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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Marseille : son port vers le sud (Londres)

 

Marseille : son port vers le sud (Londres)

 

Marseille, porte du Sud

 (Repères : Carnet de voyage : point de départ)

 

Le point de départ du voyage de la Gazette littéraire nous conduit, si vous le voulez bien, à Marseille. Pourquoi Marseille ? Pour une raison bien simple...

Métropole du sud, cette ville a vu de nombreux hommes s'embarquer vers des contrées lointaines.

Cet endroit nous ouvre en effet les portes en direction de différentes destinations exotiques. Précisément, il vous est proposé de suivre les pas d'un journaliste-écrivain, à l'écriture finement ciselée qui connaît bien cette ville pour y avoir déambulé.

Il s'agit d'Albert Londres. Arpenteur du monde, grand reporter de l'entre-deux-guerres, il a enflammé en moins de vingt ans le public par ses enquêtes exigeantes publiées dans des journaux à grand tirage. Il périra dans le naufrage d'un paquebot en 1932 au retour d'un voyage en Extrême-Orient. Son professionnalisme a conduit à la création d'un prix prestigieux qui porte son nom.

 

Qui d'autres que lui pouvait nous décrire les promesses de rêve à portée d'encablure, sinon Albert Londres ? Son style inimitable fait de fines descriptions non dénuées de poésie continue à charmer ses lecteurs d'hier et d'aujourd'hui : vous avez devant vous une véritable invitation au voyage !


Viendrez-vous ?


***

"C’est un port, l’un des plus beaux du bord des eaux. Il est illustre sur tous les parallèles. À tout instant du jour et de la nuit, des bateaux labourent pour lui au plus loin des mers. Il est l’un des grands seigneurs du large. Phare français, il balaye de sa lumière les cinq parties de la terre. Il s’appelle le port de Marseille.

Il a plus de cinq kilomètres de long. Il n’en finit pas. Peut-être bien a-t-il six, ou même sept kilomètres. Môle A, Môle B, Môle C. Il va presque jusqu’au milieu de l’alphabet, le port de Marseille… C’est le marché offert par la France aux vendeurs du vaste monde. Les chameaux portant leur faix vers les mahonnes d’au-delà nos mers, sans le savoir, marchent vers lui. Port de Marseille : cour d’honneur d’un imaginaire palais du commerce universel.

Tous les vieux noms connus des hauts barons de la mer sont affichés là, aux frontons de ces môles, comme une courtoise invitation au voyage. La Paquet, la Transat, la Cyprien Fabre, les Chargeurs Réunis, les Transports, les Messageries Maritimes à tête de licorne. La Peninsular. La Nippon Yusen Kaisha. Où voulez-vous aller ? Au Maroc, en Algérie, en Tunisie ? Au Sénégal, en Égypte ? Au Congo, à Madagascar ? En Syrie, à Constantinople ? Au Tonkin ? Aux Indes ? En Australie ? En Chine ? En Amérique du Sud ? Faites votre choix. Ici, on embarque pour toutes les mers, pour la Rouge et la Noire, pour tous les détroits, tous les canaux, tous les golfes. On vous en montrera, des pays ! On vous en fera connaître, des choses insoupçonnées ! Pas un coin, si bien endormi qu’il fût, que nous n’ayons déjà réveillé autour du monde. On part pour tous les océans, l’Atlantique, l’Indien, le Pacifique.

C’est moi, Marseille...

Écoutez, c’est moi, le port de Marseille, qui vous parle. Je suis le plus merveilleux kaléidoscope des côtes. Voici les coupées de mes bateaux. Gravissez-les. Je vous ferai voir toutes les couleurs de la lumière ; comment le soleil se lève et comment il se couche en des endroits lointains. Vous contemplerez de nouveaux signes dans le ciel et de nouveaux fruits sur la terre.

Montez ! Montez ! Je vous emmènerai de race en race. Vous verrez tous les Orients—le proche, le grand, l’extrême.

Je vous montrerai les hommes de différentes peaux, le brun, le noir, le mordoré, le jaune, nus en Afrique, en chemise aux Indes, en robe en Chine, et marchant sur des petits bancs au pays du Soleil-Levant.

Je vous ferai connaître toutes les femmes, celles dont le voile prend au-dessous des yeux, celles au voile blanc, celles au voile noir ; celle au bambou coupant leur front. En kimono, en pagne, drapées ou culottées. Vous sentirez se poser sur vous des regards dont vous n’avez encore nulle idée. Il y en aura de brûlants, de tranchants, d’insistants, de royaux, d’indéchiffrables. Vous verrez des femmes qui, lorsqu’elles marchent, font le bruit d’une vitrine de joaillier qui s’écroule, tellement elles sont, ces créatures, couvertes d’or, d’argent, d’ambre, d’ivoire et de verroteries. Vous en verrez aux cheveux coupés franchement en brosse, d’autres à qui il faut deux jours et l’aide de toute une famille pour préparer une coiffure qu’on ne touche plus pendant un mois. Vous verrez celles qui se tiennent sur des pieds brisés, celles qui s’avancent comme un oiseau sautille, et des esclaves marcher comme des princesses.

Gravissez les coupées de mes bateaux. Je vous conduirai vers toutes les merveilles des hommes et de la nature. Je mène à Fez, aux Pyramides, au Bosphore, à l’Acropole, aux murailles de Jérusalem. Je mène aux temples hindous du Sud au Tadg-Mahall, à Angkor, à la baie d’Along et même jusqu’à Enoshima !

Je vous ferai voir des oiseaux qui plongent et des poissons qui volent. Embarque-toi ! Embarque-toi ! »


Marseille, porte du sud (1927), Albert Londres

  http://fr.wikisource.org/wiki/Marseille,_porte_du_sud#I._Mes_bateaux_vont_partir

 

Repères à suivre : carnet : derniers instants avant le départ...

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Commenter cet article

flora 04/07/2012 22:49


Quel souffle, Albert Londres! Rare parmi les journalistes voyageurs.

Litteratus 05/07/2012 15:13



Unique !