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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Un système de pensée : la ruse assumée (Roman de Renart)

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Repère : thème de l'esprit

Qui a dit qu'un système de pensée devait être automatiquement généreux ?

Il existe des êtres qui adoptent des attitudes qui leur sont propres, souvent égoïstes.

Prenez le cas de Renart qui recourt à la ruse pour vivre.

Ainsi, mourant de faim, notre goupil voit au loin une carriole « providentielle » remplie de poissons...

Une occasion à ne pas laisser échapper, à saisir par tous les moyens !

 

***

"À la distance d’une portée d’arc, Renart reconnut aisément les lamproies et les anguilles. Son plan est bientôt fait : il rampe sans être aperçu jusqu’au milieu du chemin il s’étend et se vautre, jambes écartées, dents rechignées, la langue pantelante, sans mouvement et sans haleine. La voiture avance ; un des marchands regarde, voit un corps immobile, et appelant son compagnon : « Je ne me trompe pas, c’est un goupil ou un blaireau. — C’est un goupil, » dit l’autre ; « descendons emparons-nous-en, et surtout qu’il ne nous échappe. » Alors ils arrêtent le cheval, vont à Renart, le poussent du pied, le pincent et le tirent ; et comme ils le voient immobile, ils ne doutent pas qu’il ne soit mort. « Nous n’avions pas besoin d’user de grande adresse ; mais que peut valoir sa pelisse ? — Quatre livres, » dit l’un. « — Dites cinq » reprend l’autre, « et pour le moins ; voyez sa gorge, comme elle est blanche et fournie ! C’est la bonne saison. Jetons-le sur la charrette. »

Ainsi dit, ainsi fait. On le saisit par les pieds, on le lance entre les paniers, et la voiture se remet en mouvement. Pendant qu’ils se félicitent de l’aventure et qu’ils se promettent de découdre, en arrivant, la robe de Renart, celui-ci ne s’en inquiète guères ; il sait qu’entre faire et dire il y a souvent un long trajet. Sans perdre de temps, il étend la patte sur le bord d’un panier, se dresse doucement, dérange la couverture, et tire à lui deux douzaines des plus beaux harengs. Ce fut pour aviser avant tout à la grosse faim qui le travaillait. D’ailleurs il ne se pressa pas, peut-être même eut-il le loisir de regretter l’absence de sel ; mais il n’avait pas intention de se contenter de si peu. Dans le panier voisin frétillaient les anguilles : il en attira vers lui cinq à six des plus belles ; la difficulté était de les emporter, car il n’avait plus faim. Que fait-il ? Il aperçoit dans la charrette une botte de ces ardillons d’osier qui servent à embrocher les poissons : il en prend deux ou trois, les passe dans la tête des anguilles, puis se roule de façon à former de ces ardillons une triple ceinture, dont il rapproche les extrémités en tresse. Il s’agissait maintenant de quitter la voiture ; ce fut un jeu pour lui : seulement il attendit que l’ornière vînt trancher sur le vert gazon, pour se couler sans bruit et sans risque de laisser après lui les anguilles.

Et cela fait, il aurait eu regret d’épargner un brocart aux voituriers. « Dieu vous maintienne en joie, beaux vendeurs de poisson !, » leur cria-t-il. « J’ai fait avec vous un partage de frère : j’ai mangé vos plus gros harengs et j’emporte vos meilleures anguilles ; mais je laisse le plus grand nombre. » (...)

Roman de Renart, Anonyme : source wikisource : http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Roman_de_Renart#7

repère a suivre : l'épicurisme 

 

 

 

 

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lyly 06/11/2010 08:55



Bonjour L


Ma fille l'étudie en ce moment, c'est amusant de le retrouver ici


Ce passage est superbe. Comment peut-on blâmer Renard quand il s'agit là de


survie donc il a bien raison d'être égoïste (de temps en temps ça fait du bien


aussi)


Bises, Lyly


 



Litteratus 06/11/2010 13:56



Coïncidence amusante ! ce renard rusé se trouve dans l'imaginaire de nombreux auteurs de l'enfance !