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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le véritable "crime" de Sylvestre Bonnard (5)

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Repères : thème du livre : l'étude

Un sacrifice non sans prix

Pour doter la jeune fille qu'il a quasiment adoptée, Sylvestre Bonnard entreprend de vendre sa bibliothèque d'une richesse absolue. 

Mais la séparation de notre érudit avec ses livres ne se fait pas de gaieté de cœur : « Ce gros volume qui m'a tant servi depuis trente ans, puis-je le quitter sans égards qu'on doit à un bon serviteur ? Et celui-ci, qui m'a réconforté par sa saine doctrine, ne dois-je point le saluer une dernière fois, comme un maître ? » (2ème partie, ch IV).

Il se sent dépouillé en consentant à un sacrifice qui n'est pas sans prix.

Il s'est néanmoins réservé une armoire qui lui permet de conserver les ouvrages les plus précieux tels que le manuscrit de... la Légende dorée.

Le crime de Sylvestre Bonnard

On assiste alors, dans ce chapitre merveilleux, au tournant du livre stupéfiant par la terrible confession de notre héros : « C'est alors que je connus le crime. Les tentations me venaient pendant la nuit ; à l'aube, elles étaient irrésistibles. Alors, tandis que tout dormait encore dans la maison, je me levais et je sortais furtivement de ma chambre.» ( 2ème partie, ch IV).

Quel est donc ce « crime » causé par ce vieillard apparemment inoffensif ? Il concerne évidemment les livres...

Notre héros effectue de nuit une étrange translation d'ouvrages : « Puissances de l’ombre, fantômes de la nuit, si, vous attardant chez moi après le chant du coq, vous me vîtes alors me glisser sur la pointe des pieds dans la cité des livres, vous ne vous écriâtes certainement pas, comme madame Trépof à Naples : « Ce vieillard a un bon dos ! » J’entrais ; Hannibal, la queue toute droite, se frottait à mes jambes en ronronnant. Je saisissais un volume sur sa tablette, quelque vénérable gothique ou un noble poète de la renaissance, le joyau, le trésor dont j’avais rêvé toute la nuit, je l’emportais et je le coulais au plus profond de l’armoire des ouvrages réservés qui devenait pleine à en crever. C’est horrible à dire : je volais la dot de Jeanne. Et quand le crime était consommé, je me remettais à cataloguer vigoureusement jusqu’à ce que Jeanne vînt me consulter sur quelque détail de toilette ou de trousseau. » (2ème partie, ch IV)

C'est le seul « crime » littéraire qui faît naître en nous une indulgence sans bornes...

Repères : l'étude : la suite

 

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Edouard 21/03/2011 09:23


"Le livre est avant tout un texte. Le texte se manifeste par la typographie. Donc le livre est, avant tout, une manifestation typographique" Édouard Pelletan


Litteratus 21/03/2011 20:01



Une telle pensée valait bien un juste retour des choses de la part d'Anatole France :


“À tous ces points de vue, Édouard Pelletan* fut un éditeur exceptionnel, un initiateur et un maître. Il vécut par les livres et pour les livres. Il mourut en pensant aux livres."


(Les Obsèques d’Édouard Pelletan, discours d’Anatole France, de Clément-Janin et de Louis Barthou, Imprimerie Nationale, 31 mai 1914)


*Édouard Pelletan (1830-1914)