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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Les plaisirs de la table : un banquet extraordinaire (Pétrone)

 

pompei.jpg(fresque Pompéi)

 

Rien n'est plus triste que les plaisirs de la table lorsqu'ils ne sont pas partagés. Quoi de mieux que d'effectuer des agapes en bonne compagnie ?

 

La Gazette vous propose de participer à un... banquet chez Trimalcion, archétype du nouveau riche romain, particulièrement vaniteux.

 

Ce dernier cherche à éblouir ses convives dans le cadre d'un repas somptueux où la qualité des mets rime avec un service tape-à-l'œil.

 

L'extrait qui est proposé aujourd'hui place les invités dans un embarras complet. Ces derniers qui ont déjà bien ripaillé pensent que la fin du repas est proche.


Mais un festin réserve souvent des surprises...

 

***

 

" Nous remerciâmes notre amphitryon de sa générosité et de son indulgence extrêmes ; et, pour ne pas étouffer de rire, nous eûmes recours à de fréquentes rasades. Mais, hélas ! nous ne savions pas que nous n’étions encore parvenus qu’à la moitié de ce splendide et interminable festin. En effet, lorsque l’on eut desservi les tables au son des instruments, nous vîmes entrer dans la salle trois cochons blancs, muselés et ornés de clochettes. L’esclave qui les conduisait nous apprit que l’un avait deux ans, l’autre trois, et que le dernier était déjà vieux. Pour moi, je pensais que ces animaux qu’on venait d’introduire étaient de ces porcs acrobates qu’on voit figurer dans les cirques, et qu’ils allaient nous faire voir quelques tours merveilleux. Mais Trimalcion, dissipant notre incertitude : — Lequel des trois, nous dit-il, voulez-vous manger ? on va vous l’apprêter sur-le-champ. Des cuisiniers de campagne font cuire un poulet, un faisan ou d’autres bagatelles ; mais les miens font bouillir à la fois un veau tout entier. Qu’on appelle le cuisinier ! — et, sans nous laisser l’embarras du choix, il lui ordonne de tuer le porc le plus vieux. Puis, élevant la voix : — De quelle décurie es-tu ? lui dit-il. — De la quarantième. — Es-tu né chez moi ou acheté ? — Ni l’un, ni l’autre. Je vous ai été légué par le testament de Pansa. — Fais donc en sorte de me servir promptement ce cochon ; sinon, je te fais reléguer dans la décurie des valets de basse-cour. — Le cuisinier n’eut pas plutôt entendu cette menace d’un maître dont il connaissait le pouvoir, qu’il partit, entraînant le porc vers sa cuisine. (…)

 

Trimalcion n’avait pas encore débité toutes ses extravagances, lorsqu’on servit un énorme porc sur un plateau qui couvrit une grande partie de la table. La compagnie aussitôt de se récrier sur la diligence du cuisinier ; chacun jurait qu’il aurait fallu plus de temps à un autre pour cuire un poulet ; et ce qui augmentait encore notre surprise, c’est que ce cochon nous paraissait beaucoup plus gros que le sanglier qu’on nous avait servi un peu auparavant. Cependant, Trimalcion l’examinant avec une attention toujours croissante : — Que vois-je ? dit-il ; ce porc n’est pas vidé ! non, certes, il ne l’est pas. Courez, et faites-moi venir ici le cuisinier. — Le pauvre diable s’approche de la table, et, en tremblant, confesse qu’il l’a oublié. — Comment, oublié ! s’écrie Trimalcion en fureur. Ne dirait-on pas, à l’entendre, qu’il a seulement négligé de l’assaisonner de poivre et de cumin ? Allons, drôle, habit bas ! — Aussitôt le coupable est dépouillé de ses vêtements et placé entre deux bourreaux. Sa mine triste et piteuse attendrit l’assemblée, et chacun s’empresse d’implorer sa grâce : — Ce n’est pas, disait-on, la première fois que pareille chose arrive ; veuillez, nous vous en prions, lui pardonner pour aujourd’hui ; mais, si jamais il y retombe, personne de nous n’intercédera en sa faveur. — Je ne pus me défendre de traiter avec une sévérité beaucoup plus grande un pareil oubli ; et me penchant vers Agamemnon, je lui dis à l’oreille : — Cet esclave doit être un grand drôle. Oublier de vider un cochon ! par tous les dieux ! je ne lui pardonnerais pas même d’oublier de vider un poisson. — Il n’en fut pas de même de Trimalcion ; car, se déridant tout à coup : — Eh bien ! lui dit-il en riant, puisque tu as si peu de mémoire, vide à l’instant ce porc devant nous. — Le cuisinier remet sa tunique, se saisit d’un couteau, et, d’une main tremblante, ouvre en plusieurs endroits le ventre de l’animal. Soudain, entraînés par leur propre poids, des monceaux de boudins et de saucisses se font jour à travers ces ouvertures qu’ils élargissent en sortant."


Satyricon, le festin de Trimalcion, Pétrone

source :  http://fr.wikisource.org/wiki/Satyricon_-_Trimalcion

 

 

 

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flora 14/06/2011 11:54



A la lecture de ce banquet, on ne peut ne pas penser aux bienfaits du végétarisme...



Litteratus 14/06/2011 19:47



Et une petite andouillette sur le pouce ?



lizagrèce 12/06/2011 22:17



Les banquets de l'époque donnaient lieu à des "jeux" bien cruels !


http://maisondeliza.over-blog.fr



Litteratus 13/06/2011 13:23



ô tempora, ô mores !



mer 12/06/2011 19:05



l'histoire ne dite pas si on pouvait encore en reprendre



Litteratus 12/06/2011 19:13



je ne suis pas sûre qu'ils aient eu encore faim...