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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Les larmes du prince heureux (O.Wilde)

 

Les larmes du prince heureux (O.Wilde)

Repères : hors-série de l'hiver 2012 : le Prince Heureux (O. Wilde)


Dans l'article précédent, il a été présenté les deux protagonistes du conte de Noël d'Oscar Wilde, le Prince heureux : il est en effet question d'une statue revêtue de couches d'or et richement sertie de rubis et de saphirs est dotée du langage et de la sensibilité la plus exquise et d'une hirondelle un peu égoïste. Sur sa route migratoire, l'oiseau cherche un asile et le trouve sur la colonne de la statue...


***

- Je vais me percher là, cria-t-elle. Le site est joli. Il y a beaucoup d'air frais.
De la sorte elle vint s'abattre tout juste entre les pieds du Prince Heureux.

- J'ai une chambre dorée, se disait-elle doucement après avoir regardé autour d'elle.
Et elle se prépara à dormir.

Mais, comme elle mettait sa tête sous son aile, voici qu'une large goutte d'eau tomba
sur elle.

-Comme c'est curieux ! s'écria-t-elle. Il n'y a pas un nuage au ciel, les étoiles sont tout à fait claires et brillantes, et voilà qu'il pleut Le climat du nord de l'Europe est vraiment étrange. Le roseau aimait la pluie, mais c'était pur égoïsme de sa part.

Alors une nouvelle goutte vint à tomber.

-A quoi sert une statue, si elle ne garantit pas de la pluie, fit l'Hirondelle. Je vais chercher un bon auvent de cheminée.

Et elle se décidait à prendre son vol plus loin.

Mais avant qu'elle n'ouvrît ses ailes, une troisième goutte tomba.

L'Hirondelle regarda au-dessus d'elle et elle vit.

Ah que vit-elle?

Les yeux du Prince Heureux étaient pleins de larmes, et les larmes coulaient sur ses joues d'or.
Son visage était si beau au clair de lune, que la petite Hirondelle se sentit envahie par la pitié.
- Qui êtes-vous? dit-elle.

- Je suis le Prince Heureux.

- Alors, pourquoi pleurnichez-vous comme cela? demanda l'Hirondelle. Vous m'avez presque trempée.

- Quand j'étais vivant et que j'avais un cœur d'homme, répliqua la statue, je ne savais pas ce que c'était que les larmes, car je vivais au Palais de Sans-Souci, dont on ne permet pas l'entrée au chagrin. Le jour, je jouais avec mes compagnons dans le jardin et, le soir, je dansais dans le grand hall. Autour du jardin courait une très haute muraille, mais je n'eus jamais fantaisie de ce qu'il y avait au delà de cette muraille, tout ce qui m'entourait était si beau. Mes courtisans m'appelaient le Prince Heureux, et certes, j'étais vraiment heureux si le plaisir c'est le bonheur. Ainsi je vécus, ainsi je mourus, et, maintenant que je suis mort, ils m'ont huché si haut que je puis voir toutes les laideurs et toutes les misères de ma ville, et quoique mon cœur soit de plomb, il ne me reste d'autre ressource que de pleurer.

-Quoi il n'est pas d'or de bon aloi, pensa l'Hirondelle à part elle.

Elle était trop bien élevée pour faire tout haut aucune remarque sur les gens.


Repère à suivre : la première demande du Prince heureux (Wilde)

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