Partager l'article ! Les variations du temps (VII) : le temps du miracle (Jean Bodel): La Gazette vous emmène sur les terrain du temps religi ...
Bienvenue à tous sur le site de la Gazette Littéraire, journal à thèmes créé en 2009, destiné à donner envie de lire ou de relire des œuvres du patrimoine culturel français et étranger !
Thème du mois de février 2012 : le ciel
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du 1er au 2 février 2012 : éditorial et sommaire,
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du 16 au 25 février 2012 : l'étude -synthèse- bibliographie,
du 26 au 29 février 2012 : quiz / proverbes et citations
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La Gazette vous emmène sur les terrain du temps religieux, cyclique et vous propose de lire un fabliau* du Moyen-âge. Un texte compliqué d'autrefois
? Nullement, c'est au contraire une découverte savoureuse qui vous est aujourd'hui proposée. Vous êtes prêts ?
"C'est d'un vilain et de sa femme que je veux vous conter l'histoire. Pour la fête de Notre-Dame, ils allaient prier à l'église. Avant de commencer l'office, le curé vint faire son sermon; il dit qu'il était bon de donner pour l'amour de Dieu et que Dieu rendait au double à qui donnait de bon cœur. «Entends-tu, belle sœur, ce qu'a dit le prêtre?» fait le vilain à sa femme. «Qui pour Dieu donne de bon cœur recevra de Dieu deux fois plus. Nous ne pourrions mieux employer notre vache, si bon te semble, que de la donner au curé. Elle a d'ailleurs si peu de lait. - Oui, sire, je veux bien qu'il l'ait, dit-elle, de cette façon.» Ils regagnent donc leur maison, et sans en dire davantage. Le vilain va dans son étable; prenant la vache par la corde, il la présente à son curé. Le prêtre était fin et madré: «Beau sire, dit l'autre, mains jointes, pour Dieu je vous donne Blérain.» Il lui a mis la corde au poing, et jure qu'elle n'est plus sienne. «Ami, tu viens d'agir en sage, répond le curé dom Constant qui toujours est d'humeur à prendre; Retourne en paix, tu as bien fait ton devoir: si tous mes paroissiens étaient aussi avisés que toi, j'aurais du bétail en abondance.» Le vilain prend congé du prêtre qui commande aussitôt qu'on fasse, pour l'accoutumer, lier Blérain avec Brunain, sa propre vache.
Le curé les mène en son clos, trouve sa vache, ce me semble, les laisse attachées l'une à l'autre. La vache du prêtre se baisse, car elle voulait pâturer. Mais Blérain ne veut l'endurer et tire la corde si fort qu'elle entraîne l'autre dehors et la mène tant par maison, par chènevières et par prés qu'elle revient enfin chez elle, avec la vache du curé qu'elle avait bien de la peine à mener. Le vilain regarde, la voit; il en a grande joie au cœur. «Ah! dit-il alors, chère sœur, il est vrai que Dieu donne au double. Blérain revient avec une autre: c'est une belle vache brune. Nous en avons donc deux pour une. Notre étable sera petite!»
Par cet exemple, ce fabliau nous montre que fol est qui ne se résigne. Le bien est à qui Dieu le donne et non à celui qui le cache et enfouit. Nul ne doublera son avoir sans grande chance, pour le moins. C'est par chance que le vilain eut deux vaches, et le prêtre aucune. Tel croit avancer qui recule."
Jean Bodel, Brunain, la vache au prêtre, fin XIIème siècle (version française), Wikisource
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