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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Portrait moral de Fabrice del Dongo et d'Angelo Pardi

 

Portrait moral de Fabrice del Dongo et d'Angelo Pardi

(repères : thème de l'héritage : étude)

Il a été montré les points communs sur le plan physique des deux jeunes héros de Stendhal et de Giono, voyons désormais leurs traits de caractère.

La personnalité de Fabrice del Dongo est dépeinte par petites touches. Peu éduqué, il ne connaît de la vie -au début du roman- que les chevaux ; il apparaît volontiers candide et ridicule lorsqu'il s'entiche de l'empereur Napoléon au point de se croire appelé à jouer son destin auprès de lui. Désinvolte, il ne voit rien qui puisse contrecarrer ses plans ; il brave ainsi l'autorité du père et les lois de son pays, n'ayant aucune conscience des risques politiques qu'il prend.

En grand danger à son retour, il retrouve, avec une déconcertante confiance en la vie, sa tante qui prend en main son avenir. Il embrasse par obligation la carrière ecclésiastique. Docile, il obéit au plan de carrière que lui concocte Gina et l'amant de cette dernière, le comte Mosca. Sans scrupules, il se conforme à ce que l'on attend de lui sous réserve de quelques fantaisies :

« La duchesse et le ministre eurent bien à réparer quelques étourderies, mais en général Fabrice suivait assez sagement la ligne de conduite qu’on lui avait indiquée : un grand seigneur qui étudie la théologie et qui ne compte point absolument sur sa vertu pour faire son avancement. » (livre 1, chapitre 7)

Libertin, Fabrice s'éprend en effet d'une actrice dont la fréquentation lui causera bien des ennuis. Giletti, l'amant de cette dernière, le forcera ainsi à combattre jusqu'à la mort. Une nouvelle fuite s'imposera au jeune héros pour échapper à une arrestation et à une condamnation. C'est finalement, rattrapé par les opposants à Gina et au comte Mosca dans un litige qui le dépasse totalement, qu'il échouera en prison.

Confiné entre quatre mur, Fabrice connaîtra paradoxalement le plus grand bonheur, l'amour enfin. Passionné, il ne vit que pour l'heure de voir son aimée par la faible ouverture qu'il a percée. Il refuse même de fuir une nouvelle fois plutôt que de laisser Clélia...

 

Chevaleresque à l'excès, Angelo Pardi, a un parcours similaire à celui de son aîné. Après avoir mené une vie de caserne sans attrait, il a pris fait et cause pour la liberté des peuples et a fui l'Italie après avoir tué en duel un traître. Il se trouve en France dépouillé de tout prestige ; il est prêt pour l'aventure. Il s'ensuit qu'il sera confronté au choléra. Intrépide, il court les plus grands dangers pour dispenser son aide aux malades. Il tente des les soigner ; il prend ainsi des risques pour les autres au hasard des rencontres.

Perspicace, il sait que la vie est au prix d'une fuite et notamment de tous les lieux de quarantaine où en réalité le choléra prolifère. Il ne connaît pas la peur. Puéril sur les bords, il sent néanmoins avec acuité tout le ridicule de son attitude, de sa posture pleine « d'héroïsme » (page 100).

En revanche, il est timide, pudibond tout en étant terriblement fier et orgueilleux ; il supporte mal les affronts qu'ils a subis notamment par la population de Manosque à ses trousses. Il reste que le héros de Jean Giono est un homme de l'intériorité, qui se questionne par des monologues intérieurs.

« Soyons franc jusqu'au bout, se disait-il, cette lutte pour la liberté, et même pour la liberté du peuple que j'ai entreprise, pour laquelle j'ai tué (avec mes grâces habituelles, il est vrai) pour laquelle j'ai sacrifié une situation honorifique (achetée à beaux deniers par ma mère, il est vrai), est-ce que je l'ai entreprise vraiment parce que je la crois juste ? Oui et non »  (page 205-206)

 

Dans l'article à venir, nous verrons que les deux héros sont des piètres frères d'armes.

 

repères : thème de l'héritage : une piètre expérience militaire commune

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