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Publié par Litteratus

 

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Repères : thème des mathématiques : présentation

De l'éducation des filles

Nous avons vu dans l'article précédent que les mathématiques ont longtemps été tenues pour l'apanage des hommes. Il reste que l'esprit des femmes n'explique nullement cet état de fait. C'est davantage la question de l'éducation des filles qui a tenu pour vrai ce préjugé tenace. La Gazette vous renvoie à Fénelon qui a été l'un des premiers à traiter de l'éducation de la gent féminine tout en excluant les matières trop sérieuses qui les détourneraient de leur vocation de mère et d'épouse....

L'esprit de clarté de Madame du Châtelet

Il reste que bien des femmes éduquées ont pu goûter à l'esprit mathématique au point de le comprendre et de le transmettre. La Gazette rend hommage à Madame du Châtelet qui au XVIIIème siècle fait figure de femme accomplie, l'équivalent du modèle de l'honnête homme.

Cette savante a ainsi fait œuvre utile en traduisan du latin les principes mathématiques de la philosophie naturelle de Newton. Sa traduction a nécessité l'utilisation de concepts nouveaux.

Il vous est proposé de lire aujourd'hui la préface historique qui s'intéresse à la qualité de la traductrice dont le portrait élogieux est dressé par Voltaire.

***

"Cette traduction que les plus savants Hommes de France devaient faire, et que les autres doivent étudier, une femme l’a entreprise et achevée à l’étonnement et à la gloire de son pays. Gabrielle-Emilie de Breteuil, Marquise du Châtelet, est l’Auteur de cette Traduction, devenue nécessaire à tous ceux qui voudront acquérir ces profondes connaissances, dont le monde est redevable au grand Newton.

C’eût été beaucoup pour une femme de savoir la Géométrie ordinaire, qui n'est pas même une introduction aux vérités sublimes contenues dans cet Ouvrage immortel. On sent assez qu’il fallait que Madame la Marquise du Châtelet fût entrée bien avant dans la carrière que Newton avait ouverte, et qu’elle possédât ce que ce grand homme avait enseigné. On a vu deux prodiges : l’un, que Newton ait fait cet Ouvrage ; l’autre, qu’une Dame l’ait traduit et l’ait éclairci.

Ce n'était pas son coup d’essai, elle avait auparavant donné au Public une explication de la Philosophie de Leibnitz sous le titre d'Institutions de Physique, adressées à son fils, auquel elle avait enseigné elle-même la Géométrie.

Le Discours préliminaire qui est à la tête de ses Institutions est un chef d’œuvre de raison et d’éloquence : elle a répandu dans le reste du Livre une méthode et une clarté que Leibnitz n’eut jamais ; et dont ses idées ont besoin, soit qu’on veuille seulement les entendre, soit qu’on veuille les réfuter. (...)

Madame du Châtelet a rendu un double service à la postérité en traduisant le Livre des Principes, et en l’enrichissant d’un Commentaire. Il est vrai que la Langue Latine dans laquelle il est écrit, est entendue de tous les savants ; mais il en coute toujours quelques fatigues à dire des choses abstraites dans une Langue étrangère : d’ailleurs le Latin n’a pas de termes pour exprimer les vérités mathématiques et Physiques qui manquaient aux anciens.

Il a fallu que les modernes créassent des mots nouveaux pour rendre ces nouvelles idées. C'est un grand inconvénient dans les livres de Sciences, et il faut avouer que ce n'est plus guerre la peine d’écrire ces livres dans une Langue morte, à laquelle il faut toujours ajouter des expressions inconnues à l’antiquité, et qui peuvent causer de l’embarras. Le Français qui est la langue courante de l’Europe, et qui s'est enrichi de toutes ces expressions nouvelles et nécessaires, est beaucoup plus propre que le Latin à répandre dans le monde toutes ces connaissances nouvelles. (...)

Autant qu’on doit s’étonner qu’une femme ait été capable d’une entreprise qui demandait de si grandes lumières et un travail si obstiné, autant doit-on déplorer sa perte prématurée. Elle n'avait pas encore entièrement terminé le Commentaire, lorsqu'elle prévit que la mort pouvait l’enlever ; elle était jalouse de sa gloire et n'avait point cet orgueil de la fausse modestie, qui consiste à paraître mépriser ce qu’on souhaite, et à vouloir paraître supérieure à cette gloire véritable, la seule digne des grandes âmes, qu’il est beau de rechercher, et qu’on n’affecte de dédaigner que quand on est incapable d’y atteindre.

Elle joignit à ce goût pour la gloire, une simplicité qui ne l’accompagne pas toujours, mais qui est souvent le fruit des études sérieuses. Jamais femme ne fut si savante qu’elle, et jamais personne ne mérita moins qu’on dît d’elle, C'est une femme savante : elle ne parlait jamais de science qu’à ceux avec qui elle croyait pouvoir s'instruire, et jamais n’en parla pour se faire remarquer. On ne la vit point rassembler de ces Cercles où il se fait une guerre d’esprit, où l’on établit une espèce de tribunal, où l’on juge son siècle, par lequel, en récompense, on est jugé très séverement. Elle a vécu longtemps dans des sociétés où l’on ignorait ce qu’elle était, et elle ne prenait pas garde à cette ignorance."

(...)

Préface historique aux Principes mathématiques de la philosophie naturelle de Newton traduit par Madame du Châtelet

http://fr.wikisource.org/wiki/Principes_math%C3%A9matiques_de_la_philosophie_naturelle/Pr%C3%A9face_historique

 

repères à suivre : la « bosse » des maths

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