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Lundi 15 mars 2010 1 15 /03 /Mars /2010 06:11

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Le travail au sein des bureaux n'est pas une sinécure.

L'environnement professionnel peut être un sujet de tracas.

Prenez Monsieur Oreille qui est employé au Ministère de la Guerre et qui endure les quolibets de ses collègues à cause de l'avarice de sa femme.

Découvrez un extrait du conte de Maupassant où l'on comprend que les hommes qui se flattent d'appartenir à la classe bourgeoise se doivent de porter redingote, chapeau haut de forme (gibus) et  détenir un parapluie de bonne qualité...

***

« Mme Oreille était économe. Elle savait la valeur d’un sou et possédait un arsenal de principes sévères sur la multiplication de l’argent. Sa bonne, assurément, avait grand mal à faire danser l’anse du panier ; et M. Oreille n’obtenait sa monnaie de poche qu’avec une extrême difficulté. Ils étaient à leur aise, pourtant, et sans enfants ; mais Mme Oreille éprouvait une vraie douleur à voir les pièces blanches sortir de chez elle. C’était comme une déchirure pour son coeur ; et, chaque fois qu’il lui avait fallu faire une dépense de quelque importance, bien qu’indispensable, elle dormait fort mal la nuit suivante.

Oreille répétait sans cesse à sa femme :

Tu devrais avoir la main plus large, puisque nous ne mangeons jamais nos revenus.

Elle répondait :

On ne sait jamais ce qui peut arriver. Il vaut mieux avoir plus que moins.

C’était une petite femme de quarante ans, vive, ridée, propre et souvent irritée.

Son mari, à tout moment, se plaignait des privations qu’elle lui faisait endurer. Il en était certaines qui lui devenaient particulièrement pénibles, parce qu’elles atteignaient sa vanité.

Il était commis principal au Ministère de la guerre, demeuré là uniquement pour obéir à sa femme, pour augmenter les rentes inutilisées de la maison.

Or, pendant deux ans, il vint au bureau avec le même parapluie rapiécé qui donnait à rire à ses collègues. Las enfin de leurs quolibets, il exigea que Mme Oreille lui achetât un nouveau parapluie. Elle en prit un de huit francs cinquante, article de réclame d’un grand magasin. Des employés, en apercevant cet objet jeté dans Paris par milliers, recommencèrent leurs plaisanteries, et Oreille en souffrit horriblement. Le parapluie ne valait rien. En trois mois, il fut hors de service, et la gaieté devint générale dans le Ministère. On fit même une chanson qu’on entendait du matin au soir, du haut en bas de l’immense bâtiment.

Oreille, exaspéré, ordonna à sa femme de lui choisir un nouveau riflard, en soie fine, de vingt francs, et d’apporter une facture justificative. » (...)

Guy de Maupassant (1850-1893), le parapluie, extrait des Soeurs Rondoli publié en 1884. Wikisource.

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Si vous avez aimé cet article, vous aimerez peut-être voir une autre approche de la vie de bureau avec La paresse humaine, source de divertissement (III) (M. Badin, Courteline)

 

Par LITTERATUS - Ecrire un commentaire - Publié dans : Vers et prose
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Commentaires

Guy de Maupassant, je suis en plein dedans, Je lis "Une vie" et "Le Horla" j'ai bien sur "Bel ami" à voir aussi alors pourquoi pas "Le parapluie" hi hi hi !
J'altèrne d'un livre à l'autre, car j'ai du mal resté sur le même livre, par manque de concentration... Mais cela ne me dérange pas pour le moment.
Jean-Yves
Commentaire n°1 posté par JEan-Yves le 19/03/2010 à 09h26
Coïncidence heureuse ! j'en suis heureuse !
Réponse de LITTERATUS le 19/03/2010 à 12h35
J'aime beaucoup la plume de Maupassant qui  conte si bien, entre autres,   la médiocre condition des "ronds de cuir". C'est un plaisir de lire cette  langue vive émaillées d'expressions ou de  mots aujourd'hui disparus comme : la monnaie de poche ou le riflard...
Commentaire n°2 posté par lizagrèce le 15/03/2010 à 22h54
Le nom de Monsieur Oreille prête déjà à sourire ! Pauvre homme obligé de demander de l'argent à sa femme qui finit par l'exiger, touché par sa vanité ...
Réponse de LITTERATUS le 16/03/2010 à 08h13
Et encore, le gars Oreille, il travaillait sans doute pas dans un infame open-space comme c'est la regle ici... argh. a+
Commentaire n°3 posté par Pascal le 15/03/2010 à 19h51
Je ne peux m'empêcher de voir au Ministère Monsieur Oreille dans une grande pièce ouverte avec des bureaux dans l'alignement mais sans cloison en plexiglas : un open-space mais en pire... si, c'est possible !
Réponse de LITTERATUS le 16/03/2010 à 08h11
Enfin un peu de rire avec Mme Oreille et Célestine !
Commentaire n°4 posté par Babel le 15/03/2010 à 19h29
Pour tordre le cou à la morosité !
Réponse de LITTERATUS le 16/03/2010 à 08h08
En parlant de métiers : le haîku de ta cuisinière est en ligne ce matin !
Commentaire n°5 posté par lizagrèce le 15/03/2010 à 08h58
 c'est sans prétention !
Réponse de LITTERATUS le 15/03/2010 à 14h57
C'est que ça coûte cher un parapluie... il n'y a pas de petites économies...
Commentaire n°6 posté par Val le 15/03/2010 à 08h20
Pour Madame Oreille, c'est certain !
Réponse de LITTERATUS le 15/03/2010 à 14h57
Bonjour L

Maupassant est toujours si plaisant à lire, je t'en remercie !

J'aime sa satire sociale, son oeil si perçant sur les travers des gens

Un régal !

Bonne journée, bises, Lyly  
Commentaire n°7 posté par lyly le 15/03/2010 à 06h36
Mais l'histoire du parapluie ne s'arrête pas là. Madame Oreille  est prête à tout même à faire une fausse déclaration à une compagnie d'asssurance...
à très bientôt !
Réponse de LITTERATUS le 15/03/2010 à 08h06
 
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