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Gazette littéraire

L'effet révélateur de l'incendie (Edgar Poe)

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La Gazette avait mentionné un étrange phénomène physique né après un incendie, dans le cadre de son étude sur les animaux au cours du mois de février 2011.

 

Aujourd'hui intéressons-nous à l'effet révélateur d'un chat noir qui apparaît aux yeux de tous dans cet  extrait de la nouvelle d'Edagr Poe, le chat noir.


Précisons brièvement  l'intrigue : à la veille de sa mort, le narrateur retrace les évènements étranges qui se sont déroulés dans sa vie.

 

Ami des bêtes, le héros s'est pris d'affection pour un chat noir, avant de sombrer dans l'alcool et de devenir parfaitement cruel. Le mal qui le ronge le conduira à pendre le félin à une branche.

 

Mais le soir même de cet abominable geste, un incendie se déclare dans sa maison la réduisant en cendres.

 

Des évènements étranges vont alors se produire...extrait choisi :

***

 

« Dans la nuit qui suivit le jour où fut commise cette action cruelle, je fus tiré de mon sommeil par le cri : « Au feu ! » Les rideaux de mon lit étaient en flammes. Toute la maison flambait. Ce ne fut pas sans une grande difficulté que nous échappâmes à l’incendie, — ma femme, un domestique, et moi. La destruction fut complète. Toute ma fortune fut engloutie, et je m’abandonnai dès lors au désespoir.

 

Le jour qui suivit l’incendie, je visitai les ruines. Les murailles étaient tombées, une seule exceptée; et cette seule exception se trouva être une cloison intérieure, peu épaisse, située à peu près au milieu de la maison, et contre laquelle s’appuyait le chevet de mon lit. La maçonnerie avait ici, en grande partie, résisté à l’action du feu, — fait que j’attribuai à ce qu’elle avait été récemment remise à neuf. Autour de ce mur, une foule épaisse était rassemblée, et plusieurs personnes paraissaient en examiner une portion particulière avec une minutieuse et vive attention. Les mots: Étrange! singulier! et autres semblables expressions, excitèrent ma curiosité. Je m’approchai, et je vis, semblable à un bas-relief sculpté sur la surface blanche, la figure d’un gigantesque chat. L’image était rendue avec une exactitude vraiment merveilleuse. Il y avait une corde autour du cou de l’animal.


Tout d’abord, en voyant cette apparition, — car je ne pouvais guère considérer cela que comme une apparition, mon étonnement et ma terreur furent extrêmes. Mais, enfin, la réflexion vint à mon aide. Le chat, je m’en souvenais, avait été pendu dans un jardin adjacent à la maison. Aux cris d’alarme, ce jardin avait été immédiatement envahi par la foule, et l’animal avait dû être détaché de l’arbre par quelqu’un, et jeté dans ma chambre à travers une fenêtre ouverte. Cela avait été fait, sans doute, dans le but de m’arracher au sommeil. La chute des autres murailles avait comprimé la victime de ma cruauté dans la substance du plâtre fraîchement étendu; la chaux de ce mur, combinée avec les flammes et l’ammoniaque du cadavre, avait ainsi opéré l’image telle que je la voyais.

Quoique je satisfisse ainsi lestement ma raison, sinon tout à fait ma conscience, relativement au fait surprenant que je viens de raconter, il n’en fit pas moins sur mon imagination une impression profonde. Pendant plusieurs mois je ne pus me débarrasser du fantôme du chat; et durant cette période un demi-sentiment revint dans mon âme, qui paraissait être, mais qui n’était pas le remords. J’allai jusqu’à déplorer la perte de l’animal, et à chercher autour de moi, dans les bouges méprisables que maintenant je fréquentais habituellement, un autre favori de la même espèce et d’une figure à peu près semblable pour le suppléer. »


Le chat noir, Nouvelles Histoires extraordinaires, Edgar Poe, traduction Baudelaire

source : http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Chat_noir


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  si vous avez aimé cet article, vous aimerez également aussi D'une maison à l'autre (XII) : la maison dévastée (Edgar Poe)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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flora 06/08/2011 20:36



Ah, ce grand maître de la terreur!... On frissonne...



Litteratus 07/08/2011 21:47



cela n'a pas pris une ride !