Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
Gazette littéraire

Les plaisirs de la table : l'absence de modération (Gargantua, Rabelais )

 

221030313_8542bc7386.jpg

 

 

 

Après la gourmandise, les plaisirs de la table peuvent conduire à un plus grand dérèglement : la gloutonnerie.

 

Retrouvons un personnage très connu de notre patrimoine littéraire, Gargamelle, qui enceinte de Pantagruel se trouve dans une situation impérieuse : elle a une faim énorme.


L'extrait d'aujourd'hui nous montre les quantités avalées pour prétendre à la satiété.

 

Précisons que c'est après ce repas « pantagruélique » que Gargamelle mettra au monde son fils, né de son oreille comme chez tout un chacun !

***

 

" L’occasion et manière comment Gargamelle enfanta fut telle. Et si ne le croyez, le fondement vous échappe ! Le fondement lui échappait une après-diner, le iij. jour de févier, par trop avoir mangé de gaudebillaux. Gaudebillaux : sont grasses tripes de coiraux. Coiraux : sont beufs engraissés à la crèche et prés guimaulx. Près guimaulx : sont qui portent herbe deux fois l’an. D’iceulx gras beufs auoient fait tuer trois cens soixante sept mille et quatorze, pour être à mardi gras sallés: affin qu’en la prime vere ilz euſſent beuf de ſaiſon à tas pour, au commencement des repaſtz, faire commemorations de ſaleures et mieulx entrer en vin.

Les tripes furent copieuſes, comme entendez : & tant friandes eſtoient que chaſcun en leichoit ſes doigtz. Mais la grande diablerie à quatre perſonnaiges eſtoit bien en ce que poſſible n’eſtoit longuement les reſeruer, car elles feuſſent pourries. Ce que ſembloit indecent. Dont fut conclud qu’ils les bauffreroient ſans rien y perdre. A ce faire conuierent tous les citadins de Sainnais, de Suillé, de la Roche Clermaud, de Vaugaudray, sans laisser arrieres le Coudray Montpensier, le Gué de Vede et aultres voisins, tous bons beveurs, bons compaignons, et beaulx joueurs de quille là.

Le bon homme Grandgousier y prenoit plaisir bien grand et commendoit que tout allast par escuelles. Disoit toutesfoys à sa femme qu’elle en mangeast le moins, veu qu’elle aprochoit de son terme et que ceste tripaille n’estoit viande moult louable : « Celluy (disoit il) a grande envie de mascher merde, qui d’icelle le sac mangeue. » Non obstant ces remonstrances, elle en mangea seze muiz, deux bussars et six tupins. O belle matiere fecale que doivoit boursouffler en elle !

Après disner, tous allerent pelle melle à la Saulsaie, et là, sus l’herbe drue, dancerent au son des joyeux flageolletz et doulces cornemuzes tant baudement que c’estoit passetemps celeste les veoir ainsi soy rigouller."

Gargantua (ch 4), Rabelais - Alphonse Lemerre, 1868 (pp. 19-20).

http://fr.wikisource.org/wiki/%C5%92uvres_de_Rabelais/%C3%89dition_1868/Gargantua/Chapitre_4

 

Partager cet article

Repost 0

Commenter cet article

lizagrèce 14/06/2011 12:36



Je ne sais si ce texte met en appétit mais il est truculent et nous signale qu'enfant de Gargamelle ou enfant de roi, nous naissons tous par  le meême endroit .


http://maisondeliza.over-blog.fr



Litteratus 14/06/2011 19:48



et totalement nu !



flora 14/06/2011 12:00



Il est midi: je n'ai plus faim...



Litteratus 14/06/2011 19:47



tout est une question de taille... d'estomac !