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Samedi 31 octobre 2009 6 31 /10 /2009 08:38
Après avoir parcouru un certain nombre de lettres durant tout le mois, un lecteur assidu a fait part de sa frustration légitime qu'on pourrait résumer ainsi...


Beaucoup de lettres certes...

Cependant aucune lettre en réponse n'a été publiée...


Toujours sensible aux attentes de ses lecteurs, la Gazette entend réparer son erreur aujourd'hui en vous proposant de lire un échange de correspondances entre un père et son fils.

Lettres courtes de l'enfant, François Lepic et réponses mordantes d'un père le plus souvent indifférent.

Des personnages tirés d'une œuvre célèbre, Poil de Carotte de Jules Renard.

 

 

« De Poil de Carotte à M. Lepic. »

Institution Saint-Marc.

Mon cher papa,

Mes parties de pêche des vacances m’ont mis l’humeur en mouvement. De gros clous me sortent des cuisses. Je suis au lit. Je reste couché sur le dos et madame l’infirmière pose des cataplasmes. Tant que le clou n’a pas percé, il me fait mal. Après je n’y pense plus. Mais ils se multiplient comme des petits poulets. Pour un de guéri, trois reviennent. J’espère d’ailleurs que ce ne sera rien.

Ton fils affectionné.

 

« Réponse de M. Lepic. »

Mon cher Poil de Carotte,

Puisque tu prépares ta première communion et que tu vas au catéchisme, tu dois savoir que l’espèce humaine ne t’a pas attendu pour avoir des clous. Jésus-Christ en avait aux pieds et aux mains. Il ne se plaignait pas et pourtant les siens étaient vrais. Du courage !

Ton père qui t’aime. »

 

***********

 

« De Poil de Carotte à M. Lepic. »

Mon cher papa,

Je t’annonce avec plaisir qu’il vient de me pousser une dent. Bien que je n’aie pas l’âge, je crois que c’est une dent de sagesse précoce. J’ose espérer qu’elle ne sera point la seule et que je te satisferai toujours par ma bonne conduite et mon application.

Ton fils affectionné.

 

« Réponse de M. Lepic. »

Mon cher Poil de Carotte,

Juste comme ta dent poussait, une des miennes se mettait à branler. Elle s’est décidée à tomber hier matin. De telle sorte que si tu possèdes une dent de plus, ton père en possède une de moins. C’est pourquoi il n’y a rien de changé et le nombre des dents de la famille reste le même,

Ton père qui t’aime.


Jules Renard, Poil de Carotte, chap. lettres choisies, (1894), Wikisource.

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Par LITTERATUS - Ecrire un commentaire - Publié dans : Vers et prose
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