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Gazette littéraire

Pemberley dans le Derbyshire (Austen)

 

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Repères : Tour d'Angleterre : le Derbyshire

 

 

Changement d'avis

Dans l'article précédent, nous avons poursuivi la lecture de Pride and Prejudice de Jane Austen associée à sa version vidéo. Nous continuerons notre livre en arpentant le Derbyshire qui se situe à plus de 232 km au nord de Londres.


Nous découvrirons à cet effet le cadre du fameux château de Mr Darcy, Pemberlay. Ce lieu imaginaire est librement inspiré de Chatsworth comme tous les toponymes de ce roman.


Rappelons que nous avons d'ores et déjà présenté les protagonistes, l'orgueilleux Mr Darcy et Miss Bennet, jeune fille intelligente et avisée. Nous avons en outre assisté à une déclaration en mariage qui tourne mal ; voyons aujourd'hui dans quelles conditions Elisabeth Bennet changera d'avis sur l'arrogant Mr. Darcy.

 

Précisons le contexte :

Sur l'invitation de son oncle et sa tante, Mr et Mrs Gardener, la jeune Elisabeth part dans le Derbyshire et visite par curiosité le château de Mr Darcy qu'elle croit absent. Elle découvre un cadre enchanteur qui lui permet de considérer autrement l'homme qu'elle a repoussé. Comble de surprise, à la sortie de la visite, elle tombe nez à nez sur Mr. Darcy, lui-même..

***

"Comme ils traversaient la pelouse, pour se rendre à la rivière, Élisabeth se détourna, pour regarder encore le château ; son oncle et sa tante s’arrêtèrent aussi ; et tandis que celui-ci formait quelques conjectures sur la date du bâtiment, le propriétaire lui-même parut soudain, au détour de la route qui conduisait aux écuries.

Il n’était qu’à peu de distance, et son apparition fut si subite qu’il était impossible d’éviter sa vue. Ses yeux rencontrèrent ceux d’Élisabeth ; la plus vive rougeur vint déceler leur embarras. M. Darcy tressaillit et parut quelques instans immobile d’étonnement, mais se remettant bientôt, il s’avança vers les voyageurs et adressa la parole à Élisabeth, sinon d’un air fort calme du moins avec une parfaite politesse.

 Elle s’était détournée presque involontairement, mais s’arrêtant, et comme il approchait, elle reçut ses complimens avec un embarras qu’il lui fut impossible de vaincre. Si la parfaite ressemblance de Darcy avec le portrait que les deux autres venaient d’examiner, avait été insuffisante pour les convaincre que c’était lui qu’ils voyaient en ce moment, la surprise témoignée par le jardinier en apercevant son maître, le leur aurait bientôt appris ; ils se tinrent un peu à l’écart comme il parlait à leur nièce, qui, confuse et étonnée, osait à peine lever les yeux, et ne savait quelles réponses faire aux demandes polies qu’il lui adressait sur sa famille. Ses manières, si différentes de ce qu’elle les avait vues autrefois, la rendaient toute surprise ; chaque mot prononcé par lui augmentait sa gêne, et l’idée de l’inconvenance qu’il y avait pour elle à se trouver chez lui, se présentait à son esprit avec une nouvelle force ; le peu d’instans qu’ils demeurèrent ensemble fut peut-être un des plus désagréables de sa vie ; quant à lui, il ne paraissait guère plus à l’aise ; lorsqu’il parlait, son accent n’avait point sa fermeté ordinaire. Il répéta ses questions sur l’époque où elle avait quitté Longbourn et le temps qu’elle devait rester dans Derbyshire, si souvent et d’un air si agité, qu’il était aisé d’apercevoir le trouble de son âme.

À la fin, toutes ses idées semblèrent lui manquer, et après être resté quelques instans sans rien dire, il se remit soudain, et prit congé d’elle. (...)

