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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Le temps suspendu (Lamartine)

Le thème du temps offre la possibilité de méditer avec Lamartine sur  le temps qui passe inexorablement : "Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices/Suspendez votre cours !

 

Repères : thème du temps: les variations du temps (3) 

Dans l'article précédent, nous nous sommes intéressés à la mesure du temps, voyons aujourd'hui s'il est possible de le suspendre avec un poète du XIXe siècle, Lamartine..

Lamartine

 Lamartine est un auteur romantique connu pour ses recueils en vers ou en prose qui comportent des pages d'anthologie dont nous avons publiées des extraits :  

Lamartine est moins connu pour ses prises de position politique défendues en sa qualité de député :

Le poète a enfin joué un rôle politique de premier plan lors de la révolution de février 1848 :

Suspension

La Gazette vous offre une méditation sur le temps qui passe inexorablement.

Peut-il s'arrêter un instant pour nous permettre de savourer les charmes de la vie ? C'est le sens du célébrissime poème de Lamartine.

Appréciez l'introduction qui vous conduit avec un certain lyrisme vers la quête du temps suspendu ….

Texte


Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
              Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
              Où tu la vis s’asseoir !


Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ;
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
              Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient- il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
              Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
              Laissa tomber ces mots :

« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
              Suspendez votre cours !

Laissez-nous savourer les rapides délices
              Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent :
              Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
              Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
              Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : ‹ Sois plus lente › ; et l’aurore
              Va dissiper la nuit.


« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
              Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
              Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
              Que les jours de malheur ?

Hé quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ? quoi! tout entiers perdus ?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
              Ne nous les rendra plus ?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
              Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes! forêt obscure !
Vous que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,

              Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
              Qui pendent sur tes eaux !

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
              De ses molles clartés!

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
              Tout dise : « Ils ont aimé ! »

Alphonse Lamartine, Premières méditations poétiques,

Méditation quatorzième, le Lac

(source : Wikisource) 

Repères à suivre: Le temps à suivre (De Banville) 

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Jean-Yves 09/12/2009 14:14


Étant néophyte dans le domaine de littérature j'en découvre un peu plus chaque jour. Je fais souvent des contre-sens dans mes lectures, et j'aime bien que l'on m'explique le sens d'un texte, d'un
poème ou d'un écrit, donc merci à toi et pour la référence de Flora.
Je vais aller faire un tour chez elle
Merci
Jean-Yves


LITTERATUS 09/12/2009 14:39


Tout le plaisir est pour moi ! bonne journée


lizagrèce 08/12/2009 19:25


Toujours de bonnes idées" La Martine "...


LITTERATUS 09/12/2009 08:16


Heureusement qu'il y en a qui ont des bonnes idées !


babel 08/12/2009 18:35



Merci pour le lien, je vais de ce pas aller le regarder, je serais peut-être enfin reconciliée avec Lamartine.



LITTERATUS 09/12/2009 08:15


Il n'y a qu'écouter... Lamartine est une personne qui gagne à être connue !


lizagrèce 08/12/2009 17:42


Ouf ! Ca y est !


LITTERATUS 08/12/2009 17:47


Reine de l'apnée ! je suis sûre que le lien de Martine te plaira (je le mets en boucle)... tu dois savoir  faire vivre un texte !
http://www.youtube.com/watch?v=6efxXEpy6Kc


martine 08/12/2009 16:09


Pour te remercier de ton passage http://www.youtube.com/watch?v=6efxXEpy6Kc 


LITTERATUS 08/12/2009 17:38


Ce poème de Lamartine récité et bien orchestré est une pure merveille : les mots prennent corps  avec une force d'intonation incroyable et pleine de sensibilité ...
Un grand merci Martine pour ce délicieux cadeau d'avant Noël !