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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Madeleine Ponteau aux prises avec les orages de l'histoire (2)

Madeleine Ponteau aux prises avec les orages de l'histoire (2)

 

Repères : thème du pont : le feuilleton

Résumé : Madeleine Ponteau, riche septuagénaire belge décide d'organiser sa vie en deux temps, la saison hivernale à Bruxelles au Royal Grand Hôtel, l'été à l'hôtel Majestic sur les bords du lac de Côme. En cet automne 1939, notre héroïne, fantasque et capricieuse, arrive dans sa suite du Palace bruxellois, bien décidée à profiter de la saison des spectacles. Ce n'était pas les tourments de l'histoire qui allaient bouleverser l'ordonnancement de ses moindres souhaits sur le pont des plaisirs, comme elle aimait à le dire, en contemplant de sa suite la Grand-Place. Sur le pont des désirs, on y danse, on y danse....

 

***

L'histoire semblait donner raison à Madeleine Ponteau qui ne vit aucun changement dans le cours de ses réjouissances, et ce jusqu’au mois de mai 1940. La seule chose qui la chagrina vaguement fut le départ de quelques lointaines relations en partance pour l'Amérique. Européenne convaincue, elle ne voyait pas ce qu'elle pourrait trouver à faire dans le Nouveau Monde à son âge. Oh ! non, elle jouissait à Bruxelles de la douceur réchauffant ses vieux jours et de l'attention délicate portée à sa petite personne. Tout le personnel de l'hôtel était à ses petits soins ! Le directeur, Vivien de Clerck, représentait tout ce qu'elle appréciait chez un employé : la distinction, la discrétion et la distance. Les trois « d » comme elle aimait à le rappeler dans les salons, le b.a-ba de l'employé modèle. Jamais le directeur ne s'était permis la moindre familiarité avec Madeleine Ponteau qui maintenait toujours une certaine distance avec le personnel.

Et pourtant, elle lui était reconnaissante d'avoir jeté un pont entre ses désirs et leurs satisfactions. « Cet homme-là est en or ! » avait-elle coutume de dire à ses amis. Il lui était de surcroit dévoué et faisait montre d'une rare galanterie. Bien entendu, Madeleine Ponteau le réprimandait à l'occasion lorsque le service laissait à désirer. Comme un petit garçon, il acceptait toutes ses remarques en essayant de se faire pardonner par l'envoi de fleurs ou de chocolats. Ces attentions ne manquaient jamais d'illuminer les journées de la pensionnaire. La vieillesse se suffit souvent de contentement matériel. Notre héroïne avait donc un traitement digne d'une princesse.

Ce dernier avait néanmoins une contrepartie qui restait bien marginale dans la pensée de la pensionnaire. La direction de l'hôtel lui faisait porter sa note mensuelle que la vieille dame signait sans même regarder. Elle faisait confiance. Jamais depuis la mort de son époux, elle n'avait trouvé dans cet établissement une telle tranquillité de l'esprit et une telle liberté. Elle le privilégiait à celui du lac de Côme. Ces italiens, ils lui paraissaient bien un peu voleurs. Là, chez elle, en Belgique, elle semblait en sécurité. Elle ne voyait pas plus loin que cette simple considération. Elle aurait été néanmoins plus inspirée de contrôler le détail de sa facture. Elle aurait ainsi pu prendre conscience de ce que sa pension complète comprenait tous les mille et une gratifications données sous l'apparence de ce qu'elle croyait être de l'amitié. Mais elle aurait été fort surprise de constater qu'à côté de ces prestations dûment rendues, figuraient également des fournitures de services inexistants qui, avec les années, prirent de l'ampleur. Elle n'en eu cure sur le pont de ses désirs...C'est ainsi que par désinvolture, elle donna un véritable blanc seing à Vivien de Clerck qui entendait profiter d'une manne extraordinaire : les ressources financières de la vieille dame semblaient intarissables. Il était bien dans son intention d'en profiter pleinement durant la période où il l'accueillait dans son établissement.

Justement, en ce 10 mai 1940, le cérémonial de la fermeture des bagages de la pensionnaire débutait. Leur transhumance vers l'Italie devait avoir lieu dans quelques jours. Quel fut l'effroi de notre pensionnaire de voir que ses plans allaient être bouleversés du fait de l'invasion de la Belgique par les Allemands ! Elle en avait un spectacle d'horreur tout autant que de frustration comme un enfant gâté qui voit son désir contrarié. Elle n'eut pas d'autre choix que d'ajourner son départ à la grande satisfaction de l'hôtelier qui ne voyait que son intérêt bassement financier. Mais les choses allaient prendre un autre tour pour Madeleine Ponteau du fait de l'occupation de la Belgique par les troupes allemandes.

 

Repères à suivre : le feuilleton : l'accès au pont des désirs fermé à Madeleine Ponteau

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