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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le temps du miracle (Jean Bodel)

Le thème du temps dans la littérature ne peut pas occulter la question du temps religieux avec Jean Bodel et son conte, Brunain, la vache au prêtre.

Temps, thème, littérature, Miracle, Bodel
 

Repères: thème du temps: les variations du temps (7)

Dans l'article précédent, il a été question du temps des réalités, voyons aujourd'hui la question du temps de la foi.

Religion

La Gazette vous emmène sur les terrain du temps religieux, cyclique et vous propose de lire un fabliau* du Moyen-âge. Un texte compliqué d'autrefois ? Nullement, c'est au contraire une découverte savoureuse qui vous est aujourd'hui proposée. Vous êtes prêts ?

Fabliau

"C'est d'un vilain et de sa femme que je veux vous conter l'histoire. Pour la fête de Notre-Dame, ils allaient prier à l'église. Avant de commencer l'office, le curé vint faire son sermon; il dit qu'il était bon de donner pour l'amour de Dieu et que Dieu rendait au double à qui donnait de bon cœur. «Entends-tu, belle sœur, ce qu'a dit le prêtre?» fait le vilain à sa femme. «Qui pour Dieu donne de bon cœur recevra de Dieu deux fois plus. Nous ne pourrions mieux employer notre vache, si bon te semble, que de la donner au curé. Elle a d'ailleurs si peu de lait. - Oui, sire, je veux bien qu'il l'ait, dit-elle, de cette façon.» Ils regagnent donc leur maison, et sans en dire davantage. Le vilain va dans son étable; prenant la vache par la corde, il la présente à son curé. Le prêtre était fin et madré: «Beau sire, dit l'autre, mains jointes, pour Dieu je vous donne Blérain.» Il lui a mis la corde au poing, et jure qu'elle n'est plus sienne. «Ami, tu viens d'agir en sage, répond le curé dom Constant qui toujours est d'humeur à prendre; Retourne en paix, tu as bien fait ton devoir: si tous mes paroissiens étaient aussi avisés que toi, j'aurais du bétail en abondance.» Le vilain prend congé du prêtre qui commande aussitôt qu'on fasse, pour l'accoutumer, lier Blérain avec Brunain, sa propre vache.

Le curé les mène en son clos, trouve sa vache, ce me semble, les laisse attachées l'une à l'autre. La vache du prêtre se baisse, car elle voulait pâturer. Mais Blérain ne veut l'endurer et tire la corde si fort qu'elle entraîne l'autre dehors et la mène tant par maison, par chènevières et par prés qu'elle revient enfin chez elle, avec la vache du curé qu'elle avait bien de la peine à mener. Le vilain regarde, la voit; il en a grande joie au cœur. «Ah! dit-il alors, chère sœur, il est vrai que Dieu donne au double. Blérain revient avec une autre: c'est une belle vache brune. Nous en avons donc deux pour une. Notre étable sera petite!»

Par cet exemple, ce fabliau nous montre que fol est qui ne se résigne. Le bien est à qui Dieu le donne et non à celui qui le cache et enfouit. Nul ne doublera son avoir sans grande chance, pour le moins. C'est par chance que le vilain eut deux vaches, et le prêtre aucune. Tel croit avancer qui recule."

Jean Bodel, Brunain, la vache au prêtre, fin XIIème siècle (version française), Wikisource
 

Repères à suivre: Le temps qu'il fait (Hugo) 

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Nathlie 24/02/2010 20:16


Tel qui croit avancer recule... à méditer ! ce que c'est drôle !


LITTERATUS 25/02/2010 11:13


un texte très ancien d'une drôlerie ravageuse...


Jean-Yves 17/12/2009 16:05


J'aime bien le moyen âge pour la partie château, jaime bien les châteaux. Mais ma période préféré est, depuis le siècle des luimères jusqu'en 1910 après c'est plus mon domaine de prédilection, en
tout cas pour le moment. Je peux changer d'avis avec l'âge...
Et Merci pour le "Ancien/Maître" qui n'en est qu'au début de sa vie d'artiste... Comment vas-tu m'appeller après hi hi hi !
Jean-Yves


LITTERATUS 18/12/2009 08:22


Excellentissime !


Jean-Yves 17/12/2009 12:19


Suis allé voir ce qu'était un "Fabliau". Et voilà encore un nouveau mot pour moi.
Je suis allé aussi essayé de lire l'original, heureusement que tu nous as donné la traduction !
Jean-Yves


LITTERATUS 17/12/2009 13:38


Ah oui, tu ne lis pas le vieux français couramment ? C'est étonnant ! tu peins comme...un Ancien ! (un Maître !)


flora 17/12/2009 10:11


Un langage savoureux  -  on sent les temps des veillées sans la télévision  -  qui nous transmet la morale sans lourdeur, plutôt avec humour, ce qui est toujours plus efficace!


LITTERATUS 17/12/2009 10:35


l'art de raconter des histoires n'est pas soumis aux variations du temps ! on les savoure toujours ...


martine 16/12/2009 17:36


Je te donne de bon coeur ce commentaire !


LITTERATUS 16/12/2009 18:05


Un grand merci !