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Vendredi 18 décembre 2009 5 18 /12 /Déc /2009 08:07

La Gazette conclut cette série d'articles consacrée au temps avec la question obsédante qui nous taraude tous lorsqu'il faut se vêtir : mais quel temps fait-il ?


La question banale et souvent insipide chez nous revêt au contraire une dimension poignante chez nos amis britanniques attachés aux marques de bonne éducation teintée de pudeur de bon aloi. Il est certain que le climat océanique anglais explique néanmoins la fréquence du sujet de conversation...

Revenons à nos nuages... Et si nous relisions un passage d'une force inouïe qui rend toutes ses lettres de noblesse au temps qu'il fait. La scène se déroule sur la mer déchaînée par les vents :

 

« Le vaste trouble des solitudes a une gamme ; crescendo redoutable : le grain, la rafale, la bourrasque, l’orage, la tourmente, la tempête, la trombe ; les sept cordes de la lyre des vents, les sept notes de l’abîme. Le ciel est une largeur, la mer est une rondeur ; une haleine passe, il n’y a plus rien de tout cela, tout est furie et pêle-mêle. Tels sont ces lieux sévères. Les vents courent, volent, s’abattent, finissent, recommencent, planent, sifflent, mugissent, rient ; frénétiques, lascifs, effrénés, prenant leurs aises sur la vague irascible. Ces hurleurs ont une harmonie. Ils font tout le ciel sonore. Ils soufflent dans la nuée comme dans un cuivre, ils embouchent l’espace ; et ils chantent dans l’infini, avec toutes les voix amalgamées des clairons, des buccins, des olifants, des bugles et des trompettes, une sorte de fanfare prométhéenne. Qui les entend écoute Pan. Ce qu’il y a d’effroyable, c’est qu’ils jouent. Ils ont une colossale joie composée d’ombre. Ils font dans les solitudes la battue des navires. Sans trêve, jour et nuit, en toute saison, au tropique comme au pôle, en sonnant dans leur trompe éperdue, ils mènent, à travers les enchevêtrements de la nuée et de la vague, la grande chasse noire des naufrages. Ils sont des maîtres de meutes. Ils s’amusent. Ils font aboyer après les roches les flots, ces chiens. Ils combinent les nuages, et les désagrègent. Ils pétrissent, comme avec des millions de mains, la souplesse de l’eau immense. L’eau est souple parce qu’elle est incompressible. Elle glisse sous l’effort. Chargée d’un côté, elle échappe de l’autre. C’est ainsi que l’eau se fait l’onde. La vague est sa liberté. »

Victor Hugo, Les Travailleurs de la mer, IIème partie, livre III, chapitre II la lutte.


gazette-tetiere.jpgSi vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être Une Lettre d'amour (III) : le temps des reproches (George Sand et Musset)

Par LITTERATUS - Ecrire un commentaire - Publié dans : Vers et prose
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