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Mardi 8 décembre 2009 2 08 /12 /Déc /2009 07:40

La Gazette vous offre une méditation sur le temps qui passe inexorablement. Peut-il s'arrêter un instant pour nous permettre de savourer les charmes de la vie ? C'est le sens du célébrissime poème de Lamartine.

Appréciez l'introduction qui vous conduit avec un certain lyrisme vers la quête du temps suspendu ….


Ainsi, toujours poussés vers de nouveaux rivages,
Dans la nuit éternelle emportés sans retour,
Ne pourrons-nous jamais sur l’océan des âges
              Jeter l’ancre un seul jour ?

Ô lac ! l’année à peine a fini sa carrière,
Et près des flots chéris qu’elle devait revoir,
Regarde ! je viens seul m’asseoir sur cette pierre
              Où tu la vis s’asseoir !


Tu mugissais ainsi sous ces roches profondes ;
Ainsi tu te brisais sur leurs flancs déchirés ;
Ainsi le vent jetait l’écume de tes ondes
              Sur ses pieds adorés.

Un soir, t’en souvient- il ? nous voguions en silence ;
On n’entendait au loin, sur l’onde et sous les cieux,
Que le bruit des rameurs qui frappaient en cadence
              Tes flots harmonieux.

Tout à coup des accents inconnus à la terre
Du rivage charmé frappèrent les échos ;
Le flot fut attentif, et la voix qui m’est chère
              Laissa tomber ces mots :

« Ô temps, suspends ton vol ! et vous, heures propices,
              Suspendez votre cours !

Laissez-nous savourer les rapides délices
              Des plus beaux de nos jours !

« Assez de malheureux ici-bas vous implorent :
              Coulez, coulez pour eux ;
Prenez avec leurs jours les soins qui les dévorent ;
              Oubliez les heureux.

« Mais je demande en vain quelques moments encore,
              Le temps m’échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : ‹ Sois plus lente › ; et l’aurore
              Va dissiper la nuit.


« Aimons donc, aimons donc ! de l’heure fugitive,
              Hâtons-nous, jouissons !
L’homme n’a point de port, le temps n’a point de rive ;
              Il coule, et nous passons ! »

Temps jaloux, se peut-il que ces moments d’ivresse,
Où l’amour à longs flots nous verse le bonheur,
S’envolent loin de nous de la même vitesse
              Que les jours de malheur ?

Hé quoi ! n’en pourrons-nous fixer au moins la trace ?
Quoi ! passés pour jamais ? quoi! tout entiers perdus ?
Ce temps qui les donna, ce temps qui les efface,
              Ne nous les rendra plus ?

Éternité, néant, passé, sombres abîmes,
Que faites-vous des jours que vous engloutissez ?
Parlez : nous rendrez-vous ces extases sublimes
              Que vous nous ravissez ?

Ô lac ! rochers muets ! grottes! forêt obscure !
Vous que le temps épargne ou qu’il peut rajeunir,
Gardez de cette nuit, gardez, belle nature,

              Au moins le souvenir !

Qu’il soit dans ton repos, qu’il soit dans tes orages,
Beau lac, et dans l’aspect de tes riants coteaux,
Et dans ces noirs sapins, et dans ces rocs sauvages
              Qui pendent sur tes eaux !

Qu’il soit dans le zéphyr qui frémit et qui passe,
Dans les bruits de tes bords par tes bords répétés,
Dans l’astre au front d’argent qui blanchit ta surface
              De ses molles clartés!

Que le vent qui gémit, le roseau qui soupire,
Que les parfums légers de ton air embaumé,
Que tout ce qu’on entend, l’on voit ou l’on respire,
              Tout dise : « Ils ont aimé ! »

 

Alphonse Lamartine, Premières méditations poétiques,

Méditation quatorzième, le Lac

source : Wikisource.

