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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Portrait de femme : la femme incapable (La Bruyère)

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Repères: le thème de la femme

Qu'est-ce qu'une femme sinon un être vulnérable ou inconstant ? Un postulat tenu pour vérité générale pendant des siècles.

Découvrons le tableau qu'en fait la Bruyère dans un extrait de son chapitre dédié aux femmes.

Après avoir raillé la coquetterie et la fausse dévotion des femmes dans les paragraphes précédents,  l'auteur dresse un tableau d'un trait tout en nuances.

Il résulte de son propos qu'appartenant au sexe faible, la femme doit être gouvernée par un homme...

Parcourons ensemble cette triste destinée avant d'assister à la chute du paragraphe : apprécions l'ironie de l'auteur !

***

45 (IV)

"Une femme est aisée à gouverner, pourvu que ce soit un homme qui s'en donne la peine. Un seul même en gouverne plusieurs; il cultive leur esprit et leur mémoire, fixe et détermine leur religion; il entreprend même de régler leur cœur. Elles n'approuvent et ne désapprouvent, ne louent et ne condamnent, qu'après avoir consulté ses yeux et son visage. Il est le dépositaire de leurs joies et de leurs chagrins, de leurs désirs, de leurs jalousies, de leurs haines et de leurs amours il les fait rompre avec leurs galants; il les brouille et les réconcilie avec leurs maris, et il profite des interrègnes. Il prend soin de leurs affaires, sollicite leurs procès, et voit leurs juges; il leur donne son médecin, son marchand, ses ouvriers; il s'ingère de les loger, de les meubler, et il ordonne de leur équipage. On le voit avec elles dans leurs carrosses, dans les rues d'une ville et aux promenades, ainsi que dans leur banc à un sermon, et dans leur loge à la comédie; il fait avec elles les mêmes visites; il les accompagne au bain, aux eaux, dans les voyages; il a le plus commode appartement chez elles à la campagne. Il vieillit sans déchoir de son autorité: un peu d'esprit et beaucoup de temps à perdre lui suffit pour la conserver; les enfants, les héritiers, la bru, la nièce, les domestiques, tout en dépend. Il a commencé par se faire estimer; il finit par se faire craindre. Cet ami si ancien, si nécessaire, meurt sans qu'on le pleure; et dix femmes dont il était le tyran héritent par sa mort de la liberté."

Les Caractères, chapitre III- Des Femmes, La Bruyère,

http://fr.wikisource.org/wiki/Les_Caract%C3%A8res/Des_femmes

 

 Repères: le thème de la femme: la mère dévouée

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Monika 15/02/2013 15:56


La Bruyère, moraliste du
17e siècle, ne manquait pas d’ironie dans cette satire de sa société contemporaine. Dans ce passage particulièrement croustillant il tourne en ridicule le caractère belliqueux, le bellicisme de l’homme, et il se moque de lui jusqu’à  ce qu’il devienne abject à nos
aux yeux de lecteur…..Son art consistait aussi à créer un choc je reconnais qu’en lisant votre publication je l’ai eu, et j’ai adoré me délecter de l’esprit particulièrement caustique du
moraliste. Magnifique extrait, merci !

Litteratus 16/02/2013 19:59



J'ai adoré moi aussi ce texte ! bonne soirée !



Hazel 04/05/2011 01:14



Bonsoir,

   Le Hangar est une communauté littéraire et artistique qui a pour but de réunir des lecteurs, des amateurs d'art et des artistes à travers les différents articles postés sur le site
où se mêlent critiques littéraires, cinématographiques, musicales mais aussi - et surtout ! - vos créations : des poèmes, des nouvelles, mais aussi des séries de photos, des peintures, ou des
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   Nous organisons également des concours littéraires et artistiques avec des lots à la clé. En somme, Le Hangar est une véritable plateforme de partage et de découvertes dans laquelle
nous souhaitons vous compter parmi nous. Venez nous visiter, http://le-hangar.com

Cordialement,

Hazel du Hangar.



Litteratus 04/05/2011 19:08



Les présentations sont faites, la glace est brisée...



lizagrèce 03/05/2011 15:33



Effectivement valait mieux souvent être veuves que supporter un mari en cette époque



Litteratus 03/05/2011 17:15



En effet, ce statut concédait un peu de liberté...



Auxane 03/05/2011 13:44



LOLllll   Le moins qu'on puisse dire c'est que j'ai rebondi sur La Bruyère !


Merci pour vos articles quotidiens. C'est un plaisir de vous lire et de découvrir, parfois de vieux machins ;-)



Litteratus 03/05/2011 17:13



C'est un texte qui ne laisse pas indifférent ! Merci à vous !



flora 03/05/2011 10:40



La tutelle nous rend incapables  -  la liberté est un apprentissage difficile mais lorsqu'on y a goûté, on ne peut plus s'en passer!



Litteratus 03/05/2011 17:12



Exactement !