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Gazette littéraire

Lorsque le surmenage apparaît... (4)

Lorsque le surmenage apparaît... (4)

 

(repères : thème du corps : le feuilleton)

 

 

Résumé : journaliste dans le milieu de la presse féminine sur internet, Margot Desmoulins, âgée de trente-trois ans est une femme volontaire et heureuse. Elle a accompli le rêve de sa mère Odile qui a dû renoncer à cette profession à la naissance de sa fille. Anormalement fatiguée, la jeune femme doit néanmoins assister à la réunion hebdomadaire de  la rédaction  en ce 25 mars 2022. C'est ainsi qu'il lui est demandé d'effectuer un dossier complet sur les bienfaits des anneaux gastriques en matière d'amaigrissement. La jeune femme en est dépitée. Après des recherches sérieuses, elle refuse de vanter les mérites d'un procédé détourné de son objet initial. Elle considère que le corps a ses lois que l'homme ne saurait méconnaître...


  ***

 

Le lundi suivant, en fin d'après-midi, Margot alla rencontrer sa patronne et lui mit les documents sous les yeux. Elle lui déclara qu'elle ne ferait pas un dossier sur ce sujet avant de conclure de manière un peu sentencieuse : le corps a ses lois que l'homme ne saurait méconnaître. Gisèle Marchand la laissa finir puis trancha comme elle savait le faire avec un argument propre à empêcher toute discussion. « Margot, vous voyez toujours les choses de manière tragique. Pensez aux bénéfices, regardez-moi ! Est- ce que je me porte mal ? Suis-je dépressive ? Non, et bien voilà je vous demande de parler de cet appareil pour des femmes comme moi. Il y aura toujours des êtres fragiles et aucun traitement ne fonctionnera chez elles. »

Elle la regarda plus attentivement d'un regard perçant. « Enfin, vous comme moi n'avons pas le choix, la société Purp qui fabrique pour l'Europe ces anneaux est devenue un de nos annonceurs de référence depuis qu'ils ont racheté la société Cosmético que nous avons fidélisée pendant des années. Nous n'allons pas nous fâcher avec elle. Faites votre papier comme je vous l'ai demandé et puis c'est tout !»

Elle poursuivit : « Vous avez besoin de vacances, mon petit. Vous semblez si fatiguée. Finissez votre article et je vous signe votre feuille de congés. »

 

Margot ne répliqua pas. Rejoignant son bureau, elle comprit qu'on lui demandait de taire une crise sanitaire qui était en train de s'esquisser. Un scandale sanitaire exploserait à brève échéance. Elle décida de ne plus céder comme autrefois. Aujourd'hui, une voix sourde éveillait sa conscience. La pression allait être énorme. Soudainement, elle se mit à pleurer sans raison. Elle se sentait si lasse de tout cela. Elle essaya de se raisonner mais rien n'y faisait. Ses larmes ne trouvèrent pas à sécher. Ses collègues la regardèrent stupéfaits. Pourquoi pleure-t-elle ? On essaya de la consoler en vain. Mais la jeune femme ne pouvait rien dire d'autres que : maudits anneaux ! On était consterné. Une rumeur se répandit comme une traînée de poudre dans les bureaux qu'elle était sûrement renvoyée pour avoir refusé de suivre la LPA, la ligne du parti des annonceurs. On la laissa seule avec un sentiment d'impuissance. Ses collègues la virent partir soudainement vers sept heures du soir. Les yeux rougis, elle prit sa voiture et rentra tel un automate chez elle. Elle ouvrit la porte de son domicile et là, encore vêtue de son manteau, elle s'assit sur le canapé et resta ainsi prostrée dans l'obscurité de la nuit jusqu'à l'arrivée de Pierre.

 

Allumant l'interrupteur de l'entrée, ce dernier se moqua gentiment d'elle lorsqu'il la vit. Un nouveau jeu pour entretenir le feu de notre passion, ma chérie ? lui demanda-t-il. Mais perdue dans ses pensées, elle ne semblait pas l'entendre. Il la considéra puis pensa que son immobilisme la rendait terriblement inquiétante ; il chercha à lui retirer son manteau, ce qu'il parvint à faire non sans mal. Son corps paraissait engourdi. Elle n'apportait aucune réponse à ses interrogations de plus en plus pressantes. Les yeux cernés de sa femme restaient figés sur le tapis. Puis, semblant se réveiller de sa torpeur, elle se mit à répondre de manière confuse. Le corps a ses lois que l'homme ne saurait méconnaître, Pierre ! Pas d'anneaux ! Je t'en prie pas d'anneaux ! Terriblement soucieux, il appela le service des médecins de nuit, évoquant son immobilisme puis l'incohérence des propos de Margot ! Après l'auscultation, le médecin  posa des questions à sa patiente qui se mit à répondre avec plus de clarté. Sa tension basse témoignait manifestement d'une fatigue extrême. Décrite comme une jeune femme hyperactive, le praticien diagnostiqua un épisode de surmenage vraisemblable. Il proposa de l'arrêter huit jours et lui demanda de consulter son généraliste en vue d'un examen plus approfondi.

 

repères à suivre : le feuilleton : 5ème partie

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