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Gazette littéraire

Analyse-Livres & Auteurs-Culture

Les considérations sociales (La Fontaine)

 

Les considérations sociales (La Fontaine)

Repères : thème du mariage : présentation

L'aspect social d'une union

Après les déclarations effectuées par les candidats au mariage, abordons aujourd'hui tout l'aspect conventionnel du mariage : les répercussions sociales du projet d'union. Ce point nous occupera également dans le prochain article.

Il vous est proposé de découvrir cette fable de La Fontaine dédiée à Madame de Sévigné qui nous met pleinement dans la perspective choisie durant ce mois.

 

Du gendre idéal

Un lion amoureux s'éprend d'une jeune bergère et souhaite l'épouser. Cette union ne plaît guère au père, voilà, me direz-vous, une histoire vieille comme le monde...

La morale de l'histoire ? Certaines concessions n'ont pas lieu d'être sauf à être effectuées à ses propres dépens...

 

***

" Le Lion amoureux

Sévigné, de qui les attraits
Servent aux Grâces de modèle,
Et qui naquîtes toute belle,
A votre indifférence près,
Pourriez-vous être favorable
Aux jeux innocents d'une Fable,
Et voir, sans vous épouvanter,
Un Lion qu'Amour sut dompter ?
Amour est un étrange maître.
Heureux qui peut ne le connaître
Que par récit, lui ni ses coups !
Quand on en parle devant vous,
Si la vérité vous offense,
La Fable au moins se peut souffrir :
Celle-ci prend bien l'assurance
De venir à vos pieds s'offrir,
Par zèle et par reconnaissance.

Du temps que les bêtes parlaient,
Les Lions entre autres voulaient
Etre admis dans notre alliance.
Pourquoi non ? puisque leur engeance
Valait la nôtre en ce temps-là,
Ayant courage, intelligence,
Et belle hure outre cela.
Voici comment il en alla :
Un Lion de haut parentage,
En passant par un certain pré,
Rencontra Bergère à son gré :
Il la demande en mariage.
Le père aurait fort souhaité
Quelque gendre un peu moins terrible.
La donner lui semblait bien dur ;
La refuser n'était pas sûr ;
Même un refus eût fait possible
Qu'on eût vu quelque beau matin
Un mariage clandestin.
Car outre qu'en toute manière
La belle était pour les gens fiers,
Fille se coiffe volontiers
D'amoureux à longue crinière.
Le Père donc ouvertement
N'osant renvoyer notre amant,
Lui dit : "Ma fille est délicate ;
Vos griffes la pourront blesser
Quand vous voudrez la caresser.
Permettez donc qu'à chaque patte
On vous les rogne, et pour les dents,
Qu'on vous les lime en même temps.
Vos baisers en seront moins rudes,
Et pour vous plus délicieux ;
Car ma fille y répondra mieux,
Etant sans ces inquiétudes.
Le Lion consent à cela,
Tant son âme était aveuglée !
Sans dents ni griffes le voilà,
Comme place démantelée.
On lâcha sur lui quelques chiens :
Il fit fort peu de résistance.
Amour, Amour, quand tu nous tiens
On peut bien dire : "Adieu prudence."

 

Repères : présentation : la mésalliance (Stendhal)

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