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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Les exclus de la fête : l'indifférence affichée (Albert Libertad)

 

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Comment réveillonner sans penser aux exclus de la fête ? La Gazette vous propose de lire un extrait bien campé de deux mondes qui cohabitent dans une indifférence manifeste.

Les loqueteux face aux bourgeois, telle est la description faite par cet auteur anarchiste. Une description qui appartient au passé ? La réponse n'est pas si certaine...

 

***

"Ce jour-là, l’année se terminait ; c’était fête par cette ville, mais la nature paraissait bouder et la neige tombait à gros flocons. Malgré cela, tout le long des rues, les magasins jetaient des flots de lumière et les yeux étaient attirés par des amas de victuailles bizarrement achalandés.

Les promeneurs, les acheteurs étaient nombreux : les uns, recouverts de chaudes fourrures, allaient riant béats, se moquant de la froidure ; les autres, au contraire, marchaient craintivement, ils étaient recouverts de loques, au travers desquelles se dessinaient leurs os ou se montraient leur chair.

De temps en temps, les seconds prenaient devers les premiers des attitudes suppliantes, que vous ne connaissez pas, chers enfants, mais qui consistaient à tendre la main en prononçant des paroles sans suite, d’un ton dolent. Ils demandaient l’aumône, c’est-à-dire qu’ils priaient les heureux de leur donner une part de leur superflu afin de pouvoir acquérir du nécessaire pour eux et leurs enfants. Les trois quarts des bien-vêtus passaient indifférents ; d’autres, parcimonieusement, cherchaient en leur poche la plus petite offrande pour leur donner.

Quand les loqueteux se montraient trop entreprenants, des hommes habillés tous de même sorte, bien chaudement, les rudoyaient et les chassaient des larges voies ; quelquefois même ils les emmenaient après leur avoir mis des chaînes aux mains. Et il y avait, en même temps, si peu d’humanité, si peu de respect de la dignité humaine, que les gens bien vêtus faisaient cercle et jetaient des lazzis aux pauvres hères ainsi traités, et que les mal-vêtus courbaient la tête, effaçaient leurs épaules, tâchant de faire oublier leur crime d’être pauvres en acquiesçant aux actes des hommes en uniforme.

Ces derniers s’appelaient des agents de la force publique, on les entretenait gros et gras ; ils avaient mission de défendre les bien-vêtus, les bien-nourris, contre les loqueteux, les miséreux. Ils étaient, ce qui vous étonnera, de cette classe si malheureuse."

La légende de Noël dédiée aux petits-enfants de l’an 3000 (ou plus), Albert Libertad

http://fr.wikisource.org/wiki/La_l%C3%A9gende_de_No%C3%ABl_D%C3%A9di%C3%A9e_aux_petits-enfants_de_l%E2%80%99an_3000_%28ou_plus%29

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lizagrece 22/12/2010 17:16



Pourquoi les "contes de NOEL'' sont-ils toujours aussi tristes ? Sans doute parce qu'ils sont ecrits en hiver.



Litteratus 22/12/2010 17:25



Une explication "climatique" qui n'est peut-être pas fausse...



flora 22/12/2010 14:21



"On ne peut pas accueillir toute la misère du monde!", "S'ils sont misérables, tant pis pour eux, c'est qu'ils n'ont pas voulu ou su saisir leur chance!", "Ils n'ont qu'à bosser!"  -
 on l'entend encore trop souvent de la part de ceux qui n'ont même pas mauvaise conscience, ou s'ils en ont, cela revient au même... On peut aussi se racheter un bout de bonne conscience en
filant une aumône à son miséreux bien ciblé... Beaucoup de choses nous dépassent...



Litteratus 22/12/2010 15:45



Les textes qui suscitent des colères ou des émotions est une chose si précieuse ... voilà le sens de la Littérature !



lyly 22/12/2010 09:42



Bonjour L


C'est un très joli texte, bouleversant de vérités !


Il ne fait pas bon de naître du mauvais côté !


Belle journée, bises, Lyly



Litteratus 22/12/2010 11:52



J'ai été aussi bouleversée par ces deux mondes si opposés que rien ne peut rapprocher même durant ces fêtes !