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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le père créancier de son fils (Stendhal)

 

Nous verrons la figure du père qui réclame de l'argent à son fils sous la plume de Stendhal dans le Rouge et le Noir que nous avons longuement étudié dans nos colonnes.

 

thème, père, créancier, fils, Stendhal, le rouge et le noir

 

Repères : thème du père : présentation

Nous poursuivons notre présentation du père dans la littérature. C'est l'occasion de mettre en relief différentes figures du père, selon une gradation passant du "bon" père au père tyrannique selon l'ordre suivant :

Nous avons lu un extrait d'Eugénie Grandet de Balzac, nous verrons aujourd'hui la figure suivante, si vous le voulez bien, celle du père qui réclame de l'argent à son fils. C'est  Stendhal qui nous accompagnera dans un extrait du Rouge et le Noir que nous avons longuement étudié dans nos colonnes.

Une obligation naturelle 

Quels pourraient être les dernières moments passés entre un père et un fils ? Spontanément, on penserait à des moments de vérité  ! Mais il existe des situations inédites et terribles...

La Gazette vous propose de lire un extrait d'un face à face unique entre un père et son fils, condamné à mort.

Vous pourrez apprécier la description magistrale de l'appréhension du fils, de ses pleurs devant les reproches du père.

Remboursement

Seulement, il n'est pas si courant d'assister à une demande étonnante du père : le remboursement des frais occasionnés par l'éducation du fils. Une obligation naturelle ? pas pour tout le monde....
 

« Un événement presque plus désagréable encore l’attendait pour le lendemain. Depuis longtemps, son père annonçait sa visite ; ce jour-là, avant le réveil de Julien, le vieux charpentier en cheveux blancs parut dans son cachot.

Julien se sentit faible, il s’attendait aux reproches les plus désagréables. Pour achever de compléter sa pénible sensation, ce matin-là il éprouvait vivement le remords de ne pas aimer son père.

Le hasard nous a placés l’un près de l’autre sur la terre, se disait-il pendant que le porte-clefs arrangeait un peu le cachot, et nous nous sommes fait à peu près tout le mal possible. Il vient au moment de ma mort me donner le dernier coup.

Les reproches sévères du vieillard commencèrent dès qu’ils furent sans témoin.

Julien ne put retenir ses larmes. Quelle indigne faiblesse ! se dit-il avec rage. Il ira partout exagérer mon manque de courage ; quel triomphe pour les Valenod et pour tous les plats hypocrites qui règnent à Verrières ! Ils sont bien grands en France, ils réunissent tous les avantages sociaux. Jusqu’ici je pouvais au moins me dire : Ils reçoivent de l’argent, il est vrai, tous les honneurs s’accumulent sur eux, mais moi j’ai la noblesse du cœur.

Et voilà un témoin que tous croiront, et qui certifiera à tout Verrières, et en l’exagérant, que j’ai été faible devant la mort ! J’aurai été un lâche dans cette épreuve que tous comprennent !

Julien était près du désespoir. Il ne savait comment renvoyer son père. Et feindre de manière à tromper ce vieillard si clairvoyant se trouvait en ce moment tout à fait au-dessus de ses forces.

Son esprit parcourait rapidement tous les possibles.

— J’ai fait des économies ! s’écria-t-il tout à coup.

Ce mot de génie changea la physionomie du vieillard et la position de Julien.

— Comment dois-je en disposer ? continua Julien plus tranquille : l’effet produit lui avait ôté tout sentiment d’infériorité.

Le vieux charpentier brûlait du désir de ne pas laisser échapper cet argent, dont il semblait que Julien voulait laisser une partie à ses frères. Il parla longtemps et avec feu. Julien put être goguenard.

— Eh bien ! le Seigneur m’a inspiré pour mon testament. Je donnerai mille francs à chacun de mes frères et le reste à vous.

— Fort bien, dit le vieillard, ce reste m’est dû ; mais puisque Dieu vous a fait la grâce de toucher votre cœur, si vous voulez mourir en bon chrétien, il convient de payer vos dettes. Il y a encore les frais de votre nourriture et de votre éducation que j’ai avancés, et auxquels vous ne songez pas...

Voilà donc l’amour de père ! se répétait Julien l’âme navrée, lorsqu’enfin il fut seul.»

Le rouge et le noir, Stendhal, wikisource (chapitre 44)

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Rouge_et_le_Noir/Tome_second/Chapitre_XLIV

repère à suivre : code de l'honneur d'un père

 

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Jean-Yves 20/08/2010 16:16



Pour la suite je reviendrai plus tard ton précédent article à rouvert des blessure et mes yeux sont remplis, tel une chutte d'eau...
Mais ne t'inquiète pas... les larmes devaient de toutes façon sortir.
À bientôt
Jean-Yves



Litteratus 20/08/2010 16:31



Console-toi tranquillement, cher Jean-Yves, tu surmonteras cette blessure par ta peinture, tes lectures, tes rencontres. amitiés



Jean-Yves 20/08/2010 16:14



C'est terrible de demander de l'argent à ses enfants... c'est pour moi du vécu ! Et cela ne reste pas un moment agréable. Au début de ma vie professionnelle j'ai dabord vécu chez mes
parents... et content d'avoir trouver un travail je me faisait une joie de participer aux dépenses communes... L'avarice du père me pris de vitesse et me somma de lui donner une certaine somme
d'argent tous les mois... sans quoi la porte était ouverte. Ce qu'il ne savait pas c'est que j'étais prêt à lui faire la surprise et de lui donner une part de mon salaire à lui et à
maman... cet imbécile à tout gâcher avec sa façon rustre qu'il a eu de me le demander... Ce jour j'ai cherché le premier appartement de libre et je me suis mis en ménage...


Et là je vais me dépêcher d'essuyer mes larmes avant que mon ami (le fameux Byron que j'aurais aimé avoir comme père) n'arrive dans le bureau, car il doit arriver d'un instant à l'autre pour me
dire aurevoir car il part 3 semaines en vacances...
Jean-Yves



Litteratus 20/08/2010 16:29



Je suis très touchée par ce témoignage d'amour d'un fils non compris par son père....


Profite de ce père inattendu et qui remplit le vide bêtement laissé par la vie....



lizagrèce 14/06/2010 14:37



Absolument (et heureusement )



Litteratus 14/06/2010 14:38



!



ASP 14/06/2010 14:23



Quel cynisme !! Au-moins, les choses sont claires !!!  A choisir entre un père absent et un père détestable, je me demande si je ne préfèrerais pas le second ... Quoique !



Litteratus 14/06/2010 14:32



Je ne peux pas faire de choix...



lyly 14/06/2010 06:24



Bonjour L


Je pense qu'il ne peut y avoir pire paroles en ces circonstances !


Tu conduis ce thème de façon magistrale !


Merci pour tous ces partages


Belle journée, bises, Lyly 



Litteratus 14/06/2010 11:20



On touche en effet au comble de la misère d'une relation parent/enfant.


Demain, ce sera encore pire avec le dernier article de la série...