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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Madame Verdurin, femme ambitieuse et ridicule (Proust)

 

 

Madame Verdurin, femme ambitieuse et ridicule (Proust)

 

repères : thème du ridicule : présentation

La "Patronne"

Avant d'achever notre présentation non exhaustive sur le traitement du ridicule dans la Littérature, il convient aussi de s'intéresser à un personnage féminin du XXème siècle connu pour sa vanité. Il s'agit de Madame Verdurin aussi appelée « la Patronne » dans la Recherche du Temps perdu de Proust.

Ambitieuse et autoritaire, cette dernière tient un salon mondain où elle compte un nombre réduit d'élus, le « petit noyau», essentiellement masculin, qu'elle reçoit tous les mercredis. Toute incartade à ce rendez-vous hebdomadaire la vexe profondément car Madame Verdurin est une femme exclusive.

Que fait-on durant ces soirées ? On y dîne, on écoute de la musique et on joue aux cartes.

Le temps qui passe

Il vous est proposé de lire la description de Madame Verdurin quelques années après le début de l'œuvre. Le narrateur met en évidence les transformations physiques de la « Patronne » qui ajoutent une touche ridicule à sa propension à vouloir se considérer comme une grande mélomane, à jouer un rôle.

Un portrait plein de psychologie...

***

" "J’entends la voiture qui revient", murmura tout à coup la Patronne. Disons en un mot que Mme Verdurin, en dehors même des changements inévitables de l’âge, ne ressemblait plus à ce qu’elle était au temps où Swann et Odette écoutaient chez elle la petite phrase. Même quand on la jouait, elle n’était plus obligée à l’air exténué d’admiration qu’elle prenait autrefois, car celui-ci était devenu sa figure. Sous l’action des innombrables névralgies que la musique de Bach, de Wagner, de Vinteuil, de Debussy lui avait occasionnées, le front de Mme Verdurin avait pris des proportions énormes, comme les membres qu’un rhumatisme finit par déformer. Ses tempes, pareilles à deux belles sphères brûlantes, endolories et laiteuses, où roule immortellement l’Harmonie, rejetaient, de chaque côté, des mèches argentées, et proclamaient, pour le compte de la Patronne, sans que celle-ci eût besoin de parler : « Je sais ce qui m’attend ce soir. » Ses traits ne prenaient plus la peine de formuler successivement des impressions esthétiques trop fortes, car ils étaient eux-mêmes comme leur expression permanente dans un visage ravagé et superbe. Cette attitude de résignation aux souffrances toujours prochaines infligées par le Beau, et du courage qu’il y avait eu à mettre une robe quand on relevait à peine de la dernière sonate, faisait que Mme Verdurin, même pour écouter la plus cruelle musique, gardait un visage dédaigneusement impassible et se cachait même pour avaler les deux cuillerées d’aspirine."

Sodome et Gomorrhe, Proust (chapitre 2)

http://fr.wikisource.org/wiki/Sodome_et_Gomorrhe/Partie_2_-_chapitre_2

 

repères à suivre : le thème du ridicule : l'anti-héros

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