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Gazette littéraire

Les maths en thérapie (4)

 

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  Le feuilleton de la Gazette Littéraire : soigner "le mal" des maths

 Repères : thème des mathématiques : saynète


Résumé : Il  a été indiqué dans les scènes précédentes qu’une violente dispute entre une mère et son petit garçon a eu lieu au sujet d’un problème de mathématiques. La réaction disproportionnée conduit la mère à consulter son médecin traitant. Ce dernier comprend rapidement que cette dernière souffre de névrose et l'envoie chez un psychothérapeute. Il est néanmoins interloqué par les propos de sa patiente. Il disserte longuement sur le « mal des » maths ! Aujourd’hui, a lieu le premier rendez-vous chez la psychothérapeute.

***


Scène 4 : chez Madame Duvauchelle, psychothérapeute

 Madame Duvauchelle, Anne Rouget.


 Madame Duvauchelle

Je lis la lettre de votre médecin traitant. Cette phobie que vous avez concerne, si je comprends, bien les mathématiques. Pouvez-vous m’en dire plus ?

Anne Rouget

Cela peut prêter à rire je le sais bien, c’est  pourquoi je ne l’ai jamais dit à personne !

Madame Duvauchelle

Si vous saviez Madame la diversité des phobies que j’ai à traiter ; vous seriez étonnée : peur de conduire, peur de la foule, crainte de prendre l’ascenseur en passant par la phobie des araignées ou des champignons. Je suis une véritable marchande de névroses. J’en ai pour tous les goûts ! Soyez à l’aise, parlez  sans crainte, je ne porte aucun jugement, je suis là pour vous aider. Alors ces maths ?

Anne Rouget

Les maths m’ont toujours causé un problème. Déjà petite, effectuer les quatre opérations ont constitué un apprentissage difficile. J’ai eu longtemps des problèmes avec les retenues ! Je ne voyais pas du tout pourquoi il fallait s’obstiner à les inscrire en bas et en haut. J’ai toujours pensé qu’il fallait les laisser libres ces chiffres, comme les animaux. Petite, j’étais très sensible et très proche de la protection des espèces.

Madame Duvauchelle

Vous aviez l’impression que l’on mettait les retenues en « cage » ?

Anne Rouget

Exactement ! Et je trouvais cela injuste ! Je m’y refusais vigoureusement ! On a bien cherché à exercer des contraintes contre moi. Les mauvaises notes, puis les punitions. Mes parents se mirent à me menacer des pires sanctions. Mais c’était plus fort que moi, on ouvre la cage des chiffres comme celle des oiseaux…

Madame Duvauchelle 

Combien de temps avez-vous tenu dans cette volonté de fer?

Anne Rouget

Eh bien, un certain temps, je crois car mes bulletins de primaire ont pointé ce fait durant de nombreuses années. Mais comme j’étais bonne en Français, on me laissait passer…

Madame Duvauchelle,

Quand avez-vous cessé de croire à la cage des animaux ?

Anne Rouget

Lorsque j’ai découvert les différents plans en géométrie ! J’ai compris au contraire l’incroyable liberté dans laquelle on évoluait en mathématiques. Mais cette révélation a été pire que tout ; elle était trop grande pour moi. J’étais littéralement perdue. Je ne concevais pas toutes ces hypothèses, tous ces calculs basés sur des postulats. Je vivais dans le concret et évidemment, j’étais dépassée.

Madame Duvauchelle

Vos résultats scolaires s’en sont ressentis ?

Anne Rouget

Oh la la ! oui, c’était dès la sixième, la catastrophe ! Je comprenais la leçon lors de la correction des interrogations ! Je me disais en corrigeant ma pauvre copie que ce n’était finalement pas si difficile mais c’était évidemment trop tard ! Durant toute ma scolarité, j’ai été dans le tunnel des maths, avec des ombres, de la lumière artificielle, mais jamais celle du  jour. C’était long et pénible comme traversée !

Madame Duvauchelle 

Comment vous est venue cette phobie à proprement parler ?

Anne Rouget

En seconde, j’ai complètement décroché et je me suis mise à avoir des palpitations dès que j’entrais en cours. Madame Roi me paralysait avec ses phrases courtes, ses schémas au tableau. Je voyais rouge. Rouge comme les plaques sur mes bras que je grattais consciencieusement ! Je perdais tous mes moyens dès qu’on m’interrogeait. Je faisais des cauchemars, toujours plus ou moins le même, celui d’un train parti avec ceux que j’aimais … j’étais toute seule à quai…

Madame Duvauchelle  

Vous vous réveillez le matin dans quel état ?

Anne  Rouget

J’avais dû pleurer car j’avais la mine toute chiffonnée.

Madame Duvauchelle

Vous n’en avez jamais parlé à vos parents ?

Anne Rouget

Non, j’avais trop honte ! Personne ne comprenait d’ailleurs comment je pouvais être si nulle. On me rappelait souvent l’existence de ce grand-père polytechnicien dont je n’avais hérité manifestement d’aucune de ses prédispositions. Mes parents pensaient que je me révèlerais bien un jour ; dans l’attente de ce grand jour, le Grand Réveil, comme ils le disaient, ils m’offraient généreusement des petits cours particuliers pour tenter de remettre à niveau.

Madame Duvauchelle 

Ça ne marchait pas ?

Anne Rouget

Vous ne les connaissez pas ces étudiants en maths Sup ! Ils ne savent tout bonnement pas expliquer. Ils étaient dans leur monde bouillonnant d’équations et de calcul d’angles de figures plus ou moins étranges, et moi, dans le mien, une mer plate et calme. Il n’y a eu évidemment pas de point de contact, sauf une fois avec l’un d’eux qui s’est permis des privautés avec moi : s’il me trouvait parfaitement bouchée en maths, il considéra que j’avais néanmoins de l’intérêt dans une matière moins académique. Par curiosité, je tentais l’expérience et je confirme que la bosse des maths ne se transmet pas par le filtre de l’amour. J’étais à  deux ans du bac….


Repères à suivre : les maths en section littéraire

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