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Thème du mois de février 2012 : le ciel
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Le temps est une représentation mentale de la durée qui est appréhendée de manière classique par la notion d'instants se succédant pour donner le
passé, le présent et le futur.
Il va de soi que tous ces éléments sont évidemment primordiaux dans la construction d'une œuvre de l'esprit. Mais le temps façonne profondément la littérature selon le genre littéraire choisi.
Dépassant les contraintes purement grammaticales, certains auteurs associent à ce thème des problématiques originales. Deux livres importants vous seront proposés ce mois-ci : Le Temps retrouvé de Marcel Proust et L'homme pressé de Paul Morand. Ces ouvrages traitent de manière distincte du rapport de l'homme au temps, source de vertiges pour le premier et d'impatience pour le second.
1. Le temps retrouvé ou le temps du vertige*
La recherche du temps perdu plonge le lecteur dans le récit fait par le narrateur, dénommé Marcel, de différentes époques et de lieux, avec
des allers-retours permanents entre le passé révolu et le présent en demi-teinte. Ce roman dénué d'intrigue au sens strict retrace de manière non chronologique l'enfance de Marcel, ses
premiers émois d'adolescents, ses amours adultes, ses relations sociales entretenues à la campagne et à Paris, l'ambition du narrateur d'accéder à une forme de reconnaissance sociale et
littéraire.
L'œuvre s'achève avec le tome intitulé le Temps retrouvé dans lequel on assiste aux évènements rapportés par Marcel, loin du front lors de la Première Guerre Mondiale puis, dans sa période immédiatement postérieure. La mémoire est toujours actionnée par le narrateur qui découvre à cette occasion que son corps porte les marques de la présence des personnes aimées : « Ma mémoire avait, la mémoire involontaire elle-même, perdu l'amour d'Albertine. Mais il semble qu'il y ait une mémoire involontaire des membres, pâle et stérile imitation de l'autre qui vive plus longtemps, comme certains animaux ou végétaux inintelligents vivent plus longtemps que les hommes. (...) ».(page 5)
Marcel se perd dans le temps pour nous livrer sa critique implacable des mœurs des salons parisiens recevant de nombreux « embusqués », pour attirer notre attention sur la médiocrité des personnalités célèbres qu'il a côtoyées lorsqu'il était jeune et sur lesquelles il mesure -impuissant- les ravages du temps. Tout ceci n'est que prétexte à évoquer le thème de l'écoulement du temps. Les outrages des ans lui cause un vertige indéniable surtout lorsqu'il constate l'apathie de Monsieur de Charlus, esthète dépravé, totalement diminué à la suite d'une attaque cérébrale. Le temps qui passe est indéniablement un temps « perdu ». Lui-même n'est plus un jeune homme et il souffre d'une affection grave nécessitant des soins dans plusieurs maisons de santé...
Tout serait donc vain ? Nullement ! Chez la princesse de Guermantes, Marcel va faire l'objet d'une expérience insolite qui va transformer le regard qu'il porte sur son propre passé. L'ouïe, l'odorat et la vue vont déclencher des souvenirs enfouis devenus immédiats pour un instant. Une parenthèse va ainsi naître, mêlant le passé et le présent, forcément vertigineuse :
« De sorte que ce que l'être par trois et quatre fois ressuscité en moi venait de goûter, c'était peut-être bien des fragments d'existence soustraits au temps, mais cette contemplation, quoique d'éternité, était fugitive. Et pourtant je sentais que le plaisir qu'elle m'avait, à de rares intervalles, donné dans ma vie, était le seul qui fût fécond et véritable. » (page 182)
Le narrateur se sent enfin appelé à une création littéraire fondée sur la perception du temps. Il comprend que seul l'art permet en effet de fixer le temps ainsi « retrouvé ». Marcel s'employant à écrire son livre dans cette perspective fait débuter son ouvrage par le passage au cours duquel il entend au temps de son enfance le bruit de la sonnette du jardin de Combray. (cf premier tome, Du côté de chez Swann)
« J'avais le vertige de voir au-dessous de moi, en moi pourtant, comme si j'avais des lieues de hauteur, tant d'années... » (page 352)
2. L'Homme pressé, le temps de l'impatience.
Antiquaire de renommée internationale durant la période d'entre les deux guerres à Paris, Pierre, homme brusque et déconcertant, vit à un rythme soutenu, en perpétuel mouvement : « L'homme détournait sans cesse la tête, comme poursuivi ; à deux reprises il regarda si sa montre avait du nouveau à lui conter. A peine eut-il passé plus d'une ou deux minutes sur sa chaise qu'il frappa à nouveau dans ses mains, bouscula le vieux garçon qui traînait la jambe, insista pour avoir à boire. » (page 10)
Il organise sa vie de
manière à économiser du temps en effectuant deux actions de manière simultanée, en courant plutôt qu'en marchant, en roulant en voiture à vive allure en dépit du danger, en préférant le plat du
jour au menu, en demandant l'addition dès le dessert... En un mot, Pierre fait preuve d'une impatience caractérisée dans son quotidien. Cette incapacité à se contenir lui fait prendre en aversion
les moindres retards de ses rares amis et la lenteur affligeante de ses contemporains. Loin de vouloir s'en corriger, Pierre se plaint amèrement de passer sa vie à attendre
(page 13).
Mais quel mal ronge cet homme pressé ? La fuite du temps explique-t-elle qu'il vive avec tant d'impétuosité ? En aucun cas... Pierre ne vit pas dans le passé dont il ne conserve guère de souvenirs, ni même dans le présent car il est incapable de goûter les joies de l'instant ; il n'évolue que dans le futur : « Le chat ronronne le présent. Le chat est toujours dans aujourd'hui et Pierre était toujours dans le lendemain. » (page 71). Cette originalité certaine fait indéniablement son charme ; il réussira à conquérir le cœur d'une femme appartenant à une famille antillaise particulièrement nonchalante. Les nécessités de la vie commune vont néanmoins lui faire prendre conscience d'accorder sa propre conception du temps avec celle de sa femme : il va ainsi expérimenter pour la première fois de sa vie la patience : « Si elle allait trop lentement pour son pas, il l'attendrait ; s'il réussissait à l'entraîner, à la presser sans la bousculer, il l'exhausserait jusqu'à son rythme, mais par degrés. » (page 179).
Cette patience est toute relative puisqu'il propose de l'attirer inexorablement dans sa propre échelle du temps... Mais ce projet conforme à la nature profonde de l'impatient tournera court ; Pierre s'épuise, se consume petit à petit avant de se rendre compte trop tard que sa hâte le précipite trop vite vers l'inéluctable... « L'homme pressé était arrivé au pied de l'éternité. » (page 332)
* folio, octobre 1991,
**imaginaire Gallimard, oct 1996.
Jean-Yves
Jean-Yves
Proust a inventé un nouveau genre littéraire en rupture avec le schéma de narration classique. Une quête du temps qui trouve une fin qui n'est qu'un début à l'aune de l'œuvre ! Les réflexions de l'auteur, son ironie et ses jugements sans complaisance sur les salons qu'il a fréquentés devraient inciter à le lire ou à le relire. On y trouve de tout...
- C'était le bon temps ...!
- Ca dépend pour qui ... "
En photographie, il faut réussir a attraper la touffe de cheveux du gars Kairos ! sinon ...
Bravo à toi ! Merci de nous proposer l'analyse de ce thème très intéressante
Je te souhaite une belle journée et