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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

L'indifférence dans la fratrie (Renard)

L'indifférence dans la fratrie (Renard)

 

La cruauté des jeux de l'enfance

(Repères : thème de la fratrie dans la littérature : présentation)

Les jeux entre frères et sœurs peuvent être cruels. La Gazette propose une illustration de cette vérité générale avec un extrait célèbre tiré d'une œuvre de Jules Renard : Poil de Carotte.

Madame Lepic ne peut souffrir son dernier-né. Sa préférence se porte en effet sur ses deux autres enfants, Félix et Ernestine. Ces derniers profitent de la situation sans égard pour le cadet.

Ces derniers entretiennent avec leur frère des relations teintées d'indifférence et de mépris comme l'atteste la première scène qui campe d'un trait la triste situation familiale des Lepic : 

***

"— Je parie, dit madame Lepic, qu’Honorine a encore oublié de fermer les poules.

C’est vrai. On peut s’en assurer par la fenêtre. Là-bas, tout au fond de la grande cour, le petit toit aux poules découpe, dans la nuit, le carré noir de sa porte ouverte.

Félix, si tu allais les fermer ? dit madame Lepic à l’aîné de ses trois enfants.

Je ne suis pas ici pour m’occuper des poules, dit Félix, garçon pâle, indolent et poltron.

Et toi, Ernestine ?

Oh ! Moi, maman, j’aurais trop peur !

Grand frère Félix et sœur Ernestine lèvent à peine la tête pour répondre. Ils lisent, très intéressés, les coudes sur la table, presque front contre front.

Dieu, que je suis bête ! Dit madame Lepic. Je n’y pensais plus. Poil de Carotte, va fermer les poules ! Elle donne ce petit nom d’amour à son dernier né, parce qu’il a les cheveux roux et la peau tachée. Poil de Carotte, qui joue à rien sous la table, se dresse et dit avec timidité :

Mais, maman, j’ai peur aussi, moi.

Comment ? Répond madame Lepic, un grand gars comme toi ! C’est pour rire. Dépêchez-vous, s’il te plaît !

On le connaît ; il est hardi comme un bouc, dit sa sœur Ernestine.

Il ne craint rien ni personne, dit Félix, son grand frère.

Ces compliments enorgueillissent Poil de Carotte, et, honteux d’en être indigne, il lutte déjà contre sa couardise. Pour l’encourager définitivement, sa mère lui promet une gifle.

Au moins, éclairez-moi, dit-il.

Madame Lepic hausse les épaules, Félix sourit avec mépris. Seule pitoyable, Ernestine prend une bougie et accompagne petit frère jusqu’au bout du corridor.

Je t’attendrai là, dit-elle.

Mais elle s’enfuit tout de suite, terrifiée, parce qu’un fort coup de vent fait vaciller la lumière et l’éteint. (...) "

 

Poil de carotte, Jules Renard

http://fr.wikisource.org/wiki/Poil_de_Carotte

 

Repères à suivre : introduction : la jalousie

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lizagrèce 14/05/2012 21:29


Quel beau roman ! Il parle de la fratrie certes mais aussi de l'amour maternel qui n'est d'après Jules Renard pas instinctif 


http:/:maisondeliza.over-blog.fr

Litteratus 17/05/2012 19:41



Il savait de quoi il parlait le pauvre Jules...