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Gazette littéraire

Maître Rivarol (Chapitre 7)

 

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Résumé des chapitres précédents ( Feuilleton : Maître Rivarol) : Maître Rivarol, avocat à Versailles, est un travailleur infatigable qui mène une vie conjugale sans passion avec sa femme, Françoise. Cette dernière, de son côté, a fini par s'habituer à la lourde solitude qui l'assaille dans un foyer sans enfant. Le domicile se situe dans le prolongement du cabinet imbriquant étroitement la vie professionnelle avec la vie familiale. Après avoir fait la connaissance du secrétariat, des collaborateurs et des délices de la vie de bureau,  le feuilleton a permis de connaître les projets de Maître Rivarol. Ce dernier souhaite en effet associer sa collaboratrice, Delphine, en lui cédant une partie de son cabinet. Cependant son épouse, Françoise, marque son opposition à cette idée en lui faisant remarquer qu'il n'est pas au fait de ce qui se déroule en réalité dans son entreprise. C'est ainsi qu'elle lui révèle que son employé, Bruno, développe sa clientèle personnelle au détriment des dossiers du cabinet. Le collaborateur indélicat est sommé de démissionner...

****

 

 

Bruno exécuta un préavis extrêmement court. Cherchant un emploi par ailleurs, il venait au cabinet de manière erratique. Mais la situation avait fait naître des tensions larvées au sein de l'entreprise. Nerveux, Rivarol exerçait une surveillance sur la correspondance de Bruno. Il craignait qu'il ne parte avec un dossier qui ne lui appartiendrait pas. La désinvolture est si fréquente de nos jours ! comme il se plaisait à le dire en toutes circonstances ! Il épiait ses faits et gestes, allant même jusqu'à consulter l'agenda de son collaborateur, la nuit. Sur ce point comme sur d'autres, sa femme n'était évidemment pas en reste. Elle épaulait son mari comme à son habitude. La vie commune de ces deux êtres les rendait mimétiques  notamment sur le plan de la gestion du cabinet, au point qu'il ne leur était pas utile de se concerter avant d'agir. Françoise savait que ces périodes de préavis sont délicates dans les professions libérales où le client, versatile par définition, est toujours prêt à tenter l'aventure chez un confrère à qui il fera la même infidélité, plus tard. Les relations entre un collaborateur et un client ne devaient pas prendre un tour trop personnel pour ces motifs. Rivarol paraissait donc d'une humeur tellement redoutable qu'il ne pouvait s'empêcher de la répercuter méchamment sur le secrétariat. Par un effet en chaîne, le secrétariat se vengeait des mauvaises colères du patron sur les collaborateurs. L'atmosphère devenait ainsi détestable...

Durant cette période, Rivarol avait cherché à recruter un nouveau collaborateur. En fait, une collaboratrice. Instruit par l'expérience, il s'était promis de ne retenir qu'une candidature féminine, la gent féminine étant réputée plus franche et plus souple. La chose fut simple en ces temps où il était aussi facile de recruter des avocats que de ramasser des fleurs poussant dans un champ en été. C'était également une profession qui non seulement se féminisait mais se refusait à imposer un numerus clausus. Chaque année, les barreaux formaient ainsi des avocats qu'ils peinaient à placer. La loi de l'offre et de la demande, autre théorie économique chère au cœur de Rivarol, trouvait facilement à s'appliquer. C'est dans ce contexte sombre que Laurence, jeune femme blonde au teint diaphane et au ton modeste comme il plaisait à son épouse, fit son entrée au cabinet. Si elle détenait une certaine expérience en droit immobilier, elle ne s'était pas constituée de clientèle personnelle importante, ce qui constituait aux yeux de son futur employeur un excellent point. Ne doutant de rien, Rivarol lui avait préalablement posé la question que sa déontologie lui interdisait néanmoins de formuler. Il n'en avait cure. Dire que c'était sa femme qui lui avait décillé les yeux ! Un comble ! Il n'était pas capable de voir clair dans son propre cabinet...

Enfin un jour, en fin de matinée, Bruno finit par annoncer son départ dans le bureau de Rivarol. Soulagé, ce dernier lui fit même les honneurs d'un apéritif improvisé dans son bureau, privilège auquel il n'avait jamais eu droit durant toutes ces dernières années. Pensez, enfin une bonne nouvelle ! On assista alors à un curieux spectacle d'hypocrisie de part et d'autre du bureau. Civil, Bruno rappela quelques souvenirs drôles de son activité au cabinet. D'un ton forcé, Rivarol ne  put que s'étouffer de rire.  Chacun resta donc parfaitement dans le rôle qui convenait. Conscients d'avoir à se rencontrer régulièrement au palais, ils avaient l'un et l'autre intérêt à soigner les derniers instants. Le collaborateur irréprochable, parti pour s'installer à son compte, faisait face à son patron qui le laissait échapper de son nid. C'est donc ainsi que les deux parties se séparèrent en se serrant la main, comme des vieux camarades.

Attirées par le bruit dans le bureau de Rivarol, les collaboratrices furent averties du départ de leur ami qui les invita, une dernière fois, à partager un déjeuner au bistrot. Bruno embrassa les secrétaires qui se mirent à pleurer. Mais il évita soigneusement le bureau de Delphine qui de même fut sujette à un soudain surcroît d'activité. De tout temps distante, cette dernière avait considéré avec mépris Bruno  qu'elle appelait le comique de service. Elle supportait ses calembours, depuis tant d'années, sans rien dire qu'elle savourait enfin l'instant de le voir partir. De son côté, Bruno lui avait toujours trouvé des grands airs de duchesse qu'il singeait parfaitement devant Patricia et Adrienne. Cela marquait la fin d'un temps.

Cela allait-il rendre l'ambiance au sein de l'entreprise plus plaisante ? (la suite)

M.Aragnieux

 

 

 

 

 

 

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lizagrèce 30/08/2010 23:12



Bien contente de retrouver le feuilleton



Litteratus 31/08/2010 15:18



Le cabinet de Maître Rivarol est ouvert même pendant les vacances !



flora 30/08/2010 09:25



Les méandres d'un cabinets d'avocats, avec ses hypocrisies et ses secrets tiraillements vus de l'intérieur correspondent aux descriptions de mon fils...



Litteratus 30/08/2010 12:30



les errements du métier !



Cat 30/08/2010 08:51



J'attends toujours la suite avec grande impatience!



Litteratus 30/08/2010 12:26



je sais...