Ils entrèrent alors dans les bois, et quittant la rivière, parcoururent des sites plus élevés. M. Gardener témoigna le désir de faire le tour du parc, mais le jardinier lui apprit, d’un air triomphant, qu’il avait dix milles de circonférence ; cela naturellement mit fin au projet, et ils continuèrent le circuit ordinaire, qui les ramena encore par une pente douce au bord de la rivière ; (…) Pendant qu’ils erraient ainsi, tout occupés des beautés qui les entouraient, ils virent, à quelque distance, M. Darcy qui s’avançait de ce côté ; Élisabeth, quoiqu’étonnée, fut du moins mieux préparée à une entrevue qu’elle ne l’avait été la première fois, et résolut de paraître calme, si vraiment il comptait les venir joindre. Pendant un instant elle en douta, s’imaginant qu’il prendrait un autre sentier. Un détour de l’allée le cachant quelques secondes à sa vue, lui donnait cette pensée, mais le détour passé, il se trouve près d’eux : un seul regard apprit à Élisabeth qu’il n’avait point encore perdu son air aimable ; et voulant imiter sa politesse, elle se mit, en le rencontrant, à admirer le lieu ; mais à peine avait-elle prononcé les mots « charmans et enchanteurs », qu’un souvenir malheureux la vint tourmenter ; et s’imaginant que tout éloge de Pemberley, fait par elle, pourrait être malicieusement interprété, elle rougit et se tut.

Mme Gardener était debout à quelques pas, et Élisabeth s’étant arrêtée, Darcy lui demanda si elle voulait lui faire l’honneur de le présenter à ses amis : c’était une honnêteté à laquelle elle ne s’attendait point, et à peine put-elle s’empêcher de sourire, en songeant qu’il cherchait maintenant à connaître ces mêmes gens, contre lesquels son orgueil s’était tant révolté il n’y avait que quelques mois : « quelle sera sa surprise, pensait-elle, lorsqu’il saura qui ils sont ! Il les prend sans doute pour des gens de qualité. »

La présentation cependant fut à l’instant faite, et, tout en désignant leur degré de parenté avec elle, elle ne put se se défendre de jeter sur lui un regard curieux, s’attendant bien à le voir s’éloigner au plus vite d’une société si disproportionnée. Mais en cela elle se trompait, car bien qu’évidemment surpris, il prit son parti cependant en homme de courage ; et loin de les quitter, revint sur ses pas, et entra en conversation avec M. Gardener. Élisabeth ne pouvait qu’être satisfaite ; il était consolant pour elle qu’il sût que du moins elle avait quelques parens qu’elle pouvait avouer sans rougir ; elle écoutait avec la plus vive attention tout ce qui se passait entre eux, et se réjouit à chaque phrase, chaque expression qui prouvait l’intelligence, le goût et l’instruction de son oncle.

Après s’être entretenus sur divers sujets, ils parlèrent de pêche, et elle entendit M. Darcy l’inviter à venir pêcher à Pemberley aussi souvent qu’il le voudrait pendant son séjour dans le voisinage, offrant de lui donner tout ce qui lui serait nécessaire pour cet amusement, et montrant les endroits où en général il y avait le plus de poissons. Mme Gardener qui prenait le bras de sa nièce, la regarda d’un air qui exprimait son étonnement : Élisabeth ne disait rien, mais les procédés de Darcy la flattaient, lui causaient un plaisir réel : car, comment douter que ce ne fût pour elle qu’il en usait ainsi ; mais aussi le moyen de ne pas s’étonner d’un changement si nouveau, si extraordinaire ! « Se peut-il, se répétait-elle continuellement, que ce soit pour moi, pour mériter mon estime, qu’il a tant adouci sa fierté ? Les reproches que je lui ai adressés à Hunsford peuvent-ils lui avoir fait une si forte impression ? Serait-il possible qu’il m’aîmât encore ? »

Après s’être ainsi promenée pendant quelque temps, il se fit un léger changement ; il fut causé par Mme Gardener, qui, fatiguée de sa longue promenade, trouvant le bras d’Élisabeth un trop faible soutien, préféra celui de son mari. M. Darcy la remplaça alors près d’Élisabeth ; ils gardèrent quelques momens le silence, et ce fut elle qui d’abord l’interrompit : elle désirait lui faire savoir qu’elle était venue à Pemberley, avec la persuasion de ne l’y point trouver, et pour cela, remarqua « que son retour avait été bien imprévu, car votre femme de charge, ajouta-t-elle, nous a assurés que vous n’arriviez que demain ; et même avant de quitter Bakwell, nous avions ouï dire que vous n’étiez point attendu de sitôt dans le pays ». Il confirma la vérité de ces témoignages, ajoutant que quelques affaires à régler avec son intendant, l’avaient obligé à devancer de quelques heures ses compagnons de voyage : « Ils me rejoindront demain, continua-t-il, et parmi eux vous retrouverez quelques-uns de vos amis, M. Bingley et ses sœurs. »

  Pride and Préjudice, Austen, chapitre 43  (repères à suivre : happy end)

 

 

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