux devant une image de la Vierge et pria avec ferveur cependant Falcone marcha quelque deux cents pas dans le sentier et ne s'arrêta que dans un petit ravin où il descendit. Il sonda la terre avec la crosse de son fusil et la trouva molle et facile à creuser L'endroit lui parut convenable pour son dessein.

“ Fortunato, va auprès de cette grosse pierre. ” L'enfant fit ce qu'il lui commandait, puis il s'agenouilla.

“ Dis tes prières.

- Mon père, mon père, ne me tuez pas.

- Dis tes prières ! ” répéta Mateo d'une voix terrible.

L'enfant, tout en balbutiant et en sanglotant, récita le Pater et le Credo. Le père, d'une voix forte, répondait Amen ! à la fin de chaque prière.

“ Sont-ce là toutes les prières que tu sais ?

- Mon père, je sais encore l'Ave Maria et la litanie que ma tante m'a apprise.

- Elle est bien longue, n'importe. ” L'enfant acheva la litanie d'une voix éteinte.

“ As-tu fini ?

- Oh ! mon père, grâce ! pardonnez-moi ! Je ne le ferai plus ! Je prierai tant mon cousin le caporal qu'on fera grâce au Gianetto ! ”

Il parlait encore ; Mateo avait armé son fusil et le couchait en joue en lui disant :

“ Que Dieu te pardonne ! ” L'enfant fit un effort désespéré pour se relever et embrasser les genoux de son père ; mais il n'en eut pas le temps. Mateo fit feu, et Fortunato tomba roide mort.

Sans jeter un coup d'oeil sur le cadavre, Mateo reprit le chemin de sa maison pour aller chercher une bêche afin d'enterrer son fils. Il avait fait à peine quelques pas qu'il rencontra Giuseppa, qui accourait alarmée du coup de feu.

“ Qu'as-tu fait ? s'écria-t-elle.

- Justice.

- Où est-il ?

- Dans le ravin. Je vais l'enterrer. Il est mort en chrétien ; je lui ferai chanter une messe. Qu'on dise à mon gendre Tiodoro Bianchi de venir demeurer avec nous. ”

Matéo Falcone, Mérimée, http://fr.wikisource.org/wiki/Mateo_Falcone

repère à suivre : l'étude

 

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Commenter cet article

Jean-Yves 10/09/2010 10:50



Terrible cette situation ! Comment un père peut-il faire ça ou même ne serait-ce que le penser ? Comme tu le disais dans ton précédent article "un père a aussi  pour tâche d'inculquer des valeurs morales à son enfant"   est-ce donc la faute du père si son enfant a trahi ?
JEna-Yves



Litteratus 10/09/2010 14:33



Parfaitement vu !



Pascal 15/06/2010 23:10



Ils sont marteaux ...  



Litteratus 16/06/2010 18:59



L'auteur n'avait pas pensé aux marteaux...



lyly 15/06/2010 18:20



Bonsoir L


Affreusement macabre cette lecture !


C'est vraiment un coeur de pierre ce portrait !


ça fait froid dans le dos !


Bises et belle soirée, Lyly



Litteratus 15/06/2010 19:56



Terrible en effet...



flora 15/06/2010 09:00



L'honneur peut-elle rimer avec la folie?...En tout cas, une certaine idée folle de l'honneur.



Litteratus 15/06/2010 20:04



Intransigeance meurtrière !



Prioul Serge 15/06/2010 07:26



7h22. Merci de nous faire relire Mérimée dès le réveil. Il y avait longtemps... Oui, cette histoire paraîtra terrible mais on se rassurera en imaginant que la trahison dans les familles qui
plaçaient le code de l'honneur avant tout le reste était sans doute bien rare.



Litteratus 15/06/2010 20:03



L'exactitude est au rendez-vous, cher Lecteur. Ce qui n'est pas le cas de la nouvelle de Mérimée  dont on ne connaît pas la source. On pousserait presque un soulagement qu'il n'ait pas
extrait cette histoire d'un fait divers précis...