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Gazette littéraire

Les misères de Charles Cronin (3)

Les misères de Charles Cronin (3)

Repères : Tour d'Angleterre : Oxford

 

Résumé : Charles Cronin, professeur de philosophie depuis plus de trente ans à Christ Church Collège d'Oxford a la désagréable surprise de découvrir que sa chaudière est en panne en plein hiver et que son lave-vaisselle a lui aussi cessé de fonctionner. Cela tombe fort mal car une nouvelle conférence à préparer sur le thème du divertissement occupe son esprit. Habitué à ne gérer aucun problème domestique, le voici contraint de téléphoner aux services après-vente. Il expérimente alors la problématique pascalienne tendant au divertissement de la pensée focalisée, en l'espèce, sur le froid.

 

***

 

Une fulgurante découverte

Le lendemain, c'est avec une impatience non dissimulée que Charles se mit à attendre le plombier. La fin de mes petites misères,dit-il en français. Notre héros était un peu comédien à ses heures. Il aimait à se plaindre et à compatir à ses petits malheurs. Il avait pris les choses en main durant ces dernières vingt-quatre heures en organisant son inconfort. Le feu dans la cheminée du salon avait permis d'obtenir une température ambiante de dix-huit degrés, suffisante pour qu'il demeure avec ses livres, son gilet écossais et son plaid sur ses jambes.

Au bout de quelques heures, il réalisa par une sorte de fulgurance qu'il n'avait finalement pas besoin de grand chose d'autres pour être heureux. Il expérimenta alors ce que les misères notamment domestiques de l'homme peuvent le détourner de l'essentiel. Il avait ainsi vécu la veille une parenthèse de félicité pure. Il se rendit compte qu'il se suffisait à lui-même. Une vie dépouillée d'artifices le comblait dès lors qu'il lui était loisible de lire et d'écrire. Une vie de véritable anachorète. Personne n'avait troublé le charme de la situation. Les importuns, les casse-pieds, il les subissait assez durant l'année pour savourer cet instant de douce solitude. Il était là pour la première fois de sa vie dans un état de béatitude inouïe. Sa femme avec son compte-rendu téléphonique exhaustif, trop exhaustif de son point de vue, venait même à troubler ces instants de débat avec soi-même. Du bruit, du bruit !disait Charles en reposant le combiné téléphonique d'aise. Il était heureux dans sa maison pourtant parfaitement inhospitalière. Il jouissait pleinement du paradoxe de la situation.

 

La fin des petites misères ?

La sonnette de la porte d'entrée retentit et notre héros fit pénétrer le plombier dans la cuisine. Le nouveau venu qui se prénommait, Dave, chercha à atteindre l'appareil, ce qu'il ne put faire qu'en déposant le placard. Un vrai travail de démolition !pensa Charles qui constata avec effroi les projections de bois ça et là dans la pièce. Enfin accédant à la machine, l'homme de l'art appliqua, comme on le lui avait appris, la procédure. Il conclut que ce n'était pas le système d'allumage qui posait problème ; il vérifia les autres composants sans trouver d'explication à la panne. Le constat s'imposa : la chaudière se mettait sans raison hors-circuit.

- Pourquoi cette machine se met-elle en position de sécurité, demanda soudainement Dave après une heure de tentatives infructueuses.  

- Bonne question ! répondit civilement Charles qui bien sûr n'en avait aucune idée.

 

Un exposé pédagogique

Le plombier lui montra alors le fonctionnement complet de l'appareil. Le propriétaire des lieux écouta avec attention ce brillant exposé tout en espérant, secrètement, que le digne expert qu'il avait en face de lui trouverait une solution à la panne. Au bout de deux heures, Charles proposa avec une courtoisie naturelle une tasse de thé ; ce dernier accepta avec plaisir. Les deux hommes assis dans la cuisine échangèrent ainsi librement sur les aléas du confort moderne, en général, et, sur la performance de la chaudière SP2500, en particulier. Du bavardage à jet continu !pensa Charles avec stoïcisme. Il répondait à la logorrhée de son interlocuteur manifestement dépassé par le problème technique.

Après avoir reposé sa tasse, le plombier reprit pourtant son travail. Mais rapidement, il déclara forfait. Il promit de revenir le lendemain dans l'après midi pour le «thé» dit-il en clignant de l’œil d'un air entendu.

 

Une inquiétude sourde

Marri, Charles ne sut marquer son désappointement de manière vigoureuse. Il salua Dave en croisant les doigts pour que l'intervention nouvelle à venir soit plus chanceuse. Heureusement que l'autre appareil allait connaître un meilleur sort !Il se réconforta comme il le pouvait. Il n'avait perdu qu'un matinée de travail ! Mais les choses allaient-elles consentir à aller dans le bon sens ?se demanda-il un peu inquiet. (à suivre)

 

Repères à suivre : une nouvelle approche du divertissement...

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