 

  gazette-tetiere.jpg Si vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être Les variations du temps (IV) : le temps des souvenirs (Théodore de Banville)

Par LITTERATUS - Ecrire un commentaire - Publié dans : Vers et prose
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Commentaires

Étant néophyte dans le domaine de littérature j'en découvre un peu plus chaque jour. Je fais souvent des contre-sens dans mes lectures, et j'aime bien que l'on m'explique le sens d'un texte, d'un poème ou d'un écrit, donc merci à toi et pour la référence de Flora.
Je vais aller faire un tour chez elle
Merci
Jean-Yves
Commentaire n°1 posté par Jean-Yves le 09/12/2009 à 14h14
Tout le plaisir est pour moi ! bonne journée
Réponse de LITTERATUS le 09/12/2009 à 14h39
Toujours de bonnes idées" La Martine "...
Commentaire n°2 posté par lizagrèce le 08/12/2009 à 19h25
Heureusement qu'il y en a qui ont des bonnes idées !
Réponse de LITTERATUS le 09/12/2009 à 08h16

Merci pour le lien, je vais de ce pas aller le regarder, je serais peut-être enfin reconciliée avec Lamartine.

Commentaire n°3 posté par babel le 08/12/2009 à 18h35
Il n'y a qu'écouter... Lamartine est une personne qui gagne à être connue !
Réponse de LITTERATUS le 09/12/2009 à 08h15
Ouf ! Ca y est !
Commentaire n°4 posté par lizagrèce le 08/12/2009 à 17h42
Reine de l'apnée ! je suis sûre que le lien de Martine te plaira (je le mets en boucle)... tu dois savoir  faire vivre un texte !
http://www.youtube.com/watch?v=6efxXEpy6Kc
Réponse de LITTERATUS le 08/12/2009 à 17h47
Pour te remercier de ton passage http://www.youtube.com/watch?v=6efxXEpy6Kc 
Commentaire n°5 posté par martine le 08/12/2009 à 16h09
Ce poème de Lamartine récité et bien orchestré est une pure merveille : les mots prennent corps  avec une force d'intonation incroyable et pleine de sensibilité ...
Un grand merci Martine pour ce délicieux cadeau d'avant Noël !
Réponse de LITTERATUS le 08/12/2009 à 17h38
Je suspends mon souffle à cet instant de poésie
Commentaire n°6 posté par lizagrèce le 08/12/2009 à 15h05
oui, mais pas trop longtemps.. allez respire !
Réponse de LITTERATUS le 08/12/2009 à 17h29
Ce poème me rappelle des heures de cours de français où je ne comprenais que goutte... J'ai dû grandir car je trouve cela très... beau finalement...
Commentaire n°7 posté par Val le 08/12/2009 à 13h06
C'est bien de prendre de l'âge...Vive le temps !
Réponse de LITTERATUS le 08/12/2009 à 13h08
Et bien me voilà ravi pour la journée et la semaine, en plus d'Edgar Poe, voilà mon bagage litteraire qui s'agrandit avec Lamartine.
Merci
Bonne journée à toi,
Je m'en vais faire un petit coucou à la Mansarde, même si elle n'est pas là, elle verra le message à son retour.
JEan-Yves
Commentaire n°8 posté par Jean-Yves le 08/12/2009 à 12h20
Je t'invite à lire le commentaire de Flora sur cet article qui résume formidablement et l'ennui que peut présenter le poème lorsqu'on est jeune et inexpérimenté (!) et les richesses qui en découlent dès que l'on prend le temps de comparer le lac et le temps... Au demeurant Flora dessine merveilleusement cf. http://flora.over-blog.org/article-nu-couche-pastel-40460516.html
Moi aussi je créé du lien...
Réponse de LITTERATUS le 08/12/2009 à 12h50
Merci d'avoir donné l'occasion d'apprécier enfin ce poème de Lamartine que j'ai trouvé si barbant dans ses élans romantiques et théâtraux quand j'étais adolescente... En relisant, l'image d'un lac dans son immobilité (il ne "coule" pas) s'oppose à celle du temps qui s'écoule, insaisissable et c'est pour cette raison que le poète l'implore comme témoin pour qu'il le rassure que le passé a bien été une réalité... En vieillissant, je comprends mieux : j'ai souvent, moi-même cette quête...
Commentaire n°9 posté par flora le 08/12/2009 à 10h32
Décidément, tous ces textes nous sont proposés trop tôt...Le temps a du bon lorsqu'il nous permet d'apprécier à leur juste valeur des poèmes de toute beauté. Merci, Flora, pour votre analyse pleine de sensibilité !
Réponse de LITTERATUS le 08/12/2009 à 10h41
 
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