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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Une exclamation bien dérangeante (4)

 

 

Une exclamation bien dérangeante (4)

Repères : thème de l'illusion : le feuilleton


Résumé : Clémence Petit exerce la profession d'écrivain public avant qu'une rencontre ne la conduise à rédiger pour le compte d'autrui des autobiographies. Son entreprise est florissante sur la commune d'Orléans. Elle attend une nouvelle cliente, Juliette Desmoulin, qui arrive avec retard. Surprise ! La nouvelle venue ne correspond pas aux clients habituels de l'écrivain : elle est jeune et jolie et surtout en sa qualité de journaliste parisienne, elle semble avoir de l'aisance rédactionnelle. Cette dernière souhaite offrir son autobiographie et s'en remet totalement à Clémence, un peu stupéfaite. La première séance la conforte dans l'étrangeté de la situation. La deuxième séance pose le personnage d'une femme éprise de liberté qui ne s'intéresse qu'aux hommes mariés...

***


La semaine suivante, on parvient en effet à la grande histoire d'amour de Juliette Desmoulin. Le même profil, un homme marié peu disponible pour elle, mais l'affaire n'a pas fait long feu. A trente ans, elle est devenue véritablement amoureuse ! La jeune femme confesse qu'elle respecte un homme pour la première fois de sa vie. Pour lui, elle est prête à tout. Bref, cet homme comble toutes ses attentes. Son seul défaut, son indisponibilité totale. Clémence prend des notes à la volée posant quelques questions pratiques entre deux pauses. "Comment appeler cet homme ?" demande-t-elle doucement. Elle sait par expérience la difficulté de nommer des personnes vivantes, de peur de révéler des évènements encore tenus secrets. Les deux femmes se comprennent d'un simple coup d'œil. "Appelons-le JB. si vous le voulez bien" lui répond Juliette. Clémence nota ces initiales, "Jean-Baptiste !"  probablement pense-t-elle. "Venons-en aux détails" demande-t-elle; et la jeune femme lui raconte sa rencontre cocasse au palais de justice lorsqu'elle a foncé par mégarde sur un avocat... Un coup de foudre réciproque tellement romantique qu'elle en a encore les larmes aux yeux à sa simple évocation. Elle résume sa pensée en disant que c'est la seule histoire qui compte vraiment dans sa vie.


La jeune femme lui narre alors leur complicité, l'émotion des retrouvailles, la passion qui l'anime mais aussi les séparations douloureuses. Elle se tait un instant. Juliette reprend pour dire que ce bonheur a un prix lourd à payer car la solitude est son lot. Elle a bien cherché à le quitter, mais il est revenu à chaque fois vers elle. Pour finir, il a accepté de lui donner ce qu'elle lui a demandé avec insistance, une famille à elle : un enfant. Ce fils a meublé les absences du père, en partie du moins. Mais cela ne rend pas plus joyeux les Noëls, au contraire.

 

Clémence avec facilité se met à la place de cette femme sans la juger. Elle a remarqué que cette faculté innée chez elle rend son travail rédactionnel plus aisé. Sentir les mêmes émotions, se mettre au diapason,  à la place de l'autre. L'empathie la mène à un vrai travail de restitution d'une vie. Elle compatit dès lors au sort de cette "seconde" épouse, celle de l'ombre. Cette expression trouvée spontanément plaît à Juliette qui la regarde avec les yeux larmoyants : "c'est exactement cela, je suis l'épouse de l'ombre. Cela dure depuis quatre ans et j'étouffe de ne pas pouvoir dire la vérité à mon fils qui ne voit jamais son papa. " Elle en vient à maudire les hommes mariés qui ne tiennent jamais leur promesse, celle de rompre leurs premiers engagements. Se mettant à la place de Juliette, Clémence laisse échapper la phrase : "il n'y a pas pire menteur qu'un amant marié ! " La formule plaît une nouvelle fois à la jeune femme qui souhaite qu'on l’insère en titre de chapitre.


Puis, on s'en arrête là pour la journée, trop d'émotions de part et d'autre. Le travail prend forme à la grande satisfaction de Clémence qui, en bonne professionnelle pragmatique, cherche à évaluer la longueur restante de l'opus en devenir. Cela fait déjà plusieurs semaines que les deux femmes se rencontrent régulièrement. Il convient désormais d'établir la fin approximative de la narration pour que le vrai travail de rédaction puisse s'effectuer. "Une bonne fin conditionne une bonne histoire ! " déclare sentencieusement Clémence.

- C'est à vous de me le dire ! s'exclame Juliette en la regardant droit dans les yeux. "Drôle de réponse ! Qu'est-ce qu'elle a voulu dire ?" pense Clémence.

 

Cette phrase jette alors un trouble profond dans son cœur ; épuisée, elle referme la porte sur sa cliente. Elle n'a jamais autant donné d'elle-même dans un entretien. Cette femme paraît si énigmatique avec cette exclamation bien dérangeante, en vérité...


Repères à suivre : le feuilleton : à la recherche d'une fin (5)

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