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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Les exceptions au secret de la correspondance (I) (marquise de Sévigné)

Le thème de la correspondance dans la littérature nous permet quelque accommodement avec le principe du secret postal. Découvrons la beauté de la lettre de la marquise de Sévigné qui ne manqua pas elle-même de la divulguer...

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Repères : thème de la correspondance: Les exceptions au secret de la correspondance (1) 

Divulgation

La Gazette vous permet de parcourir une lettre célèbre écrite par une mère à sa fille. Redécouvrez la qualité littéraire d'une correspondance qui est parvenue jusqu'aux oreilles de Louis XIV qui, dit-on, en demanda la production...

Une violation du secret de la correspondance ? Pas vraiment puisque ces lettres ont été révélées avec l'assentiment de son auteur au public.

Mère-fille

Un petit trésor à lire : de l'émotion et de la profondeur de vue !

« Vous me demandez, ma chère enfant, si j’aime toujours bien la vie. Je vous avoue que j’y trouve des chagrins cuisants ; mais je suis encore plus dégoûtée de la mort : je me trouve si malheureuse d’avoir à finir tout ceci par elle que si je pouvais retourner en arrière je ne demanderais pas mieux. Je me trouve dans un engagement qui m’embarrasse : je suis embarquée dans la vie sans mon consentement ; il faut que j’en sorte, cela m’assomme ; et comment en sortirai-je ? Par où ? Par quelle porte ? Quand sera-ce ? En quelle disposition ? Souffrirai-je mille et mille douleurs, qui me feront mourir désespérée ? Aurai-je un transport au cerveau ? Mourrai-je d’un accident ? Comment serai-je avec Dieu ? Qu’aurai-je à lui présenter ? La crainte, la nécessité feront-elles mon retour vers lui ? N’aurai-je aucun autre sentiment que celui de la peur ? Que puis-je espérer ? Suis-je digne du paradis ? Suis-je digne de l’enfer ? Quelle alternative ! Quel embarras ! Rien n’est si fou que de mettre son salut dans l’incertitude ; mais rien n’est si naturel, et la sotte vie que je mène est la chose du monde la plus aisée à comprendre. Je m’abîme dans ces pensées, et je trouve la mort si terrible que je hais plus la vie parce qu’elle m’y mène que par les épines qui s’y rencontrent. Vous me direz que je veux vivre éternellement. Point du tout ; mais si on m’avait demandé mon avis, j’aurais bien aimé à mourir entre les bras de ma nourrice : cela m’aurait ôté bien des ennuis et m’aurait donné le ciel bien sûrement et bien aisément ; mais parlons d’autre chose. (...)" 

Lettre de Madame de Sévigné du 16 mars 1672 à sa fille

Repères à suivre: Les exceptions au secret de la correspondance (Jules Renard) (2) 

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Commenter cet article

Val 29/10/2009 14:12


C'est rare de voir une mère parler de sa propre mort à son enfant ! "je suis encore plus dégoûtée de la mort" ! pauvres de nous ...


LITTERATUS 30/10/2009 11:57


C'est la seule chose que le commun des mortels partage dans ce monde...


La mansardienne 29/10/2009 09:53


 Ces lignes résonnent en moi d'une étrange façon. Sans doute sont-elle le reflet de mon ressenti actuel.
Quelle force se dégage de cette lettre.
Et comme c'est admirable d'atteindre un tel degré de complicité avec son enfant.


LITTERATUS 30/10/2009 11:57


cette lettre étonnante pour une femme d'apparence mondaine et d'âge mûr : elle doute et s'en ouvre à sa fille dont elle fait sa confidente ! un rêve pour toute mère...