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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Lorsque le ridicule le dispute à la méchanceté : M.Homais (Flaubert)

 

Lorsque le ridicule le dispute à la méchanceté : M.Homais (Flaubert)

 

repères : thème du ridicule : présentation

Un pharmacien plein de fatuité

Après avoir vu dans l'article précédent la sottise de Monsieur Jourdain, voyons sous la plume d'un auteur du XIXème siècle, le cas d'un personnage plein de fatuité. Il s'agit dans l'œuvre de Flaubert, Madame Bovary, Monsieur Homais, le pharmacien.

Imbu de sa science somme toute relative et pratiquant illégalement la médecine, Monsieur Homais tient des propos faussement savants.

 

Le mauvais génie des Bovary

Mais derrière ce ridicule achevé, se cache aussi un vrai fond de méchanceté. Il sera le mauvais génie des époux Bovary qui en payeront le prix fort et notamment Emma.

Dans l'extrait qui vous sera proposé, vous verrez l'envolée lyrique du personnage qui s'échauffe tout seul, en s'écoutant parler.

La scène s'arrête à l'arrivée des époux Bovary qui s'installent pour la première fois à Yonville.

 

***

"Quand le pharmacien n’entendit plus sur la place le bruit de ses souliers, il trouva fort inconvenante sa conduite de tout à l’heure. Ce refus d’accepter un rafraîchissement lui semblait une hypocrisie des plus odieuses ; les prêtres godaillaient tous sans qu’on les vît, et cherchaient à ramener le temps de la dîme.

L’hôtesse prit la défense de son curé :

D’ailleurs, il en plierait quatre comme vous sur son genou. Il a, l’année dernière, aidé nos gens à rentrer la paille ; il en portait jusqu’à six bottes à la fois, tant il est fort ! — Bravo ! dit le pharmacien. Envoyez donc vos filles en confesse à des gaillards d’un tempérament pareil ! Moi, si j’étais le gouvernement, je voudrais qu’on saignât les prêtres une fois par mois. Oui, Mme Lefrançois, tous les mois, une large phlébotomie, dans l’intérêt de la police et des mœurs !

Taisez-vous donc, monsieur Homais ! vous êtes un impie ! vous n’avez pas de religion !

Le pharmacien répondit :

J’ai une religion, ma religion, et même j’en ai plus qu’eux tous, avec leurs momeries et leurs jongleries ! J’adore Dieu, au contraire ! je crois en l’Être suprême, à un Créateur, quel qu’il soit, peu m’importe, qui nous a placés ici-bas pour y remplir nos devoirs de citoyen et de père de famille ; mais je n’ai pas besoin d’aller, dans une église, baiser des plats d’argent, et engraisser de ma poche un tas de farceurs qui se nourrissent mieux que nous ! Car on peut l’honorer aussi bien dans un bois, dans un champ, ou même en contemplant la voûte éthérée, comme les anciens. Mon Dieu, à moi, c’est le Dieu de Socrate, de Franklin, de Voltaire et de Béranger ! Je suis pour la Profession de foi du vicaire savoyard et les immortels principes de 89 ! Aussi, je n’admets pas un bonhomme de bon Dieu qui se promène dans son parterre la canne à la main, loge ses amis dans le ventre des baleines, meurt en poussant un cri et ressuscite au bout de trois jours : choses absurdes en elles-mêmes et complètement opposées, d’ailleurs, à toutes les lois de la physique ; ce qui nous démontre, en passant, que les prêtres ont toujours croupi dans une ignorance turpide, où ils s’efforcent d’engloutir avec eux les populations.

Il se tut, cherchant des yeux un public autour de lui, car, dans son effervescence, le pharmacien un moment s’était cru en plein conseil municipal. Mais la maîtresse d’auberge ne l’écoutait plus ; elle tendait son oreille à un roulement éloigné. On distingua le bruit d’une voiture mêlé à un claquement de fers lâches qui battaient la terre, et l’Hirondelle enfin s’arrêta devant la porte."

 

Madame Bovary, Flaubert, 2ème partie

http://fr.wikisource.org/wiki/Madame_Bovary/Deuxi%C3%A8me_partie

 

Repères à suivre : présentation : Madame Verdurin (Proust)

 

 

 

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