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Publié par Litteratus

  Le vieillissement, le temps du renoncement (Corneille)

Le temps du renoncement : la vieillesse

Repères : thème de la vieillesse : présentation

Le renoncement physique

Après avoir vu la douloureuse prise de conscience de l’altération du corps par l’âge, voyons aujourd’hui que dans la pensée classique le vieillissement peut rimer aussi avec renoncement.

Il vous est proposé de retrouver la scène mythique du Cid de Corneille où le père excipe de son grand âge pour engager son fils à le venger d’un affront qui le blesse dans son amour propre.

La vengeance par personne interposée

Le renoncement du père n’est que  physique puisqu’il se fonde sur sa faiblesse ; mais il n’a rien perdu de sa force morale. C’est bien en son orgueil qu’il est mortellement blessé. Sa fierté est parfaitement intacte. Il reporte sa vengeance qu’il va réaliser par personne interposée. Il revendique l’honneur du nom pour enjoindre à son fils de laver son affront. En agissant ainsi,  il lie son sort à celui de son fils qu’il précipite dans un dilemme profond :  le jeune Rodrigue doit affronter le père de celle qu’il aime….

***

 

Don Diègue

 

Rodrigue, as-tu du cœur ?

Don Rodrigue

 

Tout autre que mon père
L’éprouverait sur l’heure.

Don Diègue

 

Agréable colère !
Digne ressentiment à ma douleur bien doux !
Je reconnais mon sang à ce noble courroux ;
Ma jeunesse revit en cette ardeur si prompte.
Viens, mon fils, viens, mon sang, viens réparer ma honte ;
Viens me venger.

Don Rodrigue

 

De quoi ?

Don Diègue

 

D’un affront si cruel,
Qu’à l’honneur de tous deux il porte un coup mortel :

D’un soufflet. L’insolent en eût perdu la vie ;
Mais mon âge a trompé ma généreuse envie :
Et ce fer que mon bras ne peut plus soutenir,
Je le remets au tien pour venger et punir.

Va contre un arrogant éprouver ton courage :
Ce n’est que dans le sang qu’on lave un tel outrage ;
Meurs ou tue. Au surplus, pour ne te point flatter,
Je te donne à combattre un homme à redouter :
Je l’ai vu, tout couvert de sang et de poussière,
Porter partout l’effroi dans une armée entière.
J’ai vu par sa valeur cent escadrons rompus ;
Et pour t’en dire encor quelque chose de plus,
Plus que brave soldat, plus que grand capitaine,
C’est…

Don Rodrigue

 

De grâce, achevez.

Don Diègue

 

Le père de Chimène.

Don Rodrigue

 

Le…

Don Diègue

 

Ne réplique point, je connais ton amour ;
Mais qui peut vivre infâme est indigne du jour.
Plus l’offenseur est cher, et plus grande est l’offense.
Enfin tu sais l’affront, et tu tiens la vengeance :
Je ne te dis plus rien. Venge-moi, venge-toi ;
Montre-toi digne fils d’un père tel que moi.
Accablé des malheurs où le destin me range,
Je vais les déplorer : va, cours, vole, et nous venge.

 

Le Cid,Corneille  (Acte 1, scène 5)

http://fr.wikisource.org/wiki/Le_Cid

 

  repères à suivre : présentation : la mesure du changement (Tchekhov)

 

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lizagrèce 06/05/2014 21:02

C'est Montherland je crois qui avait écrit : vieillir c'est renoncer ...