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Gazette littéraire

Un héros manipulé par la propagande soviétique (Echenoz)

Repères : thème du sport : l’étude

 

 

 

 

 

 

 

 

La manipulation d’un grand coureur

Résumé : dans l’article précédent, nous avons présenté Emile Zatopek, célèbre coureur de fond, le héros du roman de Jean Echenoz, Courir. Avec son style inimitable, il se fait connaître dans le monde entier pour ses records sur toutes les catégories possibles. Zatopek va devenir aussi un instrument de propagande entre les mains du gouvernement tchèque pro soviétique.

***

Les récompenses militaires

Les exploits sportifs de Zatopek sont aussi à replacer dans le contexte de la Guerre Froide. La Tchécoslovaquie est un pays satellite de L’URSS. Les autorités voient donc d’un bon œil les performances de leur héros grimaçant qui fait rayonner à travers le monde l’idéal communiste. Le sportif qui n’a guère le choix que de se prêter à toutes les manœuvres politiques devient vis-à-vis du monde entier un « athlète d’Etat » (page 65). Chaque record obtenu lui permet de se hisser à un nouveau grade militaire prestigieux avec les avantages matériels subséquents. La Nation le récompense avec ce qu’elle aime le plus, les médailles, les barrettes !

Pour autant, le champion qui est membre du Parti Communiste est toujours attiré par une seule chose, établir un nouveau record. Il se prête à toutes les exigences pour mieux assouvir sa passion pour la course. Cependant dans son ascension, il connaîtra un sérieux frein. Lorsqu’il devient champion du monde, les autorités politiques vont prendre directement  en main sa carrière en autorisant ou non ses participations à des compétitions internationales.

Il fera l’objet d’une instrumentalisation par le parti et cette fois dans ce qu’il aime le plus, le défi à relever. Par ailleurs, un malheur n’allant jamais seul, ce nouveau traitement va également de pair avec une nouvelle perception par le parti de ses succès. Zatopek sent que ses exploits auprès de l’opinion publique le fragilisent :

«  Il sait qu’il a sa place dans le collimateur et que déjà ; dans les sphères penseuses du pouvoir, on se plaît à se demander en toute logique si la situation de grand sportif populaire ne relèverait pas de l’individualisme bourgeois, l’adoration malsaine pour un athlète faussant gravement l’idéal stakhanoviste. » (page 81)

 

La surveillance du régime

Compte tenu de sa notoriété internationale, le héros sportif est étroitement surveillé par les autorités qui veillent notamment à ce qu’il n’entre pas en relation avec des journalistes de l’Ouest. Pire, ses interviews sont totalement travesties pour complaire au régime. Zatopek en fait l’amère expérience notamment lorsqu’il se voit refusé d’entrer sur le territoire français après « ses » propos déplacés (page 120). Zatopek souffre de cette instrumentalisation. Mais il n’a pas le choix, son statut de champion le dépasse :

« On l’exhibe d’usine en usine à travers tout le pays pour qu’on voie qu’il est vrai, qu’il existe vraiment, qu’on ne l’a pas inventé ou plutôt si, que le communisme en marche l’a inventé. »  (page 103)

Vient le temps du déclin pour notre valeureux héros…

Repères à suivre :le déclin du héros (Echenoz)

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lizagrèce 23/02/2014 13:02

Il n'y a pas eu que Zatopek, tous les sportifs des pays de l'Est servait de vitrine au régime soviétique. Il en est de même pour les athlètes chinois.