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Un pays sans monnaie : utopie ou réalité ? (4)

 

Repères : thème du commerce : le feuilleton

 

Résumé : la petite république d'Hellénia vit le dimanche 29 avril 2012 un moment historique : elle propose à sa population un référendum sur le maintien du pays dans l'Union Européenne.

La campagne bat son plein. Un parti cristallisant le mécontentement de la classe politique classique surgit. Le PAM, le parti anti monétaire, propose la sortie de l'euro mais surtout l'abandon de toute monnaie avec l'adoption d'un régime basé sur le troc. Les résultats donnent le "non" majoritaire. Le gouvernement démissionnant, des élections législatives doivent se tenir. Le PAM remporte ce dernier scrutin et met en place l'échange juste, véritable révolution économique. Mais déjà le pays se referme sur lui-même...


***

 

La mise en place du nouveau système économique, le troc.

Le Parti au pouvoir mit au point un système expérimental ainsi qu'il l'affichait sur les murs des établissements publics. Les citoyens reçurent également une documentation précise.

"Assurons la subsistance de tous par tous. Produisons hellénien et consommons local. Dans toutes les entreprises nationales ou privées de plus de dix personnes, un large comptoir comportant différents bons en contrepartie de leur travail sera proposé aux employés : bons alimentaires, bons d'énergie, bons de santé, bons d'habillement, bons de divertissement, bons de vacances, bons d'épargne. Pour les micro-entreprises, la rémunération sera payable en nature au libre choix des parties. Les consommateurs munis de produits à vendre ou de bons à échanger seront appelés à se retrouver dans tous les commerces afin de satisfaire leurs besoins. Les professionnels bénéficiaires desdits bons les échangeront à nouveau à la Banque Centrale, seul établissement "financier" du pays. Celle-ci proposera en sus de ceux obligatoires dans toutes les entreprises publiques ou privées susmentionnées d'autres bons échangeables dans deux nouveaux comptoirs de libre-échange réservés -cette fois- aux seuls professionnels. Le premier a vocation à devenir un comptoir d'investissement, le deuxième prendra l'aspect d'un comptoir de fonctionnement. (...)

Proscrivons toute vente immobilière au profit de l'échange de biens assortis ou non d'une soulte non monétaire. S'agissant des contrats de location, déclarons que la contrepartie sera payable par bons au libre choix des parties. (...)"

 

La brochure passait ensuite aux travaux "pratiques". La situation la plus concrète se trouvait ainsi expliquée :

"C'est ainsi que le primeur qui a reçu des bons d'alimentation peut les échanger pour les besoins quotidiens de son commerce (réassortiment de son stock, paiement de ses factures de fonctionnement etc..) ; il affectera une partie dans son activité de branche et le surplus auprès du comptoir classique pour assurer sa propre subsistance personnelle ou familiale.

Une économie de subsistance enfin en œuvre pour le bonheur de tous..."

 

Mais cela satisfera-il tous les besoins de la population ? se demandèrent les helléniens les plus inquiets ou les plus pragmatiques...

 

Puis le temps passa ; on oublia l'Hellénia désormais aux portes bien closes...

 

Un discours aux Nations Unies

A la tribune de l'Assemblée Générale des Nations Unis, le représentant de l'Hellénia loua l'expérience inédite mise au point dans son pays depuis plus de trois années. Selon ses dires, la situation économique se trouvait assainie et libérée de toute spéculation du fait de la disparition de la monnaie. Le citoyen, enfin heureux, avait ainsi abandonné à l'Etat toute initiative pour recevoir en échange sa subsistance, entière et équitable. L'économie était enfin rendue à sa fonction première en assurant la subsistance de tous. La réalisation de cet objectif parvint même à l'éradication de la misère ; le chômage cessa également d'exister. Ce miracle vainement espéré sous l'ère libérale était devenu réalité en Hellénie. Il provenait d'une donnée simple, trop simple pour les États dits modernes, qui tenait pourtant en quelques mots : chacun trouvait à s'employer en contrepartie de biens échangeables. Pour la première fois depuis un demi-siècle, il affirma que les solidarités se firent aussi plus grandes entre les générations. Le bonheur en somme pour toute la population.

Le représentant aux Nations Unis fit l'éloge du nouvel état d'esprit parmi ses concitoyens. Certes, il tempéra son propos en reconnaissant que les biens de consommation courante en provenance de l'étranger avaient les premiers temps fait cruellement défaut à la population. Mais les helléniens dotés d'un sens de l'intérêt général se déshabituèrent petit à petit de ce "poison" en provenance de l'étranger.

A ces mots, un lourd tollé dans l'assistance se fit entendre.

Mais le discours du représentant reprit sans plus de considération pour les réactions vives qu'il suscitait. Il disait en substance que pour les Helléniens, consommer local était devenu une fierté nationale. Cela valait bien quelques sacrifices comme le démontra l'esprit d'abnégation de la population regardant avec stoïcisme la sortie du nouvel Ipad 3 sans broncher.

On en vint à ce stade du discours au cœur de l'argumentation politique. Il fut indiqué que l'expérience hellénienne mettait en évidence que le paradigme apporté par la mondialisation semblait en réalité dépassé. Les peuples pouvaient en réalité se passer de tous ces objets superflus qui ruinaient de surcroît leur économie. Les gouvernements ne devaient plus favoriser des modes de consommation "égoïstes et malfaisants". Il fut ainsi proclamé solennellement à la tribune des Nations Unies qu'un troisième mode de consommation était né. Il s'avérait en définitive le plus "moderne" de tous ; il était le plus bénéfique pour l'humanité rendue à connaître le bonheur sur terre. L'Hellénia avait ainsi trouvé le remède anti-crise et sans dommage pour l'écologie enfin respectée.

Le discours après bien des digressions conclut que le peuple hellénien proposait aux autres nations de suivre son exemple sans délai. Le représentant de l'Hellénia reçut des applaudissements nourris des pays d'Amérique du Sud. La consternation se lisait en revanche sur les têtes des dirigeants du G20. Allait-on dans le sens de l'histoire en retournant vers des systèmes archaïques ?

 

Du fond de sa cellule, Alexis Grivas n'entendit pas le discours du représentant aux Nations Unis. Il n'aurait de toute manière pas souhaiter l'entendre. L'expérience avait tourné court. Les plus zélés comme lui en firent les frais. L'échange juste, utopie totale, était apparu comme une vaste escroquerie commise au préjudice d'une population réduite à la plus profonde des misères, la seule chose partagée par tous... Cette situation n'avait été rendue possible que par la dictature du PAM, parti unique centralisateur et planificateur.

L'idéologie des seuls besoins à satisfaire avait autoritairement éludé la portée des désirs inscrits dans le cœur de l'homme.

 

M. ARAGNIEUX


Repères à suivre : nouveau thème : éditorial d'avril 2012

Tag(s) : #la fin de l'euro